CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com

Thèmes de l’Emission de la semaine - Par : Robert Benodin

dimanche 14 mars 2010 par Robert Benodin

Thèmes de l’Emission de la semaine

Orlando le 12 mars, 2010

Actualités Politiques : Grandes Lignes

Deux entrevues avec :

- Marie Yolène Gilles (RNDDH) Droits Humains

- Mirlande H. Manigat (RDNP) Leader Politique

Bonsoir chers auditeurs. Vous écoutez sur les ondes de Radio Classique Inter, l’émission Actualités Politiques, Grandes lignes, animée par Robert Bénodin.

Nous avons avec nous, sur les ondes de Radio Classique inter, Marie Yolène Gilles, Assistante Responsable de Programme au RNDDH opinant sur le second rapport sur la situation générale du pays après le séisme du 12 janvier 2010.

Marie Yolène Gilles, nous vous souhaitons la bienvenue sur les ondes de Radio Classique Inter.

RB : En guise d’introduction, le rapport a fait un résumé de la situation antérieur au séisme et inventorié les dégâts du séisme.

Pouvez-vous contraster pour nous ces deux réalités ?

MYG : Comme vous le savez, Haïti avant le 12 janvier avait déjà vécu une situation socio-économique exécrable. 80% de la population vivaient en-dessous du seuil de pauvreté. La corruption était devenue la norme. Il y avait une dégradation avancée de l’environnement. Les intempéries provoquaient régulièrement l’inondation, le glissement de terrain, etc.

- Sous le plan politique, les élections annoncées n’ont pas eu lieu. Le CEP est jusqu’à présent provisoire. Ce CEP avait écarté des partis politiques pour organiser des élections à sa façon. RNDDH avait dénoncé cette façon d’agir. Si le pays est maintenant calme. On peut s’attendre à n’importe quoi, parce que ce calme n’est qu’apparent. Nous avons en Haïti l’un des plus grands déploiements des Nations-Unis, la Minustah. Malgré ça on continue à avoir des problèmes d’insécurité.

- Dans la justice, les ¾ de la population carcérale sont en détention préventive prolongée. Le respect des droits humains est une lutte constante. Malheureusement rien n’est fait pour porter un brin d’espoir au sein des familles en Haïti.

C’est ainsi que la situation était avant le 12 janvier 2010.

Le tremblement de terre était de l’ordre de 7.3. Tous les secteurs sociaux de la capitale et de certaines villes de provinces affectées, ont été touchés. Depuis le 12 janvier, Haïti est en train de vivre une situation sans pareille. La population vit littéralement dans les rues, sans abri. Cela montre la faiblesse de l’Etat dans tous ses aspects. On ne voit aucune initiative de la part des autorités.

- L’éducation, c’est un défi qui jusqu’à présent tient le gouvernement en échec.

- La carence d’eau, de nourriture et d’insécurité ne fait qu’augmenter. Nous sommes en train de vivre une situation catastrophique depuis le 12 janvier.

RB : Pouvez-vous détailler pour nous l’effet du cataclysme sur les domaines :

- Education

- Santé

- Administration publique

- Exécutif

- Législatif

- Judiciaire

MYG : Tous les secteurs de la vie nationale sont frappés. Le ministère de l’éducation nationale est celui qui est le moins capable de montrer son efficacité.

- Dans le milieu scolaire 4.693 personnes sont morts, dont 451 enseignants, 201 fonctionnaires du ministère et 3.951 élèves.

- 1.263 bâtiments scolaires sont complètement détruits, dont 56 écoles publiques, 1.207 non-publiques.

- 2.541 établissements ont été endommagés, dont 147 publics, 2.394 non-publics.

- Seuls 58 bâtiments d’écoles publiques contre 929 bâtiments d’écoles non-publiques paraissent intacts.

- On n’a pas le sens de l’urgence au ministère de l’éducation, pour annoncer quand on ouvrira les écoles, aura-t-on des examens du baccalauréat, etc.

- Les activités scolaires suspendues, ont repris l8 février 2010 dans les régions non-affectées par le séisme.

