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Pluie de distinctions pour le Dr Pape - par : Frantz Duval & Robenson Geffrard, Le Nouvelliste

lundi 27 septembre 2010 par Administrator

Le Dr Jean-William Pape est médecin. Spécialiste du sida. Il est aussi un chercheur, un pionnier dans la lutte contre la maladie avant même que l’on ne le dénomme 4H. Avec les armes de la science, il s’est battu pour que l’on change cette appellation dont l’un des H signifiait haïtien. Nous sommes au début des années 80, la pandémie fait ses premières victimes. Comme il se bat contre la diarrhée enfantine, on lui soumet les cas d’adultes frappés par ce mal. Le premier centre au monde de recherche sur le sida voit le jour en Haïti. Depuis, ses recherches transforment la vie de millions de personnes ici et dans d’autres contrées du monde. Pape ne se satisfait pas de rechercher, de soigner, mais aussi il transmet ses connaissance. Aucun Haïtien n’est plus près d’un prix Nobel que lui. Ce samedi, le Dr Bill Pape reçoit une distinction pour l’ensemble de son oeuvre décernée par l’Université Cornell. Ce ne sera que le 8e des prix prestigieux qu’il a mérités cette année.


Haïti : Le Dr Jean-William Pape a reçu jeudi soir un Clinton Global Citizens Awards pour son travail en Haïti dans le domaine de la lutte contre le sida. Selon le récipiendaire, cette distinction récompense « ce qui a été atteint et surtout ce qui va être fait » au niveau des centres Gheskio qu’il dirige depuis plusieurs décennies.

C’est le 7e prix que Bill Pape reçoit cette année. Il y a reçu un prix du milliardaire Carlos Slim, un autre de l’Union internationale de la lutte contre la tuberculose, il a eu un autre de l’Association internationale des médecins qui luttent contre le sida. La Fondation Christophe et Rodolphe Mérieux lui a décerné le prix Christophe Mérieux, ensuite il a reçu le prix Gates, il a eu aussi le prix de l’ AIDS Clinical Trials Group (ACTG) et, enfin, ce samedi, un huitième prix lui sera décerné. La Cornell University lui octroiera le Life Achievement Arward de Cornell. C’est la première fois que ce prix est décerné. Le Dr Pape en sera le premier récipiendaire.

Si l’Haïtien à avoir reçu le plus de distinctions pour son travail scientifique est encore modeste, c’est qu’il connait le prix de ces récompenses : il le paie depuis des années d’effort, de lutte et de travail dans quatre secteurs interconnectés. En effet, le Dr Pape fait de la recherche scientifique, de la formation, dispense des soins et s’implique dans une approche globale de la santé. Ses accomplissements ne sont pas le fruit du hasard.

Son parcours commence à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti comme celui de tous les médecins haïtiens avant l’an 2000. « Avant même de fonder les centres Gheskio, j’ai introduit en Haïti le sérum oral qui n’existait pas dans le pays. A l’époque, il fallait donc les fabriquer moi-même dans des gallons pour les donner aux enfants diarrhéiques. Cela a été introduit à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH) où je dirigeais le service pédiatrique en charge de la diarrhée. La mortalité infantile a chuté de 40% à moins de 1% grâce au sérum oral. Un programme national a été créé. Alors qu’on savait admettre 7 000 enfants dans la salle, en 1998, on a admis 200. On a pensé que la victoire était atteinte, donc l’unité a été fermée. J’avais pu former entre-temps douze mille personnes aptes à contrôler et à guérir les cas de diarrhée chez les enfants. »

Ce premier succès lui amène des cas difficiles. « C’est mon intérêt pour les diarrhées infectieuses des enfants qui a porté des médecins de l’Hôpital général à me faire voir des adultes qui avaient la diarrhée. C’est à l’époque les premiers cas de sida. C’est ainsi que le centre Gheskio a été créé. A ce moment-là, le mot sida n’existait pas. Donc, le centre Gheskio est l’institution la plus ancienne au monde dans la lutte contre le sida. Nous avons résisté pendant longtemps seul et avons travaillé sur des sujets importants comme celui d’enlever le nom Haïtien de la liste des quatre H. Une histoire qui était vraiment très malheureuse. »

