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Une génération perdue - Par : Jean Erich René

lundi 6 juillet 2009 par Erich Jean René

L’un des plus grands maux qui affectent Haïti ce n’est pas le pillage
systématique des caisses publiques par nos dirigeants politiques successifs
ni leur mépris par rapport aux besoins fondamentaux du peuple mais la
déperdition de la jeunesse. La génération qui a vu le jour aux environs des
années 1980 n’est vraiment pas chanceuse. Outre le SIDA, elle est affectée
par des scènes sauvages jamais vues dans les films d’horreur les plus
terrifiants.

Le rouleau compresseur envahit les maisons, les magasins, emporte les
meubles, les marchandises, détruit en un clin d’œil des armatures en béton.
Ces scènes macabres ont imprégné les cartes mentales de nos enfants et
troublé leur tranquillité d’esprit. Ils ont entendu les cris étouffés de
ces victimes de la barbarie. Souvent le rouleau se trompe de maison et des
innocents paient de leur sang des crimes qu’ils n’ont pas commis.
Aujourd’hui ils sont à l’université et reproduisent exactement leurs leçons
bien apprises au cours de leur adolescence. La négociation en cas de
conflit ne figure pas dans leur répertoire. L’histoire haïtienne
contemporaine enseigne que la violence est l’arme la plus convaincante et
la plus expéditive pour remporter la victoire.

La foule d’anonymes n’hésite pas à renverser les voitures les quatre roues
en l’air, casser leurs vitres, les incendier, s’emparer des bijoux et des
bourses des occupants. Une épaisse fumée dégageant l’odeur de la chair
brûlée indique que certains individus dénommés macoutes ou attachés
viennent d’être brûlés vifs au nom du changement social et politique. Des
cadavres les laissent indifférents puisqu’ils leur sont familiers. Lorsque
des spectacles aussi ahurissants frappent l’attention de cette jeunesse
comment voulez-vous qu’elle n’éprouve un sentiment de révolte.

De jeunes Haïtiens et de jeunes Haïtiennes deviennent subitement orphelins,
orphelines par suite de la disparition de leurs parents au cours de ces
événements macabres. Outre les problèmes d’affection qu’ils commencent à
éprouver ils sont définitivement soumis aux aléas de l’existence. Les voilà
qui traînent parmi d’anciennes connaissances de leurs parents à la
recherche du pain quotidien. Ils accumulent frustrations sur frustrations
pour finalement se retrouver sur le pavé.

Des événements politiques pluriels ont écourté le nombre de jours de classe
en Haïti. La qualité de l’enseignement se détériore de jour en jour. En
plus du manque d’intérêt que suscitait déjà ce système scolaire mal adapté,
les programmes prévus ne sont jamais bouclés. Nos enfants passent les cours
primaires et secondaires sans être bien imbus de certaines notions clés.
Ils cumulent lacunes sur lacunes. Aussi il n’est pas étonnant de nos jours
de rencontrer un élève de certificat qui a du mal à lire un texte en
français, pire encore le comprendre. Nos bacheliers savent peu.

Quant à l’Université qui a pour mission de préparer nos cadres
administratifs et professionnels pour assurer la relève elle subit
également les secousses de ces vagues de manifestations qui immobilisent la
vie et engoncent l’économie nationale. Leurs études sont rabâchées et la
plupart de nos diplômés n’arrivent pas à avoir une formation adéquate pour
exercer leurs professions convenablement. On a baissé les moyennes de
passage. Actuellement nos diplômes ne sont plus homologués par les
Universités étrangères. Nos médecins ne sont plus admis dans les hôpitaux
américains.

Pour survivre en terre étrangère, la plupart de nos cadres supérieurs se
livrent à de basses besognes. En Haïti, les classes moyennes sont en train
de manger la vache enragée. Les pères et les mères de famille sont aux
abois. Ils sont en train de faire l’apprentissage de la misère. Face à ce
vide béant qui s’ouvre devant nos jeunes, la peur du lendemain s’installe.
Ils sombrent dans la mélancolie et le plus souvent se sacrent dans la
drogue. Qui va assurer la relève ? Les anciennes générations restent les
bras croisés pour assister impuissantes au dépérissement de la nation
qu’elles ont amorcé, sous prétexte de changement.

A quelle page du bréviaire de la révolution, sommes-nous aujourd’hui ? La
voie est libre aux diplomates du béton qui arrivent aujourd’hui au niveau
de la candidature législative et même présidentielle. N’importe qui peut
occuper n’importe quelle fonction, n‘importe comment, sans aucun remord.
C’est le comble ! La génération présente évolue en marge des principes
fondamentaux de la société haïtienne. Nos jeunes ont grandi dans un climat
d’anarchie. Ils n’ont plus de modèles à suivre sinon que la médiocrité, la
barbarie, le kidnapping, le commerce illicite et le trafic de la drogue.
Ils ignorent notre passé habillé de gloire et ne connaissent que notre
présent trempé de honte et d’indignité sous les bottes de la Communauté
Internationale. La génération présente ne porte pas les semences de
l’espoir pour le futur d’Haïti. C’est une génération perdue !








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