- L’Université d’Etat d’Haïti a perdu au moins 20 enseignants, 20 membres du personnel administratif et 300 étudiants. Ce bilan ne tient pas compte de ceux tués hors des bâtiments des universités.

- Sur les 11 bâtiments des facultés de l’Université d’Etat d’Haïti, seulement 3 pourront être utilisés après réparation : l’Ethnologie, l’Institution Haïtienne d’Etude et de Recherches Africaines, et l’Odontologie.

- Le secteur de l’éducation est parmi ceux qui comptent plus de victimes. Mais les autorités de ce secteur ont montré leur incompétence et leur incapacité face à la situation.

- Quant aux écoles congréganistes et les écoles privées, on ressent qu’elles sont déterminés pour prévenir la perte de l’année scolaire. Selon nos observations nous devons rapporter que ceci ne soit pas le souci du département de l’éducation nationale. Les rencontres avec divers écoles n’ont jamais abouti à une conclusion positive. La réunion d’hier a fini en queue de poisson.

- Le secteur de la santé paraît être le mieux organisé. Au niveau des zones frappées par le séisme, au moins 24 médecins ont perdu la vie. 23 des 40 hôpitaux publics situés dans les départements touchés par le séisme, sont endommagés. Parmi eux, 2 sont endommagé et hors fonction et 2 autres sont partiellement effondrés. Il s’agit respectivement des centres hospitaliers du Sanatorium, de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti et à Jacmel de l’Hôpital La Paix.

Au moins 295.318 victimes ont été soignées en Haïti :

- 131.017 par la Brigade Médicale Cubaine.

- 28.000 par les Médecins Sans Frontières.

- 933 par l’USNS Comfort.

- 3.325 par le Department of Defense Medical.

- 29.361 par le US Departement of Health and Human Services.

- 900 en Dominicanie, dont 300 ont subi des interventions chirurgicales.

- 57.139 par les hôpitaux de campagne.

- 4.476) par l’Hôpital de Secours

- Au moins 5 médecins et 10 infirmières qui travaillaient à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH) ont perdu la vie.

Le plus grand centre hospitalier du pays ne fonctionne qu’à 50 %, la moitié du bâtiment étant inopérant. Les principaux services, suspendus à cause du séisme, ont recommencé à travailler, avec la présence de 60 % du personnel.

Les dépôts du Ministère de la Santé Publique et de la Population n’ont pas été affectés par le séisme, les personnes vivant avec le virus du SIDA de même que celles atteintes de la tuberculose ont pu continuer à recevoir les soins que nécessitent leurs cas. Les distributions de ces médicaments ont été réalisées par le Centre GESKIO et le bureau national de lutte contre le VIH / SIDA.

La Sécurité :

La PNH et la MINUSTAH ont fait des efforts en vue de déloger les gangs armés à la Cité soleil, Ti-Bois, Martissant et Bolosse. Il y a beaucoup à faire pour rétablir une sécurité bien coordonnée.

La PNH a 75 agents qui sont morts dont 61 agents administratifs, 8 agents pénitentiaires au palais de justice qui accompagnaient des prévenus au tribunal et 6 agents de l’Unité de Sécurité du Palais National. 67 policiers sont portés disparus et 253 autres sont blessés desquels 5 ont subi une amputation.

42 commissariats, sous-commissariats et bureaux administratifs de la PNH ont été affectés. 21 bâtiments, gravement endommagés ou totalement effondrés doivent être reconstruits :

Le bâtiment de la Direction Générale de la Police Nationale d’Haïti,

Le bâtiment de la Direction Départementale de l’Ouest,

Le bâtiment de l’Unité Départementale pour le Maintien de l’Ordre.

Le bâtiment du CIMO peut être réparé.

La Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) comptait 724 agents répartis dans les centres de détention du pays, a perdu plusieurs agents. On a relâché des prisonniers à divers endroit dans le pays, Delmas 33, Pénitencier national, Prison de Carrefour, Damassin et Jacmel. Au Pénitencier 4.200 détenus se sont évadés. Alors que le Pénitencier n’avait subi aucun dommage qui pourrait provoquer cette évasion. Même si les prisonniers seraient dans la cour, au moment du séisme, ils n’auraient pas pu seuls, atteindre les rues et s’évader. Les prisonniers de la prison de l’Arcahaie en sont sortis après 3 jours. A Carrefour 180 sont sortis. A Delmas ils sont tous sortis. Ceux de Gonaïves sont sortis. A St Marc 10 sont sortis. Aux Cayes 38 sont sortis. Aux Coteaux 74 et à Jacmel 73.

