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Themes de l’Emission de la semaine : Stratégie de Financement du Développement du PSSN. - par : Robert Benodin

dimanche 22 août 2010 par Robert Benodin

Thèmes de l’Emission de la semaine

Orlando le 20 août, 2010

Actualités Politiques : Grandes Lignes

Bonsoir chers auditeurs. Vous écoutez sur les ondes de Radio Classique Inter, l’émission Actualités Politiques, Grandes lignes, animée par Robert Bénodin.

Nous avons avec nous, sur les ondes de Radio Classique inter, Guichard Doré, traitant de la Stratégie de Financement du Développement du PSSN.

Guichard Doré, nous vous souhaitons la bienvenue sur les ondes de Radio Classique Inter.

RB : L’un des chapitres du PSSN offre une stratégie de financement.
Quels sont les mécanismes prévus pour financer la mise en œuvre du PSSN ?

GD : Le PSSN est un document dont on parle beaucoup tant à l’étranger qu’en Haïti. Il y a un grand homme d’affaire italien qui m’a écrit l’autre jour pour me parler du document. Il est aussi un professeur dans l’une des universités des plus performantes du monde en économie, Bocconi à Milan. Il m’a dit qu’il était vraiment étonné de voir la stratégie du financement du PSSN.

Nous avons pris en compte toute une série de facteurs, pour trouver les moyens de financement du développement. L’un des problèmes que nous confrontons depuis des années, c’est celui de l’autofinancement du développement. Depuis l’échec de la BINDAI, le pays n’a plus une institution financière pour couvrir des charges qui sont très lourdes. Quand on parle d’infrastructure, une banque commerciale ne peut pas entreprendre de tel projet. Elle a ses contraintes. Il faut avoir une institution qui peut embrasser ce genre de projet. Construire des routes, des hôpitaux, des écoles, financer l’agriculture etc. ça exige des sommes importantes. Prenant en compte tous ces paramètres, nous estimons que pour développer l’investissement privé dans le pays, pour financer les grands travaux publics, cela demande une stratégie de financement du développement qui ira au-delà des normes et des mécanismes de financement traditionnel. Le gouvernement haïtien ne peut solliciter des fonds que de la FMI. L’Etat haïtien, qui est dans une situation de faillite déclarée, ne peut pas aller sur le marché international solliciter des fonds. C’est la FMI qui doit se porter garant pour qu’Haïti puisse solliciter des fonds. Sauf des Etats peuvent faire des prêts à Haïti. Le fait que nous sommes entrés dans la logique de pays pauvre endetté, c’est une mauvaise stratégie qu’il ne fallait pas adopter. De fait l’Etat haïtien ne doit pas beaucoup. Notre dette ne dépasse pas 2 à 3 milliards de dollars. Cela ne représente pas une dette énorme pou un pays qui a une population de 10 millions d’habitants.

Face à cette réalité, nous pensons qu’il nous faut adopter une autre stratégie. Il y a d’autres moyens innovants qui nous permettrons de trouver du financement. Il y a d’autres pays qui l’ont fait avant nous. Le Mali par exemple a créé une banque de développement. L’Afrique du sud l’a fait aussi. Nous nous sommes rendu compte que depuis l’échec de la BINDAI, en Haïti, les gouvernements ont toujours une peur de la banque de développement. Alors que nous pensons que ce soit un besoin fondamental pour l’avenir du pays, si nous voulons le faire avancer. On ne peut pas continuer à compter sur l’aide internationale. Il nous faut chercher tous les moyens possibles pour faire développer le pays. C’est pour cela que dans le PSSN nous disons que nous voulons casser ce cycle. Le cycle du renforcement de la pauvreté. On ne peut pas se développer avec l’aide étrangère, ni les dons. On a besoin des prêts. Il y a des moyens disponibles sur le marché. Ne serait-ce qu’au niveau de la Diaspora haïtienne, que des capitaux haïtiens au niveau du pays à mobiliser pour faire le développement. Le PSSN est une réponse à la stratégie passive que nous constatons depuis des années, qui ne veut pas aller à la recherche de moyens innovants.

