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Oky Jems, « Roi du carnaval »

lundi 10 mars 2014 par Administrator

Au Cap-Haïtien l’an passé, aux Gonaïves cette année, un roi a émergé au carnaval. Il s’agit de Oky Jems. Anti-star, l’artiste ne se la joue pas solo. S’il y a un roi, ce n’est pas lui mais le collectif, le groupe : Anbyans. Portrait rapide d’un homme du Nord.

Danse des pectoraux, voix incassable, sens inné de l’animation et énergie de l’esclave révolté. Sans forcer sur les traits, ces caractéristiques correspondent à Oky Jems, nom d’artiste d’Ascensio Sévère, né un vendredi 14 septembre 1978 à l’hôpital Justinien, au Cap-Haïtien.

Le lead vocal de Anbyans, qui a investi avec son groupe la cour des grands, des ténors du carnaval entre 2013 et 2014, n’a pas le tournis. L’ex- « Show Off » reste sobre, humble au point de refuser le qualificatif de « Roi du carnaval ». Il met plutôt en avant le collectif après la prestation époustouflante aux Gonaïves les 2, 3 et 4 mars. « C’était l’équipe », insiste Oky Jems, qui se voit un peu comme Messi, servi par Xavi ou Iniesta pour marquer des buts, donner du plaisir aux fans.
Tout est une question de feeling. Et en live, comme l’a fait Anbyans, l’apport de chaque musicien compte, souligne Oky Jems, transfuge du Tropicana, groupe mythique avec lequel il a beaucoup appris et chanté deux méringues, en 2007 et 2008. L’une des muses de Oky Jems est son complice, le compositeur et keybordiste de Anbyans, Réginald Pierre Jacques A.K.A « Machete », a-t-il confié à Ticket ce vendredi.

L’artiste à la silhouette de boxeur et son groupe savourent le succès du carnaval. Mais la page, confie Oky Jems, est tournée lentement. Le cap est mis sur l’album, actuellement en phase de mixage. « Fè sa w ka fè », un titre sur lequel Shaba a prêté sa voix, sera bientôt dans les kiosques et en rotation à la radio. Oky Jems surfe la vague de la reconnaissance de la réussite.

Pourtant, élevé d’une main de fer par son militaire de père, Rodrigue Sévère, et sa mère Yolande Frédérick qui ne jurent que par l’éducation, les études de leur progéniture, Oky Jems, sans lésiner sur ses leçons, a transgressé des consignes et suivi sa passion : la musique. Et il a accepté les raclées, avant ses débuts à l’Église catholique d’abord puis avec des baptistes. Il a chanté à la « Chorale amis de la chanson », à « Chœur d’hommes » avant de donner toute sa mesure avec Kingdom Staff.
En solo, son talent éclate. Débusqué en 2001 par Fred Lizaire, le manager de King Posse, Oky Jems, à l’époque longiligne, frêle, connaissait déjà le répertoire de Buju Banton sur le bout des doigts, sans maîtriser la langue de Shakespeare. « C’est un ami prêtre qui m’a fait découvrir Buju Banton », explique-t-il, un sourire dans la voix. Du répertoire du sulfureux Buju Banton à la légende planétaire Bob Marley, en passant par ses expériences rap et compas, Oky Jems a construit cette voix incassable, ce grain de voix à l’aise dans les notes aiguës, graves, hautes ou basses. Sans « édé », sans zombi ? Absolument pas !, s’exclame-t-il, laissant l’impression d’avoir la main sur le cœur.

L’homme, père d’une fille de neuf ans, Ascensia Sévère, est profondément croyant. Sa reconnaissance envers Dieu revient au détour d’une phrase, toutes les trois minutes. « Je ne bois pas, ne fume pas. Je prie et demande à Dieu de me donner de la force avant chaque prestation », confie Oky Jems. Sa symbiose avec Dieu, cette relation mystique s’est renforcée. « J’ai fait des expériences avec Dieu. Si ce n’était pas lui, je serais certainement mort dans l’accident du 7 juillet », assure-t-il, ajoutant, dans une pause, sans sanglot, que « son véhicule a été broyé par le choc ».
Spirituel, un zeste mystérieux côté cœur, Oky Jems contourne, brise la glace avec une blague : « J’aime plusieurs femmes, mais elles ne m’aiment pas ». Ce Capois, qui considère « la vie comme un cadeau de Dieu », croque celle-ci à pleines dents.

L’artiste, diplômé en techniques douanières, projette de pousser à l’avenir les portes de l’université Quisqueya. Son choix de filière n’est pas encore arrêté, confie Oky Jems, le seul parmi ses neuf frères et sœurs à avoir dit non pour le moment à une carrière tranquille en costume cravate ou uniforme, comme son frère banquier, sa sœur infirmière qui vit aux USA. Il se serait ennuyé dans « un job bureau », explique-t-il. Et on le croit sans peine.

Entre-temps, ce sensible, touché par le témoignage d’affection de Sò Àn, venue au carnaval uniquement pour assister à sa prestation, bouleversé par la mort de R-Bass, l’ACV de Ansyto Mercier, se répand en remerciements à ses fans et sympathies envers ses pairs infortunés du sort.

Il sonne sincère. Une pensée, une prière, un élan de solidarité et il regarde l’avenir « tèt dwat », croyant qu’il y a d’autres indépendances à faire. « Dans l’amour, l’unité », affirme l’habitant de la cité du roi bâtisseur, visionnaire, un zeste mégalo pour certains. Une folie des grandeurs qui n’est pas montée à la tête de Oky Jems, Asencio Sèvère, malgré son ascension parmi l’élite du carnaval…

Roberson Alphonse ralphonse@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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