Dans l’appareille judiciaire, au moins 10 membres dont le Doyen du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, Roc Cadet de regrettée mémoire, 2 juges du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de Hinche et un substitut commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, 4 huissiers et 1 greffier du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, ont perdu la vie.

9 tribunaux de Première Instance, 4 Parquets, 14 Tribunaux de Paix et le Tribunal Spécial du Travail de Port-au-Prince ont été endommagés.

Toute fois les autorités judiciaires n’ont donné aucune preuve de volonté de récupération des dossiers.

Le palais de justice s’est effondré, mais les dossiers auraient pu être récupérés. Il y avait au palais de justice des cabinets qui n’avaient subi aucun dommage. Les cabinets de maître Florestal, maître Pierre-Paul, maître Carvette, au ré-déchaussé n’ont eu aucun dommage. On a profité pour y mettre le feu et faire disparaître les dossiers. L’archive de la CONATEN a été aussi brûlé pour les mêmes raisons.

Jusqu’à présent, il n’y a pas eu une réponse valable de la part des gouvernants. S’il y a une réplique assez forte, il y a des maisons endommagées qui vont causer l’effondrement d’autres maisons qui ont tenu le coup. Les autorités ne montrent pas qu’elles ont établi des priorités, qu’elles ont un plan d’action, ou aucune velléité d’intervenir. La population continue à vivre dans les rues, sous des tentes de fortune dans tous les terrains vides et les places publiques. Il y a eut une intervention étrangère massive, mais nos gouvernants semblent ne pas être intéressés au sort de la population.

RB : On s’est plaint de l’absence de la PNH au lendemain du cataclysme.

Les dommages et les pertes dont elle a été victime, en sont-ils les causes ?

MYG : Le RNDDH avait pris la rue au lendemain du cataclysme pour faire une évaluation des dégâts, on a de fait constaté qu’on ne voyait pas la police nationale. La patrouille de la Minustah qui campait en face du Pénitencier national, après la première secousse, elle a détalé pour ne plus revenir. La Minustah jusqu’à présent n’a donné aucune explication à cet acte d’abandon de post. La PNH et la Minustah étaient prises de panique. Elles n’ont pas fait preuve de leadership. Elles n’ont pas montré aucune velléité de prise en charge de la situation. Plusieurs jours après le séisme, on ne trouvait pas de médecin à l’hôpital. Les gouvernants n’avaient lancé aucun mot d’ordre. Il y a des tas de gens qui sont morts par infection quelques jours après le séisme, faute de soin médical. Il y a eu aucun effort de nos gouvernants pour sauver des gens qui étaient encore vivants sous les décombres. Il n’y a eu aucune équipe de secouristes, ni aucun agent de défense civile pour intervenir en cas de cataclysme. Le président de la république a préféré attendre l’aide internationale, au lieu de faire un appel au peuple et aux autres autorités des zones non-affectés.

Il devient extrêmement important pour la nation haïtienne de savoir, face à ce spectacle grandiose de corruption, d’incompétence et d’insouciance de ceux qui nous dirigent maintenant, que le choix de leader et de gouvernants, exige un niveau de sérieux, un niveau de réflexion, de la clairvoyance, pour ne pas se faire piéger une fois de trop, comme on l’est aujourd’hui.

RB : Le système carcéral a subi des dommages et des pertes.

Pouvez-vous les inventorier ?

