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Carnet de voyage # 6

Voyage au bout de Jacmel en trois jours

mardi 4 mars 2014 par Administrator

Dieulermesson PETIT-FRERE

En trois heures de route, entre Port-au-Prince – la capitale d’Haïti- et Jacmel, j’ai eu assez de temps pour parcourir – ne serait-ce qu’au hasard d’un regard ou d’un œil distrait- le pêle-mêle quotidien de Port-au-Prince et ses environs, et la beauté tendre ou sauvage de cette nature avenante qui s’offre à brûle-pourpoint à tout venant. Telle une femme qui se donne éperdument à son homme comme on en voit dans les romans à l’eau de rose ou dans les films romantiques. J’ai laissé l’enfer de cette ville tumultueuse avec tous les bruits du monde dans son corps. Que c’est beau d’être à la campagne !

La voiture file à toute allure sur la route nationale numéro 2. A son bord, les gens parlent peu. Nous ne sommes que cinq. Pendant le trajet, j’ai essayé de me concentrer sur la lecture de « La dernière nuit de Cincinnatus Leconte », mais ce n’est que peine perdue. Le livre n’est pas du tout entraînant. Je me mets à écouter Annie Gasnier et David Fintzel qui présentent les informations sportives sur Radio foot internationale. Le chauffeur semble être dans son assiette. Il engage une conversation autour du nouveau ballon d’or. Je ne prête pas trop attention à son radotage. Peut-être qu’il lui faudrait trouver une autre oreille ou s’inventer sa propre Anaïse pour lui raconter ses exploits, face à ces touristes avides de mâles de ce pays tropical et sa philosophie de la belle amour humaine.

Le crépuscule des idoles

Jacmel est une ville motorisée. Grouillante de plaisirs. Plaisirs de tous les sens et de tous les goûts. Elle est surtout connue pour son carnaval qui se veut une référence dans la Caraïbe. Ses plages (Kabik, Ti mouillage et Raymond-les-Bains), la chute de Bassin-Bleu et aussi ses grottes –il en existe trois : Trou-Simon, Trou-Télé et Trou-Saint-Hubert. Ville touristique par excellence, ses rues sont très propres et conservent tout le charme de l’époque coloniale. Outre le sens de l’hospitalité des habitants, la tranquillité et la beauté du paysage, on est comme ébahi devant le spectacle de la vie dans la ville d’Isabelle Ramonet, dite Tante Zaza, la fille à la beauté légendaire. C’est une ville qui ne dort pas la nuit. Elles sont si douces, les nuits d’ici. Tendres et chaudes aussi. Est-ce pourquoi il m’arrive de ne songer qu’à Hadriana dans tous mes rêves ?

Nous avons quitté Jacmel, la belle, le crépuscule des idoles, pour nous rendre à Cayes-Jacmel. Les arbres bordent la route des deux côtés. Et la mer est là, avec ses vagues sauvages. Sa rumeur et son murmure continus qui arrivent jusqu’à nous comme le frou-frou d’une robe en soie. Du coup, me viennent à l’esprit les paroles de la « mémoire et la mer » de Ferré qui me rappellent que la vie est là avec ses poumons de flanelle […].

Hébergé à la Villa Nicole, un endroit assez sympathique, animé et magnifique, j’ai profité au mieux pour jouir des bienfaits de la nature. Face à la mer, j’ai pu dessiner tous les contours de l’horizon. Il fait vraiment bon vivre ici. A l’abri du bruit et du monde. Pour écouter la musique de l’eau. Le va-et-vient des flots. Et se laisser enivrer de cette brise fine qui caresse les narines. Les gens sont très courtois. Un rire fou illuminant leur visage. Une tendresse dans le regard. Et la plage invite à ces balades nocturnes qui s’improvisent en l’espace d’un geste de la main de cette fille au parapluie àbord d’une barque. Dans un clin d’œil à Duras, je pense à cette lycéenne de Saigon qui doit prendre le bac pour retourner à l’école.

Même plaisir à Marigot. Les maisons sont basses. Les gens vivent en communauté et sont sympathiques. Très cordiaux. On a visité la grotte Trou-Simon. Quelle fraîcheur à l’intérieur ! Elle y cache une source d’eau. Grande utilité pour le voisinage qui s’en sert pour les besoins quotidiens. L’État haïtien étant toujours absent du pays en dehors.

Vivre dans les montagnes

Les montagnes d’Haïti ont quelque chose de particulier qui attire le voyageur. Même s’il n’est pas toujours prêt à déchiffrer cette particularité. En plus des routes cahoteuses, dans les montagnes de Marigot ou de Cayes-Jacmel, les gens se battent pour survivre. La misère se lit sur chaque visage rencontré. Les enfants qui grimpent le flanc des mornes pour se rendre à l’école. A Corail-Soult, il y a une petite école nationale qui reçoit les enfants jusqu’au troisième cycle. Les professeurs sont en grève. Ils travaillent dans des conditions difficiles et sont en situation irrégulière. Ils ne pourront pas se rendre aux Gonaïves pour le carnaval…

Jacmel, une ville d’artistes

Jacmel est une ville qui a vu naître de nombreux artistes. Ils sont, pour la plupart, peintres et écrivains. Le coin favorise l’évasion, la paix intérieure. On se souvient de Charles Moravia, le poète des Roses et camélias, Roussan Camille, le poète de Nedgé, et René Depestre qui a reçu la bourse Goncourt de la nouvelle pour « Alléluia pour une femme-jardin » et le Renaudot pour « Hadriana dans tous mes rêves ». Sans oublier Jean Métellus, l’écrivain médecin, grand prix de la Francophonie de l’Académie française en 2010, mort le 4 janvier 2014.

Parmi les peintres, il y a lieu de citer Castera Bazile, qui a travaillé au Centre d’art, Préfète Duffaut, dont les peintures illustraient les murs de la cathédrale Sainte-Trinité de l’Église épiscopale à Port-au-Prince avant le séisme, et le peintre et photographe Gérald Bloncourt.

Dieulermesson PETIT FRERE
dpetitfrere@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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