RB : Certainement l’impact du 12 janvier a été très violent et affecte tout.
Quel rapport établissez-vous entre la stratégie de financement du PSSN et les événements du 12 janvier ?

GD : Le 12 janvier est une situation qui nous a porté à réfléchir. Il ne faut pas oublier que la rédaction du document a commencé avant le 12 janvier. Le 12 janvier est venu comme un problème nouveau, supplémentaire et imprévu. Le fait que ce soit un fait accompli, l’approche stratégique que nous étions en train de concevoir et d’élaborer pour chercher les moyens de répondre aux besoins du développement national, nous a obligé, nous a forcé à prendre conscience du poids énorme des conséquences du 12 janvier, destruction physique, des pertes de capitaux, des pertes de vies et de biens, des pertes colossales.

Comment faire face à ce besoin de réparation ? Nous pensons que le PSSN doit changer la cadence, la vitesse de développement du pays. Il nous faut nous lancer dans des initiatives responsables, pour sortir du cycle de croissance mole. Depuis les 25 dernières années, nous n’avons pas eu de croissance réelle. En fait depuis 1982. Quand vous dites que vous avez un taux de croissance de 2%, alors que la population a une croissance 2.5%, quand on fait la différence le résultat est négatif.
Le PSSN avec tous ses axes, est un instrument de développement. Quand nous parlons de la maîtrise de la croissance et de la pression démographique, ce sont des points fondamentaux pour le PSSN. Si on n’arrive pas à réduire la pression démographique, on ne pourra pas créer de croissance. On se trouve et on reste dans un cycle de renouvellement de la pauvreté et de reproduction de la misère dans le pays.
Il faut une réforme de l’Etat. Il y a une absence de l’autorité de l’Etat. D’ailleurs, c’est ce qui explique la présence de la Minustah pour imposer la stabilité militaire. Quelqu’un qui veut investir dans un pays s’informe automatiquement sur la manière dont l’Etat exerce son autorité, pour comprendre s’il aura les garanties pré-requises pour la protection de ses capitaux. Il y a-t-il l’Etat de droit, la sécurité ?

Le 12 janvier a introduit un nouveau paramètre, la destruction. Il nous faut trouver le financement. Il nous faut aller à la recherche de capitaux haïtiens en Diaspora et à l’intérieur. Il nous faut aller à la recherche d’autres moyens innovants pour trouver des capitaux. C’est pour cela que nous pensons qu’il nous faut établir une banque internationale de développement et de reconstruction pour nous permettre de gérer les effets de l’engagement de la communauté internationale envers Haïti.
Les activités de reconstruction incitent des entreprises à solliciter des contrats. Plus de 50% des entreprises qui ont contribué au PIB haïtien sont détruites par le tremblement de terre. Ces entreprises évidemment ne peuvent pas participer aux activités de la reconstruction. Nous n’avons pas de centre de formation suffisamment performants qui nous permettrait de former des gens rapidement pour les offrir sur le marché du travail. Autrement dit, si on commence à débloquer les fonds de reconstruction, ce seront des étrangers qui viendront prendre les contrats. Au niveau technique on n’a pas tellement de gens pouvant répondre aux besoins immédiats de technicité. La plus grande portion de l’investissement pour la reconstruction va retourner vers l’étranger.

Dans le PSSN nous croyons que ce soit une menace, si nous ne développons pas une dynamique interne pour absorber une portion substantielle de l’investissement pour la reconstruction. Ceci doit prendre un certain temps. Parce qu’il y a un temps d’accumulation. Il faut que cet argent ait un impact multiplicateur pour que la société puisse en bénéficier. Si l’argent retourne à 70% vers l’étranger, nous estimons que c’est un échec. Il nous faut des stratégies nouvelles pour gérer ces projets. La stratégie de Préval avec la CIRH n’offre pas cette garantie. Nous pensons qu’une banque de développement est un outil nécessaire pour gérer cette situation. Cette banque sera composée d’Haïtiens et d’étrangers respectant les normes internationales de gestion bancaire liée au secteur du développement. Cette institution doit assurer un changement de la dynamique au sein de la société.