MYG : Il y a eu des pertes. Des agents du système carcéral qui sont morts. Il y a des prisons qui doivent être réparées. Les archives du Pénitencier National à Port-au-Prince ont été incendiées. Les agents qui ont survécu la plus-part vivent comme la population sous des tentes de fortune, dans de très mauvaises conditions. Il y a des prisonniers qui sont retournés au Pénitencier National. Il y a un grand centre carcéral qui est en construction à la Croix des Bouquets. La construction aurait dû être terminée. C’est la communauté internationale qui le construit. On ne sait pas trop bien ce qui cause ce retard. Tous les secteurs, comme nous l’avions mentionné, ont été affectés par ce cataclysme. Dans l’appareil étatique on ne voit aucune volonté manifeste par aucun secteur pour assumer aucune initiative. On avait 21 prisons. Maintenant il n’y a que 17 qui sont opérationnelles. Le problème de l’évasion devra être investigué. Il faut punir les agents impliqués dans l’évasion des prisonniers.

Au moment où nous parlons, le kidnapping et le braquage ont recommencé et sont en train de s’intensifier dans les zones de Bolosse, Martissant et Cité Soleil. Les gens qui se rendent à la banque, sont tenaillés par l’inquiétude du braquage et la peur de se faire tuer. Dans les camps de réfugiés, il y a un climat d’insécurité qui commence à s’intensifier. On a répertorié 19 cas de viol dans ces camps. Nous continuons à observer pour partager avec les médias les éléments d’information que nous allons trouver dans nos observations.

RB : Le Pénitencier National est au beau milieu d’un scandale.

L’évasion des prisonniers le 12 janvier a-t-elle été permise ou organisée ?

MYG : C’est clair que ce soit un scandale. Au Pénitencier National, à l’heure du séisme les prisonniers devraient être à l’intérieur de leurs cellules et pas dans la cour. Comment pourrait-on avoir des prisonniers dans les cours qui en profiteraient pour s’évader pendant ou après le séisme ? On peut comprendre qu’on ne leur obligerait pas, par mesure de précaution, à rester dans leurs cellules. Les prisonniers auraient pu être autorisés à rester dans les cours de récréation des quartiers où se situent leurs cellules, Jusqu’à ce que les autorités prennent en charge la situation et décident des dispositions à prendre. Nous exigeons une enquête sérieuse, parce qu’en outre, tous les dossiers ont été brûlés au Pénitencier National.

RB : Quelle a été les réponses des autorités étatiques ?

MYG : Elles n’ont donné aucune réponse à quoi que ce soit ! Elles ont tout simplement présenté leurs sébiles à la communauté internationale, point final. CNE a ramassé plusieurs cadavres en putréfaction. EDH et CAMEP qui cherchent à distribuer l’électricité et l’eau, n’arrivent pas à le faire dans la plus grande partie de la capitale. On s’approche de mai, la période des pluies diluviennes. Aucun aménagement n’est envisagé pour sécuriser les sinistrés.

RB : Quelle est la situation de personnes vivant dans les camps de réfugiés ?

MYG : On a jusqu’à présent 1053 camps de réfugiés, qui tendent à augmenter. Il faut tenir compte qu’après que des maisons de commerce, des usines, des écoles et des entreprises privées se sont effondrées, qu’il y a une augmentation instantanée du chômage. Il y a une situation qui s’aggrave au jour le jour, sans aucune réponse appropriée de la part des gouvernants. L’aide internationale n’est pas distribuée de manière équitable. Il n’y a aucun effort de la part des gouvernants, ni aucun souci de leur part pour indiquer ou guider ceux qui en font la distribution. On vit dans une promiscuité sans précédent, une ambiance crasseuse, avec la puanteur des déchets humains, exposé à la maladie et à toutes sortes de contamination, qui ne correspondent à aucune norme de respect, ni pour les droits humains, ni pour l’environnement. Il y a par compte des endroits où des tentes sont distribuées qui protègent les gens contre le soleil et la pluie.

Les répliques continuent avec un effet psychologique dévastateur. Jusqu’à présent ont ne voit aucun effort pour une intervention de soin psychiatrique pour les traumatisés. Au lieu d’être à la recherche de solution, nos gouvernants se plaignent comme des sinistrés. Ils se complaisent dans la mendicité et dans l’exploitation de la pitié. Il y a aujourd’hui plus de dégoûtés et de désespérés, qui sont incapables de contempler leur avenir et celui de leur famille. On est en train de vivre une situation très triste.

RB : La distribution de l’aide, est-elle suffisante, efficace et équitable ?

