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Une police scientifique - Par : Jean Erich René

lundi 2 février 2009 par William Toussaint

Une police scientifique - Par : Jean Erich René

L’acide sulfurique et l’acide chlorhydrique en vente dans les auto-parts,
les comptoirs de nos boutiques et les étales de nos marchés publics sous
les formes usuelles : Huile au vitriol, bleu d’indigo, huile à dérocher ;
Chlorox, Eau de Javel, au service des garagistes pour recharger les
batteries, décaper une surface métallique et des lessiveuses pour blanchir
les vêtements constituent deux sources d’empoisonnement très fréquentes
dans le milieu haïtien. On ne peut plus se contenter d’enquêtes verbales
sur la base de simples témoignages ou aveux, sous l’emprise de la peur. Ces
méthodes policières basées sur l’intimidation et la bastonnade sont
dépassées. La bande des malfrats ne fait qu’augmenter de jour en jour
puisque les investigations policières n’arrivent jamais à une heureuse
conclusion. Jusqu’à présent les données sur la mort du directeur
départemental adjoint de la Police de Port-de-Paix sont floues. On brouille
les pistes pour faire passer le temps afin de classer ce crime parmi les
dossiers non résolus. Dr Jessie Comeau Coicou, une rare spécialiste en
police scientifique de la PNH, a été révoquée. Maintenant les pécheurs en
eaux troubles évoluent en toute complicité.

Au-delà de toutes les palabres, les preuves médico-légales demeurent une
alternative irréfutable. L’autopsie du cadavre et l’analyse chimique
identifient avec précision la nature du poison et permettent d’arriver à
des conclusions qui échappent aux méthodes traditionnelles de L’ENQUETE SE
POURSUIT. La concordance scientifique des signes de l’empoisonnement par
l’acide sulfurique permet d’énoncer les points suivants grâce à :
1. L’autopsie du cadavre qui relève :
- Traces de brûlure : lèvres, bouche, arrière gorge.
- Perforation de l’estomac.
- Perforation des viscères.
- Foie et rate apparemment cuits
- Coagulation des vaisseaux de l’abdomen
- Coagulation du sang de couleur noirâtre
- Caillots dans les veines iliaques et hypogastriques

2. L’analyse chimique qui, par surcroît, confirme la nature du poison avec
précision. Les procédés de laboratoire de l’expert chimiste apportent ses
lumières sur les causes de l’empoisonnement. Le vomi et les linges souillés
de la victime sont recueillis pour être soumis à un test d’acidité au moyen
 :
- du papier de tournesol
- du bicarbonate alcalin
- de la macération à 3 ou 4 reprises du tube digestif avec de petites
proportions d’eau distillée
- de leur filtration pour obtenir une liqueur au moyen d’un filtre de
papier Berzelius

Si le test révèle un PH acide pour la liqueur filtrée provenant du lavage
des organes, des vomissures de la victime et de ses vêtements, elle est
introduite avec de l’azotate d’argent dans une cornue munie d’un récipient
tubulé, refroidi, et placée sur un bain de sable. On pousse la distillation
jusqu’à siccité, distillation sèche, sans dépasser une température de +
110o.

A la fin de la distillation, la cornue est remplie :

- de vapeurs rutilantes c’est-à-dire d’un rouge vif éclatant montrant un
résidu jaunâtre, c’est l’acide azotique
- S’il n’y a pas de vapeurs rutilantes et l’on constate que le résidu
devient noirâtre c’est la preuve que l’empoisonnement a eu lieu par l’acide
sulfurique
- S’il n’y a pas de vapeurs rutilantes ni acide sulfureux et si le produit
précipité par l’azotate d’argent devient jaunâtre l’empoisonnement a eu
lieu par l’acide chlorhydrique

Il n’est plus question de se référer aux enquêtes purement arbitraires de
nos agents de police, basées sur l’intimidation pour clarifier des dossiers
aussi compliqués que l’empoisonnement par un produit chimique. Leurs
conclusions trop hâtives et le plus souvent politisées sont basées sur de
simples mensonges que renverse l’analyse clinique, en mettant fin à toutes
controverses. Sans le récipient dont s’est servi prétendument Jean-Raymond
Philippe on ne peut pas parler de suicide par l’acide sulfurique. Pour
avaliser ce cas d’espèce le contenant devrait avoir comme indice une
teinte noire due au contact de l’acide sulfurique aussi bien que son ADN.
Scientifiquement, il faut établir un lien entre la victime et l’arme du
crime. Jusqu’à présent on ne se fie qu’aux aveux douteux du greffier !

Les bastonnades d’un agent Z, aux mines rébarbatives, trônant dans une
salle de torture, ne sont pas payantes et ne sauraient percer les secrets
d’un empoisonnement au vitriol ou acide sulfurique concentré. Il nous faut
sonder les sciences médicales et pharmaceutiques pour obtenir des preuves
médico-légales axées sur l’autopsie du cadavre et l’analyse chimique.
L’enseignement médical en Haïti doit être tourné vers des chaires de
toxicologie associée à la pharmacie et à la chimie. Il nous faut une police
scientifique formée de techniciens chevronnés pour contrecarrer la
finasserie des malfaiteurs.

Référence : Ambroise Tardieu, L’empoisonnement : p. 187 à 190, Questions
médico-légales. Quels sont les signes ? ; Librairie J.B. Baillière et Fils,
Rue Hautefeuille 19, près le Boulevard St Germain.








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