RB : Quels sont les mécanismes et la structure de fonctionnement de la Banque Internationale de Développement et de la Reconstruction d’Haïti (BIDRH) prévue par le PSSN ?

GD : Le PSSN suggère que pour sortir du marasme où nous sommes, il nous faut un esprit d’ingéniosité et d’innovation. Pour transcender la démarche traditionnelle de la réalité qui a plongé le pays dans l’abîme où il se trouve. Nous croyons qu’il nous faut unir la générosité de l’Internationale avec nos ressources internes. Il nous faut dans ce cas définir un cadre rationnel pour financer le développement national en établissant une Banque Internationale de Développement et de Reconstruction d’Haïti qui peut collecter des fonds nécessaires pour financer des projets d’intérêt collectif, équipements collectifs, logements sociaux, agriculture etc. Ces projets peuvent nous permettre de trouver des prêts à long terme, que l’on peut offrir aux agriculteurs, aux commerçants, aux industriels, aux collectivités territoriales. Une institution pareille peut aider le pays à retrouver son efficacité économique et sociale. Cette banque peut mobiliser des capitaux publics et privés pour atteindre les objectifs de développement et ceux spécifiques des acteurs économiques. Il nous faut arriver à faire le lien entre les objectifs globaux du développement national, les intérêts spécifiques de chaque acteur économique de la société, nous n’arriverons pas au progrès. Il nous faut penser globalement et agir localement. Il nous faut arriver à faire une alliance stratégique entre les acteurs économiques, les décideurs qui définissent les politiques de développement pour les mettre en application. La banque doit remplir ce rôle. Le développement compliqué et complexe exige un investissement massif d’efforts de plusieurs secteurs nationaux et internationaux. L’Etat haïtien doit participer dans l’investissement de capitaux pour cette banque. La BRH doit être un actionnaire de cette banque. Les institutions multilatérales de développement doivent faire partie de cette banque. Des institutions bilatérales impliquées dans le développement, peuvent faire partie de cette banque. La Diaspora, le secteur privé haïtien peuvent et doivent devenir des actionnaires de cette banque. On peut trouver des mécènes qui veulent investir au nom d’une cause, ou des projets spécifiques. Il nous faut mobiliser un ensemble de moyens pour trouver les capitaux pour financer le développement du pays.

Il faut que cette banque ait une autonomie totale de gestion avec un personnel adéquat garantissant la confiance des investisseurs. Ce sera une institution internationale de financement qui devra être géré comme tel. Il faut nous émanciper de la crainte que la faillite de BINDAI a installée dans la mentalité des dirigeants haïtiens. La BINDAI a échoué à cause de la corruption. Elle a aidé beaucoup de secteurs, notamment, le secteur agricole par exemple.

RB : Pourquoi le PSSN recommande-t-il un grand Emprunt National ?
Quel est le rôle de cet Emprunt National dans la stratégie du Financement du PSSN ?

GD : Quand on parle de développement, il faut engager des partenaires. Et il faut qu’ils participent. Ils peuvent participer de différentes façons. Le meilleur moyen de montrer sont attachement au bien être de pays, il faut apporter une quote-part. On n’est pas en train de réinventer. Il y a des pays que se sont trouvés dans cette situation, où il leur était impossible de faire des prêts sur le marché international. L’Etat haïtien ne peut pas émettre des bons, comme la République dominicaine vient de le faire récemment pour 800 millions de dollars. On ne nous fait pas de crédit. Nous sommes un pays en faillite. Quand on ne peut pas trouver de prêt, comme l’Israel l’avait fait, on se retourne vers la Diaspora. L’Inde a fait la même chose. On peut émettre des bons de développement pour une maturité de 7 ans. On remet l’argent aux propriétaires des bons à maturité. Mais si le propriétaire de bons ne veut pas qu’on lui rembourse ses bons, il peut devenir un actionnaire de la banque de développement en convertissant ses bons en actions.