MYG : Je ne peux pas dire si elle est suffisante. Mais je peux affirmer qu’elle n’est pas distribuée de manière équitable. Par exemple au camp de la Croix des Bouquets, ce n’est qu’hier que le MSS y a placé deux réservoirs d’eau. Mais on voit un va et vient entre les camps où on va s’approvisionner en nourriture dans les camps qui en reçoivent. Mis à part le fait que le riz soit distribué, le prix du riz n’a pas subi de baisse sur le marché. Ce qui me fait croire qu’il n’y a pas de saturation causée par sa distribution. Il n’y a que trois départements qui ont été touchés. Je crois qu’on pourrait faire un porte-à-porte pour une distribution plus équitable de l’aide humanitaire. Ceci leur permettrait de faire un recensement précis des sinistrés et de ceux qui sont mort.

RB : Paniqué par le séisme suivi de plusieurs répliques, une bonne partie de la population s’est réfugiée vers la province.

Quelle est la situation des personnes vivant dans les zones d’accueil ?

MYG : Ce qui peut être une situation moins pénible qu’à la capitale, pour ceux qui se sont rendus à leur province d’origine, chez des parents ou des amis. Mais aux Cayes et St Marc, il y a des camps de réfugiés. Ce sont des gens qui ne sont pas de ces villes, qui y sont venu sous la pression de la panique. Ce sont des inconnus qui n’ont aucune attache dans ces zones. Pour eux c’est une situation tres pénible. La ville des Cayes, qui vient de subir une inondation, pris de panique ces réfugiés ne savaient où aller ! Ils n’ont pas d’argent pour retourner vers Port-au-Prince où leurs maisons ont été détruites. Ce sont des gens laissés pour compte sans abri, qui ne savent à quel saint se vouer. Cette situation met en exergue l’irresponsabilité des gouvernants.


RB : Les organisations d’aide humanitaire sont venues au chevet d’Haïti.

Quels ont été leurs domaines d’intervention et leur coordination ?

MYG : Il y a eu plus d’une centaine. Elles se sont réparties sur les zones affectées en plusieurs regroupements : de protection, de l’environnement, de santé etc. Cependant 2 mois après ces interventions, la situation n’a pas vraiment changé. Il est difficile de juger de l’impact de ces interventions sur la population qui continue à vivre dans des conditions exécrables.

RB : Quelles sont les commentaires et recommandations du RNDDH ?

MYG : Nous demandons aux organisations d’aide internationale de faire des interventions conforme avec tous les principes des chartes d’aide humanitaire. Nous leur demandons de respecter les normes minimales quand elles interviennent dans les zones victimes de catastrophe. L’ONU a plusieurs chartes sur ces sujets. D’engager un dialogue avec tous les secteurs de la vie nationale pour arriver à l’élaboration d’un plan d’intervention qui peut s’adapter à la réalité du pays. Nous demandons au gouvernement de démolir tous bâtiments privés et publics qui représentent un danger pour la population. De récupérer tous les documents et dossiers de la nation dans tous les domaines. Procéder à l’arrestation des évadés de prison et leurs complices. S’engager avec les différents secteurs intervenant dans le système éducatif, pour organiser la réouverture des classes aussitôt que possible. On ne peut pas permettre que toute la population scolarisée perde une année scolaire.

RB : Pensez-vous que l’on puisse faire des élections cette année ?

MYG : Le registre électoral est détruit. Il y a des électeurs inscrits qui sont morts. Ils ont été enterrés, sans aucune procédure d’identification. Une mise-à-jour du registre électoral est totalement impossible. Il ne peut y avoir de liste partiel pour les bureaux de vote. Comment organiser des élections crédibles dans des conditions pareilles ? On peut faire une sélection comme ils ont pris l’habitude de le faire.

RB : Lèlenne je te remercie pour ta brillante participation. Et j’espère d’inviter bientôt.

MYG : S’est à moi de te remercier. Je serai toujours à ta disposition.

(((((((((((O))))))))))))

Nous avons avec nous, sur les ondes de Radio Classique inter, La Secrétaire Générale du RDNP, opinant sur la situation actuelle.

Mirlande Hyppolite Manigat, nous vous souhaitons la bienvenue sur les ondes de Radio Classique Inter.