Le centre a également trouvé les traitements qu’on utilise internationalement pour traiter la diarrhée, la tuberculose. Mener des travaux afin de montrer l’importance de la trithérapie, non seulement chez les enfants et les adolescents, mais aussi chez les adultes. Le centre qui regroupe le principal embryon de cerveaux haïtiens qui font de la recherche scientifique en Haïti vient de terminer une étude qui a paru en juillet dans une publication scientifique. Cette étude a forcé l’OMS à changer les standards des traitements pour les pays en voie de développement qui étaient, comme on le sait, à un taux de CD4 à 200 qui est maintenant à 350 comme pour les pays développés.
Le Dr Pape, qui traîne sa notoriété comme son faux air de Sean Connery avec une tranquille modestie, pense que c’est peut-être l’ensemble de tout ceci qui lui vaut l’honneur de recevoir ces nombreuses distinctions.

Mais le Dr Pape et ses équipes, ce ne sont pas seulement des travaux de recherche, mais aussi des soins qu’ils fournissent à 52% de tous les patients sous antirétroviraux en Haïti. C’est énorme dans un pays où le taux de séroprévalence est le plus élevé dans les Amériques.
Pape offre aussi des programmes de formation très important, pour permettre la prise en charge des personnes atteintes ou infectées par le virus du sida. Plus de 10 000 prestataires de santé, environ trois mille médecins et quatre mille infirmières, ont bénéficié de ses méthodes.

Trois autres programmes importants ont été développés dans la formation. L’un avec l’Université Quisqueya où a été créé le premier programme de maîtrise en santé publique en Haïti. Toujours avec cette même université, les centres Gheskio ont un programme pour les infirmières afin qu’elles puissent faire office d’assistantes de médecins dans des zones où il n’y a pratiquement pas de médecins. Un troisième programme de formation vise les laborantins qui sont dans les trois meilleures écoles de technologies médicales du pays. Un programme de bourses est aussi mise en place pour celles qui ont terminé le cursus.
« Pour nous autres, la recherche, la formation et le service aux malades doivent aller ensemble. Toute notre mission prend assisse sur ce trépied. Et je crois que c’est dans ce sens que nous allons continuer d’avancer. Je crois qu’Haïti a fait des progrès considérables dans la lutte contre le sida. Notre séroprévalence a chuté considérablement et le centre a fait sa part dans cette avancée. »

« Maintenant, on est à une période très difficile parce que les fonds ne sont pas arrivés comme vous le savez, et on se bat pour que les fonds soient déboursés. Nos organisations en souffrent beaucoup. Cela fait six mois environ que cela dure, on a dû renvoyer des membres du personnel. Je crois que c’est malheureux, puisqu’on était parti tellement sur un bon pied. Il faudra presser sur l’accélérateur pour qu’on puisse avoir à nouveau de bons résultats », a déclaré au Nouvelliste le Dr Pape rencontré au Clinton Global Initiative.

Mais la vie de ce scientifique à succès n’est pas un long fleuve tranquille. Après le séisme, ses équipes et lui ont eu à faire face à des situations inédites. L’arrêt des fonds, la destruction des équipements et des infrastructures, l’envahissement du terrain du centre par des sans-abri.