Le Grand Emprunt National est fondamental. Il faut que ce soit les haïtiens qui aident le pays à avancer. Il est fondamental et indispensable qu’il y ait des dirigeants sérieux et compétents à la tête de l’Etat. Il faut que les dirigeants inspirent confiance. Il faut que les dirigeants eux-mêmes s’engagent pécuniairement dans le Grand Emprunt National. Pour avoir la participation de la Diaspora, on n’est pas obligé de passer par quatre chemins. Il faut reconnaître et restituer ses droits civils et politiques. Il faut mettre fin à cette exclusion artificielle et xénophobe qui nous sépare de nos meilleurs talents. Le Grand Emprunt a été utilisé par plusieurs pays avec succès. C’est un moyen sûr et stable pour trouver le financement du développement. Des bons à cent dollars peuvent faciliter une plus large participation de la Diaspora et des Haïtiens de l’intérieur. La France a eu recours à ces moyens de financement en plusieurs fois. On est en train de quémander depuis 25 ans, à quoi ça a abouti ? Quand on quémande, on n’a aucune liberté d’utilisation de ces fonds. C’est celui qui donne qui détermine l’utilisation. L’aide est toujours liée et conditionnée. Avec l’emprunt, les décisions de l’investissement ne sont liées qu’aux intérêts et besoins de celui qui assume le prêt. Si on s’applique à travailler sérieusement, on doit arriver à réduire l’écart qui existe entre nous et la République dominicaine. Il nous faut faire un effort dans les activités porteuses de croissance. On a des kilomètres de côte qui sont inexploités. Il nous faut créer des pôles de compétitivité. Il nous faut faire des lois sur l’investissement. On peut dynamiser le pays pour que l’on vienne investir dans le pays. Le Grand Emprunt National est fondamental pour la dynamisation de l’économie du pays, comme il l’a été dans beaucoup d’autres pays.

RB : La BIDRH fera-t-elle des alliances avec les Banques Multilatérales de Développement ?

Quels seront les buts de telles alliances ?

GD : Cette banque sera un consortium ayant la participation d’autres institutions. Ce sera une structure nouvelle. Il y aura des expériences et connaissances dont nous aurons besoin. Il y a des institutions qui ont plus de 50 ans dans le domaine du financement du développement. Il nous faut aller à la recherche de ces expériences. Il nous faut leur offrir une participation à la banque. Il nous faut faire des alliances pour attirer l’expérience et la confiance. Pour se lancer dans le marché de prêt international, il faut avoir des gens de réputation mondiale qui inspirent confiance pour garantir la gestion de l’investissement des fonds. Les banques internationales qui apporteront leurs capitaux, auront un droit de regard sur les activités internes de la BIDRH. Il faut de la transparence. Ce sera une alliance stratégique avec des institutions multilatérales de développement qui garantit la pérennité de l’institution. Si l’institution n’est pas durable, le développement du pays ne le sera pas non plus. La banque sera un instrument nécessaire à la modernisation du pays.

On n’a pas de problème avec les ONG. Mais ce que nous constatons après 25 ans, n’est pas du tout convaincant. Je ne crois pas dans la charité. Il faut qu’il y ait un intérêt pour qu’il y ait investissement. Il faut créer une nouvelle image d’Haïti. Il nous faut sortir de l’état de mendicité qui n’attire que la charité et non l’investissement.

