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« Vizaj Nou » passe à l’écran

lundi 31 mars 2014 par Administrator

Un documentaire sur la vie d’Anthony Pascal dit Konpè Filo de Viviane Gauthier, d’Odette Roy Fombrun et de Frankétienne a été projeté mercredi à l’hôtel Royal Oasis, à Pétion-Ville. Baptisé « Vizaj Nou », ce projet, mené par la Radio Télévision Caraïbes et « Ayizan Productions » de Gessica Généus, vise à nourrir d’espoir la jeunesse haïtienne, en braquant les projecteurs sur les grandes figures du pays.

Point de départ d’une série d’actions cherchant à réinsuffler aux jeunes la force de rêver, « Vizaj Nou » met au-devant de la scène le talent, la créativité, la foi inébranlable de ceux qui se sont toujours battus pour défendre nos valeurs dans tous les secteurs d’activité. À travers un film de 16 minutes, le tableau de chaque personnalité est dressé. D’où une histoire, un combat perpétuel tissé de patriotisme, de convictions et de secrets.

L’image est à capter. Entre cocktail et Bélo en acoustique, le projet, dès son lancement, se veut porteur de messages. Sous son chapeau de paille, Konpè Filo, élevé à Martissant, se dit animé d’un sentiment de révolte dès son plus jeune âge. Depuis qu’il a vu, à la télévision, tomber deux jeunes garçons victimes d’une fusillade. Revenu en Haïti après plus de cinq ans d’exil, il s’est mis du côté des grands. De la radio à la télévision, l’homme à la voix paisible puise sa force dans des émissions, en l’occurrence Kalfou, dont l’objectif est de réveiller la conscience des jeunes, et de favoriser la rencontre des différentes générations.

« Il faut prendre des échecs pour des expériences, conseille-t-il. Je viens de très loin. La solidarité me tient debout. »

Campée sur ses 96 ans, le tambour mène Viviane Gauthier. Dans le confort de sa maison qui accueille aussi sa compagnie de danse, elle vit les jours de toutes les saisons. « Contre vents et marées, mon école n’a jamais fermé ses portes depuis son ouverture, souligne-t-elle, avec fierté. Elle reste ouverte à tous les jeunes qui veulent apprendre à danser. »

Cheveux blancs, une voix qui ne vieillit pas, la femme aux allures gracieuses se cramponne à la rigidité. « Sans tambour, il n’y a pas de danse ; sans discipline, pas de réussite, lance-t-elle énergiquement. On doit se tenir debout même quand on a fini de marcher. »

Si, pour Odette Roy Fombrun, les jeunes doivent se sentir chez eux, pour Frankétienne, ils seront toujours dans la banalité s’ils ne passent pas toute leur vie à travailler. Femme de lettres qui n’a jamais éprouvé le désir de vivre ailleurs, ni d’acquérir une autre nationalité malgré ses 27 ans d’exil, Madame Fombrun veut que le pays se batte pour être le centre historique et culturel de la Caraïbe. « C’est fini le temps où il y avait la joie de vivre dans la simplicité. On a perdu le goût de la nature, se désole-t-elle. Haïti a une histoire unique qu’on n’exploite pas assez. On doit convaincre les jeunes de rester chez eux. Il faut que le tourisme local et le konbitisme fassent leur chemin. Sans développement de la communauté rurale, le pays n’a aucun salut. »

Enfant du quartier du Bel-Air, dont le chaos vivant détermine l’orientation de son écriture, Frankétienne buvait, fumait, frisait la délinquance dès l’âge de six ans. À l’école classique, il lui a fallu passer de la 54e à la première place de sa classe, atteindre l’excellence et devenir ce curieux mégalomane.

« Je porte la marque divine, martèle-t-il, entouré de ses œuvres de peinture. Je ne tombe jamais pour rester aplati au sol. Ma chute devient mon cheval. Il y a des centaines de jeunes qui viennent chez moi pour repartir avec un « design » de Frankétienne. Je leur conseille plutôt de rester vissé sur une chaise 18 heures par jour à travailler, sinon ils passeront à côté de l’essentiel. »

Gessica Généus n’aspirait qu’à cela. Derrière la caméra depuis quelques mois, la réalisatrice de « Vizaj Nou », matérialise son rêve. « Au-devant de la scène, il manquait des modèles humains, précise-t-elle, tout sourire dans sa robe rose. J’ai mis sur pied ce projet parce qu’à 16 ans, j’avais souhaité avoir accès à cela. Est-ce pourquoi j’aimerais projeter dans des écoles l’image de ces gens-là qui se battent et insufflent l’espoir. Histoire de porter les jeunes à croire fermement en leurs rêves. »

Le titre du projet lui a été inspiré par Tifane. Adressant ses plus vifs remerciements à Handz up, le group de Bélo, Kasedore de Carline Sévère et à Katerine Giguère qui n’ont eu de cesse de l’épauler, l’artiste souligne que « Vizaj Nou » fera aussi l’objet d’une émission. Le jeudi 3 avril, sur la Radio Télévision Caraïbes, le premier visage se dévoilera au grand public. Les autres apparaîtront chaque mois, tous les premiers jeudis.

Son prochain projet est un long métrage de 52 minutes sur Mimerose Beaubrun dit Manzè de Boukman Eksperyans, et sur son livre Landòmi qui parle de son initiation au vodou. À travers cette série d’actions, la cheville ouvrière de « Ayizan Productions » veut convaincre les jeunes de ne pas fuir le pays. « Ils peuvent voyager. Mais, à travers « Vizaj Nou », je veux aussi montrer à la jeunesse qu’on peut réussir en Haïti, qu’il y a de l’espace pour cela et qu’il suffit de développer un peu plus d’énergie, souligne Gessica Généus, plus déterminée que jamais à continuer dans cette voie.
Martine Fidèle
martinefidele@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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