« Je dois vous dire qu’en ce qui concerne la tuberculose et le sida, on était prêt et, deux semaines après le tremblement de terre, on a pu récupérer tous nos patients qui étaient à Port-au-Prince ou en province. Il nous a fallu aussi mettre sur pied un hôpital d’urgence pour les multiples blessés qui nous arrivaient. On l’a fait avec les services de santé des Etats-Unis, mais quand ils sont partis après un mois et demi, on a dû mettre en place un centre de réhabilitation, une première pour Gheskio. J’ai eu le grand bonheur d’avoir les docteurs Hans Larsen et Jessie Jeannot pour diriger ce centre. Ils font un travail extraordinaire. Ils suivent actuellement plus d’un millier de patients. En plus de cela, on a eu à mettre en place un hôpital pour les tuberculeux sous des tentes, puisque notre hôpital de référence à Sigueneau s’est effondré. Ce nouvel hôpital reçoit des patients avec la forme la plus dangereuse de la tuberculose. Maitriser cette forme, dont le traitement coûte 22 000 dollars américains par an et par patient et qui nécessite deux ans de traitement comparer à six mois de traitement pour la forme simple qui coûte à peine 100 dollars pour l’éradiquer, n’est pas une mince affaire. On a du mettre aussi en place des laboratoires pour répondre aux besoins de tous les hôpitaux de la capitale pour qu’ils puissent diagnostiquer la tuberculose chez leurs patients et également pour les gens qui vivent sous les tentes. En dernier lieu, on a plus de 7 000 personnes qui ont tout perdu et qui sont venus s’installer sur notre campus. Donc, on a dû s’occuper d’eux et on continue à s’occuper d’eux. C’est une mission nouvelle pour le centre Gheskio. »

Comme si cela ne suffisait pas, le Dr Jean William Pape caresse le rêve de monter une nouvelle initiative.

« Mon projet, mon nouveau rêve est de créer un village moderne pour ceux qui ont tout perdu et qui habitent le campus du Gheskio. Parce que, pour moi, le plus grand problème qu’Haïti va rencontrer, ce sont ses sans-abri, 1, 2 million qui sont à Port-au-Prince. Nous espérons pouvoir créer ce village pour montrer que c’est possible de le faire pour que d’autres organisations fassent pareil. »

Première institution au monde à s’engager exclusivement dans la lutte contre le VIH/SIDA, le GHESKIO, qui conjugue activités de recherche, de soins et de formation, a contribué grandement à faire chuter la prévalence du VIH en Haïti de 6,2% en 1993 à 2,2% en 2006, faisant d’Haïti un modèle pour les pays à faibles ressources qui doivent combattre le SIDA, la tuberculose et les diarrhées.

« Notice biographique du Dr Pape

D’origine haïtienne et âgé de 61 ans, le docteur Jean-William Pape est un des pionniers de la lutte contre le SIDA dans le monde. Licencié en sciences de l’Université de Columbia (1971), puis docteur en médecine du Weill Medical College de l’Université de Cornell (1975), États-Unis, il se spécialise en médecine interne et en maladies infectieuses.

De retour en Haïti en 1979, il met en place, avec le Ministère haïtien de la Santé, un programme national de lutte contre la déshydratation diarrhéique auquel on doit, en grande partie, la baisse de la mortalité infantile nationale de plus de 50% entre 1982 et 2004.

Puis il développe un modèle intégré de prévention et de soins contre le VIH par la création des centres GHESKIO (Groupe Haïtien d’Étude du Sarcome de Kaposi et des Infections Opportunistes).

Aujourd’hui directeur du GHESKIO et professeur de Médecine au Weill Medical College de l’Université de Cornell, le Dr Pape est l’auteur de nombreuses publications dans des journaux d’audience internationale et bénéficie d’une renommée mondiale.

Honoré de la plus haute distinction de l’Association Médicale Haïtienne, le prix Léon Audain (1996), de la Légion d’Honneur française (2002), il est élu à « l’Institute of the Medicine » des États-Unis (2003).

Extrait de sa présentation par le site de l’Institut de France »

Frantz Duval

duval@lenouvelliste.com

En collaboration avec

Robenson Geffrard

rgeffrard@lenouvelliste.com

Envoyés spéciaux à New York








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