Le PSSN veut faire de l’Haïtien, l’acteur de son destin. C’est un pacte générationnel qui exige que l’on comprenne l’enjeu, l’effort minimal à faire. La réforme de l’Etat n’a pas de grandes exigences pécuniaires. Ce dont on a besoin, est une volonté politique. La réforme et la modernisation de l’Etat nous garantissent au minimum 2 points de croissance.

Le phénomène de l’insécurité est un épiphénomène. Au nom des principes républicains l’Etat peut ramener la sécurité. Ce qui est prioritaire et fondamental, c’est la réforme de l’Etat. Il faut rétablir l’autorité de l’Etat. Le développement dépend du maintien de la stabilité politique, sociale et économique, garantit par l’Etat. Cet aspect dépend uniquement de la volonté politique. Il faut avoir une gestion seine et compétente de la gouvernance de l’Etat. Pour les investissements sociaux non-rentables dans l’immédiat, il faut aller chercher des institutions spécialisées dans ses domaines, en Amérique du Nord, en Europe etc.

RB : Qu’est-ce que le PSSN offre comme garantie aux souscripteurs au Grand Emprunt National ?

GD : C’est la solidité du consortium qui est sa garantie. La banque sera un partenariat public-privé avec des institutions internationales, un réseau sérieux et de transparence dans sa structure organisationnelle, pour inspirer confiance. Elle va suivre et appliquer des principes de gestion par la qualité. Elle se soumettra régulièrement à une audite annuelle. Elle doit respecter les normes et les principes prudentiels que toutes institutions bancaires du monde respectent.

RB : Comment la BIDRH va participer à l’atteinte des objectifs millénaires du développement notamment au niveau de :

Emploi,

Education,

Agriculture,

Microcrédit,

Energie Renouvelable,

Environnement,

Eau Potable,

Logement,

Partenariat ?

GD : Le fait que cette banque soit créée précisément pour organiser le développement, elle va participer dans la lutte contre la pauvreté pour pouvoir atteindre les objectifs millénaires du développement institués par les Nations-Unies.

Elle va agir sur toutes les causes expliquant la pauvreté dans le pays. En finançant les activités entrepreneuriales, elle va contribuer à la création d’emploi dans le pays.

Elle va s’impliquer dans le domaine de l’éducation. Toutes les études économiques ont prouvé que l’éducation est un capital. Un capital mobil, parce qu’il est lié personnellement, individuellement à celui qui le possède. C’est un capital incorporé à la personne qui le possède. Pour qu’il y ait une croissance économique dans le pays, l’éducation constitue une base fondamentale. La banque doit financer des projets de scolarisation universelle, sans préjugé de genre. Tout le monde doit avoir également accès à l’éducation. Elle doit devenir la courroie de transmission entre les institutions multilatérales intéressées aux affaires sociales. La banque sera impliquée dans la formation professionnelle, dans l’enseignement technique. Cet aspect de l’éducation sera celui qui accompagnera le développement économique. Il faut une formation technique et professionnelle à cette fin. Il faut aussi financer les projets d’alphabétisation. Savoir lire et écrire, être éduqué, permet une meilleure insertion sociale et professionnelle. La banque doit donner des bources d’étude liées strictement au mérite. Dans le PSSN, nous ne voulons pas que la condition de naissance de quelqu’un détermine sa condition d’existence. C’est ce qui génère l’inégalité dans une société. Là où vous avez pris naissance ne doit pas déterminer votre destiné. La condition de naissance ne doit pas hypothéquer les conditions d’existence. Il faut créer et organiser la capillarité sociale. C’est l’absence d’éducation qui exclut la majorité pauvre de la capillarité sociale. Il faut oblitérer cet obstacle pour permettre au pays de bénéficier au maximum de l’intelligence et de la capacité productive de tous ses citoyens. L’éducation permet et organise le transfère de classe.