RB : Pouvez-vous contraster pour nous ces deux réalités politiques, celle d’avant et celle d’après le cataclysme ?

MHM : Il n’y a pas de doute que quelque soit le point de vue, qui est le notre, géologique, sismique, mentalité collective, l’état du pays et de l’ampleur des dégâts, il y a un avant 12 janvier et un après 12 janvier. Je crois que tous les Haïtiens, ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur, doivent penser comme moi. Ce qui veut dire que le choc qui s’est produit a été tel, l’ampleur des dégâts tel qu’on ne peut pas considérer que 4 heures et demi de l’après midi le 12 janvier soit la même chose que 5 heurs de l’après midi le 12 janvier. On pourrait disséquer en quelque sorte ce choc qui s’est produit dans la nation aussi bien au niveau physique, qu’au point de vue des mentalités collectives, des dégâts causés dans le pays, des effets sur les rapports sociaux, même les rapports à l’intérieur d’une famille.

La nécessité pour le pays, on parle de reconstruction, mais il y a plusieurs formes de reconstruction. Dans l’histoire du pays, même dans 50 ans, on parlera encore de ce tremblement de terre qui s’est produit et des conséquences de toutes sortes, physiques, psychologiques. Il y a aussi des conséquences politiques qui découlent de ce 12 janvier 2010.

RB : Quelles ont été les pertes subies par la classe politique et les instruments politiques en particulier ?

MHM : Il y a deux catégories de perte. Perte individuelle, Je peux dire en ce qui concerne mon parti. On n’a pas à noter de perte de vie humaine. Notre maison est restée intacte. Sauf les murs de clôture qui sont tombés. A l’intérieur de la maison, un chambardement total, de livres, de bibliothèque tombée, de vaisselles, etc. Ce bilan n’est pas du tout important par rapport au bilan enregistré ailleurs. En ce qui concerne le parti. Le bureau du parti à Delmas n’existe plus, comme toute la zone de Delmas 19 n’existe plus. Je peux dire que si c’était un mercredi que le tremblement de terre s’était produit, nous aurions eu à enregistrer des pertes de vie humaine, y compris la mienne. Car tous les mercredis après-midi nous avons une réunion au bureau central. La plupart de nos membres ont perdu leurs maisons. Beaucoup d’entre eux dorment encore dans la rue. Ils sont à la recherche de tente, etc. En ce qui concerne des autres partis politiques. Je peux parler par exemple de la plate-forme à laquelle appartient le RDNP. Il se trouve ce jour là, qu’il y avait une réunion de la plate-forme au siège du CEPEM. Nous y étions tous réunis lorsque le tremblement de terre s’est produit. Je peux dire par exemple, qu’il ne se passe pas de jour en Haïti sans qu’on apprenne qu’un tel est mort, que un tel a un ou des membres de sa famille tués, qu’un tel a perdu sa maison, etc. Autrement dit, c’est au fur et à mesure que l’on établit les bilans.

