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Une pelle et une brouette - par : Yves Therrien, Le Soleil

vendredi 20 août 2010 par Administrator

Mardi matin, avec Maxo et Sébastien, nous nous rendons dans un des secteurs les plus touchés par le séisme du 12 janvier, le quartier Canapé-Vert. Tout est tombé ou presque.

Nous nous rendons au 28, Jean-Baptiste. Ce sont les anciens locaux de l’Institut culturel Karl-Lévêque (ICKL). Tout est détruit. Entre les morceaux de ciment que des travailleurs ramassent, on reconnaît une filière toute tordue, les restes d’un bureau en métal, même un clavier traîne à côté de ce qui fut une chaise.

En face, une auto porte les marques du tremblement de terre. Foutue, elle ne roulera plus jamais. Marc-Arthur Fils-Aimé, directeur de l’ICKL, nous disait la veille que leur plus grande perte, c’est leur bibliothèque qui contenait de nombreuses années de recherches et des enquêtes sociologiques qui servaient à identifier les problèmes dans les milieux paysans, les rapports des colloques qu’ils tenaient quelques fois l’an et les résultats de travaux de leur université populaire qui a lieu chaque année.

Tout ça, c’est perdu à jamais. Il reste la mémoire des gens, mais ce n’est jamais aussi fiable que les écrits. Certains documents ont été retracés ici et là dans les différentes organisations qui participaient aux activités, mais c’est bien peu.

En chemin, on a vu des travailleurs qui ramassaient les débris à la pelle, mais sept mois après le séisme du 12 janvier, c’est bien peu, c’est trop peu pour parler de nettoyage. À peine un époussetage.

À la télé, à la veille d’une rencontre entre les représentants internationaux et le premier ministre pour parler de la reconstruction, un journaliste parle avec les gens du peuple. Je comprends un peu le créole pour saisir ce que racontait cet homme dans la soixantaine.

Pour lui, si on donnait une pelle et une brouette à chaque Haïtien, le travail serait fait assez rapidement. Il demandait même le départ de tous les étrangers et de toutes les ONG, le temps qu’on fasse le ménage. Après, tout ce beau monde serait invité à venir écouter ce que le peuple haïtien a à dire sur ses réels besoins.

Depuis dimanche, les quelques Haïtiens qui ont accepté de répondre à des questions directes du même genre tiennent un discours identique. « Demandez-nous ce dont nous avons besoin, disent-ils. Ne venez pas nous l’imposer. »

Et nous avons vu quelques groupes de « touristes humanitaires » dans l’avion, dimanche, dans une cafétéria près de l’aéroport, hier, et dans les rues aujourd’hui. Ce sont des étudiants, assez jeunes selon les apparences. Ils viennent ici quelques jours, ramassent quelques débris et s’en retournent à la maison.

Nous avons fait le tour des édifices démolis autour du Champ-de-Mars, le palais présidentiel, le bâtiment de la garde militaire et la cathédrale de Port-au-Prince. C’est triste à voir.

ous les parcs autour, celui des héros comme celui de Pétion, sont remplis de tentes pour les victimes du séisme. Maxo nous avise de ne pas sortir du véhicule, sauf pour prendre quelques photos du Palais. Le reste du parcours se fera toutes glaces levées, pas question de laisser les fenêtres des portières baissées.

Je lui demande si c’est vrai que des Blancs ont été enlevés récemment. Il répond dans l’affirmative. À Port-au-Prince et à Pétion-Ville, des Blancs se font enlever pour leur argent. Les étrangers devraient avoir de l’argent, on s’en prend donc à eux.

Ce n’est pas pour rien qu’un mendiant m’a traité d’Américain chiche quand je lui ai répondu « Pa gen lajan » : Je n’ai pas d’argent. Il ne le croit pas. Plus tard, Sébastien lui donnera une banane parmi les fruits que nous avons achetés au marché sur le trottoir au bout de la rue. Dans la tête de ce jeune homme, nous sommes encore des étrangers chiches, j’en ai la conviction.

Pendant que j’écris, le tonnerre gronde comme pour me rappeler que j’ai vu un mendiant maugréer, mais il n’est pas seul. Tout le peuple gronde en semblant contenir sa colère.

NOTE : Yves Therrien est l’invité de Coopération internationale Québec qui assume les frais de transport en Haïti et en République dominicaine.








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