La banque va s’impliquer dans le secteur de l’agriculture. C’est un secteur qui aujourd’hui emploie plus de 50% de la population. Bien que l’agriculture représente seulement 25% de la Production Intérieure Brute d’Haïti. Le pays demeure un pays très dépendant. S’il nous faut réduire le phénomène de bidonvilisation accélérée qui se manifeste dans nos villes. Il faut rendre le secteur agricole performant. La Banque aura un département de crédit agricole rural. Une bonne partie de l’importation est en produits alimentaires.

La banque devra s’impliquer dans le microcrédit. On ne le fera pas comme c’est fait maintenant avec un régime usurier. Le taux d’intérêt doit être raisonnable, permettant à la petite marchande de faire un profit qui lui permet de vivre et de satisfaire ses besoins.
La banque doit s’impliquer dans l’énergie renouvelable. Il faut remplacer le charbon de bois comme source d’énergie. Il nous faut trouver des sources d’énergie alternative. Il faut rendre disponible des réchauds améliorés.
La banque va s’impliquer dans la protection de l’environnement. Le développement durable doit prendre en compte la protection environnementale. Pour le financement, il y a des fonds disponibles sur le plan international à cette fin.

Une activité vraiment fondamentale pour la nation c’est l’accès à l’eau potable tant dans le milieu urbain que rural. C’est un élément fondamental à la protection et à l’entretien de la santé. L’accès à l’eau potable est fondamental au développement du pays et au confort de la nation.
La destruction causée part le cataclysme du 12 janvier, oblige la banque à s’impliquer dans le domaine du logement. Ce sera un aide sur le plan social pour ceux qui ont perdu leurs logis, mais c’est aussi un investissement rentable.

Tous ces axes ci-dessus mentionnés nous permettront d’atteindre les objectifs du millénaire définis par les Nations-Unies il y a 10 ans de cela.

RB : Comment la Banque va-t-elle procéder pour soutenir le développement des entreprises privées créatrices d’emploi en Haïti ?

GD : Ce n’est pas une banque qui va s’engager dans la charité. Puisque c’est une banque de développement, elle sera naturellement au service du secteur privé. Le secteur privé peut prendre une participation dans les entreprises que la banque crée. Le secteur privé aura une opportunité pour investir dans la banque. Egalement il peut apporter sont financement sous forme de prêt. La banque va se trouver dans une situation, où elle a intérêt à aider les entreprises privés. Une façon de le faire, c’est de créer un climat de confiance. Le moyen pour créer ce climat, se sera le respect des normes et des principes de transparence. On va engager la banque dans plusieurs types d’industrie, tel que le tourisme, le transport, l’agriculture par exemple. Elle va contribuer à la croissance économique durable. On va permettre au pays de diversifier ses recettes extérieures. On va s’engager à encourager la création d’emplois productifs, pour diminuer l’exode des jeunes. Elle va contribuer à l’équilibre de la balance des payements. Elle va mobiliser l’épargne locale, pour orienter l’investissement à long-terme. Elle ambitionne de devenir l’une des plus grandes institutions de financement de la Caraïbe. Le secteur privé haïtien et étranger sera son partenaire à part entière. Il faut libéraliser le crédit, moyennant le respect des normes et des principes. Il faut aussi qu’il y ait des risques calculés à prendre dans des propositions de projets innovateurs venant de la jeunesse. Il faut les encourager, les accompagner. La vocation de cette banque est d’accompagner le développement durable. Sans un secteur privé dynamique et responsable, on n’aura pas de développement.

Il nous faut avoir un Etat responsable, un Etat républicain, un Etat stratège. Il nous faut aussi avoir des investisseurs innovateurs qui doivent prendre des risques. Sans ça le pays n’ira nulle part. Il nous faut créer une société de prospérité où tout le monde peut trouver et forger sa chance.

Il y a un professeur italien de l’Université Bocconi à Milan, qui a lu le PSSN et nous a envoyé un Email pour nous félicité particulièrement pour le concept de la BIDRH. Il reconnaît que la stratégie de financement du PSSN soit innovante. Si nous arrivons à mettre en œuvre cette stratégie, dans 25 ans on aura fait un grand pas.