En ce qui concerne des dommages d’ordre politique, c’est différent. Parce qu’en janvier la classe politique était en pleine préparation des élections législatives que devait avoir lieu en février. En d’autres termes il y avait un momentum électoral qui tenait les gens en alène. Tout le monde le sait. Les élections ne pouvaient pas avoir lieu. Elles n’ont pas eu lieu. Et il y a eu une sorte d’assoupissement de la vie politique, après le 12 janvier. Car c’est vrai que la priorité du moment, était, comment faire pour porter secours aux gens qui vivent dans la rue. Comment faire in extremis pour sauver des gens qui seraient prisonnier encore sous les décombres. Comment faire pour sortir les cadavres. Car, ce n’est pas une image quand on dit que l’odeur de mort flottait sur Port-au-Prince. Il y a des écoles avec des centaines d’élèves qu’on n’a pas pu dégager. Donc c’était ça la priorité. C’était non seulement un problème de santé publique. Mais c’était aussi, pour nous autres Haïtiens qui accordons tellement d’importance aux morts. C’était aussi avoir la possibilité de leur rendre hommage. Quelque chose qui frappe les Haïtiens, toutes catégories sociales confondues, ça a été l’impossibilité, après avoir sorti les cadavres, de les identifier, de leur donner une sépulture digne. Pax Villa était effondré complètement. Il n’y avait pas de morgue, ni de cercueil. Il y a beaucoup de gens qui ont été enterrés sur place, dans la cour de chez-eux. Les survivants n’ont pas pu leur rendre hommage, les honorer, les enterrer avec dignité. Ceci impose une charge psychologique énorme sur la conscience des Haïtiens. Ce n’est pas nécessaire de s’étendre sur les images hallucinantes que les gens doivent garder en mémoire. Quand au bout de 4 à 5 jours on sent les cadavres, bon Dieu dans quel état ils sont ! Avant de retourner en poussière. Nous retournons en pourriture. Ça c’est un choc énorme dans la conscience des Haïtiens. On a beau se souvenir qu’au bout de quelques jours un cadavre pourri. Mais, savoir, voir, sentir qu’il s’agit de vos proches. Ceci a été quelque chose d’impactant pour les Haïtiens. Je crois que dans le programme d’assistance psychologique médicale que beaucoup d’Haïtiens méritent, il y a aussi cette image que les gens portent comme un remord, alors qu’ils ne sont pas coupables. Plutôt que de parler des individus, je préfère évoquer l’impact collectif que nous avons eu en Haïti.

Le moment de l’urgence passé, ça fait aujourd’hui exactement deux mois que le tremblement de terre s’est produit. Et bien longtemps avant la fin de l’urgence, il fallait penser à la reconstruction du pays. C’est là qu’intervient la politique. Je dois personnellement dire ceci, moi comme leader politique, je n’aurais jamais pris l’initiative d’introduire la question politique dans les débats. Dans toutes les interventions que j’ai faites en Haïti, je n’ai jamais parlé de politique, en me disant que ce n’était pas le moment. Mais cependant, la politique s’est introduite. Elle s’est introduite par un certain nombre de déclarations, faites par le gouvernement, faites par les sénateurs, faites par la communauté internationale. De sorte que nous avons été ramenés sur le terrain politique. Le terrain politique présente trois aspects.

- Premièrement la survie de ce gouvernement, qui s’est montré totalement incompétent.

- Deuxièmement la question constitutionnelle.

- Troisièmement la question électorale.

Et il n’y a pas d’ordre de succession chronologique entre les trois.

RB : Selon vos observations dans quel état se trouve la population ?

MHM : D’abord restons dans le domaine des statistiques. Je ne suis pas compétente. Je le dis tout de suite. Je ne sais pas, si effectivement le gouvernement a enterré 176.000 cadavres. Il faudrait demander aux gens qui ont l’habitude d’intervenir dans des situations de désastre, combien de temps il faut, combien de camions il faut, combien de sacs il faut, combien de fosses communes il faut, pour enterrer 176.000 cadavres. Même avant « l’opération fosse commune », le premier ministre avait dit 200.000 morts. Je ne sais pas à partir de quoi on a évalué 200.000 morts. Ce qui est important. C’est l’aspect statistique et l’identité physique. Moi je n’ai pas vu personnellement des amoncellements de cadavres. J’ai vu des cadavres dans les rues. Je crois qu’il faut être prudent dans l’énoncé des statistiques. Il y a un travail sérieux qui doit être fait ne serait-ce que pour confirmer les statistiques. Si on parle de 300.000 morts, cela affecte 10% de la population du grand Port-au-Prince, de la zone métropolitaine, Port-au-Prince, Carrefour, Pétion-Ville, Delmas, Cité Soleil, Croix-des-Bouquets. Moi, ce qui me choc et qui me met en colère. C’est l’absence d’identité des gens qui ont disparus. On les a mis dans des fosses communes. On ne sait pas qui se trouve dans telle ou telle fosse. La fosse commune est une mesure exceptionnelle prise dans l’urgence, parce qu’à partir d’un certain nombre de corps, on ne peut pas faire le contraire. Je me demande s’il n’y avait pas moyen quand même de trouver une certaine identité.