RB : Pour conclure, pouvez-vous résumer pour les auditeurs, la démarche de développement adoptée par la BIDRH ?

GD : Pour être efficace la BIDRH devra mettre l’accent sur des mécanismes pour s’approprier la stratégie de développement national. Elle va examiner de façon rigoureuse le programme éducatif national des agences multilatérales de développement, de L’Union européenne, de la Banque mondiale, de la BID, des programmes des Nations-Unies pour le développement, de la Banque caribéenne de développement. Elle va chercher à maîtriser les programmes directeurs des agences bilatérales, de coopération au développement, USAID, ACDI, AFD, Agence Espagnole de Coopération Internationale, avec un ciblage des fonds d’aide de l’Amérique latine, de l’Amérique du Nord et de l’Europe.

La banque va mettre l’accent également sur le développement de coopération avec les départements techniques des ministères. Pour que la banque puisse avancer il lui faut analyser les documents de la politique nationale du développement. De toute façon c’est l’Etat qui met en œuvre la politique de développement national. La banque doit se mettre au diapason avec la politique de développement de l’Etat. Il lui faut trouver le moyen d’obtenir une cohérence avec cette politique. Elle doit aussi s’approprier de la politique des bailleurs de fonds internationaux, dans leurs domaines d’intervention. Après, elle devra définir ses interventions en adéquation avec les objectifs macroéconomiques de la politique nationale de développement, avec la vision des différents partenaires d’Haïti. Elle doit arriver à définir son plan d’action sur le terrain. La banque doit devenir le lieu de discussion et de formulation des projets de développement pour Haïti, de façon scientifique et synthétique. Il faut trouver des moyens pour permettre à la banque d’atteindre ses objectifs. La stratégie de financement de la banque doit permettre d’identifier le financement stratégique du développement durable du pays. Elle permettra de développer l’investissement public et privé. Elle lancera le Grand Emprunt National pour dynamiser l’activité économique et financière du développement des grands projets publics. Elle doit arriver dans 10 ans à établir une plaque boursière à Port-au-Prince. C’est une façon d’accumuler des capitaux pour financer le développement.

Il nous faut aussi gérer des zones de risques saisonniers énormes, ouragan, pluie torrentielle, inondation, glissement de terrain, éboulement, tremblement de terre etc. Il y a des moyens dans la finance pour nous protéger contre ces dangers. Ce sont ces moyens innovants qui vont nous permettre d’avancer.

Pour la reconstruction il faut aussi un effort national. Il faut offrir aux Haïtiens de l’intérieur, comme ceux de l’extérieur, les moyens de participer à travers des instruments financiers, des bons pour la reconstruction.
Les aides et les dons liés et conditionnés ne peuvent pas financer le développement. La coopération technique à elle seule absorbe au moins 25% de l’aide. Des 10 milliards de dollars d’aide pour la reconstruction, seulement 4 milliards seront dépensés sur le sol haïtien, si nous avons des stratégies efficaces.

Pendant 25 ans nous avons financé notre sous-développement. Depuis les années 60, tous les Haïtiens formés en Haïti sont partis pour l’étranger, la fuite des cerveaux. Comme pays pauvre nous finançons le développement des pays riches. Il nous faut une stratégie d’insertion pour retenir notre capital humain. Il nous faut mettre aussi l’accent sur les écoles vocationnelles pour supporter le développement, pour former une classe moyenne professionnellement préparée, appelée à devenir des entrepreneurs ayant la maîtrise de leurs métiers. De fait, c’est au niveau de ces écoles que se fait le transfère de technologie. Il nous faut mettre fin à la politique de l’échec.

RB : Doré je te remercie infiniment pour ta brillante participation à l’émission. J’espère pouvoir t’inviter bientôt à un exposé d’une autre facette du PSSN.

DG : Je te remercie pour l’entrevue.








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