Un grand problème national va se poser. Analyse faite, 40% des Haïtiens n’ont pas d’état civil. Cela veut dire que ces gens naissent, grandissent, se marient, ont des enfants, ils meurent, l’Etat ne le sait pas. C’est l’un des graves problèmes que nous avons. Dans les propositions constitutionnelles que j’ai faites, un des droits de l’homme, le droit à l’identité, est une obligation de l’Etat de donner une identité à ces citoyens. Ce sont des gens qui ont traversé la vie sociale et politique du pays comme de parfaits anonymes. Il faudra bien savoir, même de manière empirique, quelles sont ces personnes qui sont mortes. Il va y avoir des problèmes qui vont se poser, en ce qui s’agit de l’héritage, quand il y en a. Moi, au nom des droits de l’homme, au nom de la dignité humaine, je réclame qu’un travail soit fait pour qu’on établisse l’identité de ces personnes qui ont disparues.

Maintenant les pertes matérielles, on dit que 300.000 maisons ont été détruites. Là encore, c’est vague. Est-ce qu’on est passé de rue en rue pour localiser les maisons. Quand il s’agira de reconstruire Port-au-Prince voilà un problème qui va se poser. A la base problème de respect de normes sismiques. Ce n’est pas le tremblement de terre qui tue. C’est la manière dont les maisons sont construites qui tue. Au Chili il y a eu un tremblement de terre de 8.8 et moins de 1.000 morts.

Il y a aussi un problème d’assurance. Le quartier de Turgeau était un quartier bourgeois qui est devenu un quartier de classe moyenne. Les maisons sont détruites. Ce sont des gens qui on fait des emprunts pour construire leurs maisons. La banque a exigé une première assurance. Et les gens on cru que la maison elle-même était assurée. Alors que la maison n’est pas assurée. En d’autres termes vous avez des conséquences économiques désastreuses pour une catégorie. Le cadastre haïtien est imparfaitement établi. Les gens ont construit de manière très désordonnée. Quel est l’état des propriétés bâties ? On ne sait pas. Est-ce que des gens qui ont bâti de cette manière ont des titres de propriété ? Le Morne l’Hôpital appartient en grande parti à l’Etat. Nous avons un problème à terme. Ces maisons qui ont été détruites comment vont-ils être rebâties ? Il y a un aspect financier individuel et un aspect technique. Si on rebâtit les maisons de la même manière. On aura les mêmes conséquences. Il faut que l’Etat dise comment il faut bâtir et où il faut bâtir. Les choses continuent à aller de la même façon. Les gens recommence à construire de la même manière.

Le problème éducatif, je suis dans l’éducation. Je suis vice-recteur de l’Université Quisqueya. Je fonctionne au niveau universitaire. Pour moi en tant que citoyenne, chef de parti, je n’ai jamais considéré que l’université faisait bande à part. L’université c’est le dernier échelon de la chaîne éducative. Quand on pose le problème de l’éducation on parle du primaire. On traverse vers le secondaire. Avant d’arriver vers le professionnel technique et l’Université. Là c’est le désastre absolu. 90% des écoles et des universités ont été détruites. L’Université d’Etat rassemble la moitié du corps estudiantin qui est de 50.000. Ce qui est faible pour une population de 9.000.000. L’Université d’Etat a entre 25 et 26 mille étudiants et 13 facultés. De ces 13 facultés, il y en a que 3 qui sont accessibles. Les autres sont détruites, ou ne peuvent pas accueillir des étudiants. Les universités privées presque tous sont détruites. L’Université Quisqueya qu’on vient de construire sur l’ancienne propriété Magloire à Turgeau, qu’on a inauguré le 20 décembre dernier, l’édifice de 4 étages, s’est effondré. Quand aux écoles privées, je ne connais pas un directeur d’école privée, qui ne fasse état d’une destruction totale de son école. C’est un problème d’ordre national. Qu’il s’agit d’immeuble personnel ou loué, nous avons une destruction physique de la capacité d’accueille des élèves. Nous sommes au mois de mars. Jusqu’ici aucune décision que je sache n’a été prise pour savoir, oui ou non, est-ce que les élèves vont perdre l’année scolaire ? Dans les provinces il y a des écoles qui ont recommencé à fonctionner. Et même qui ont augmenté leur capacité d’accueille, de façon à absorber les enfants qui viennent de Port-au-Prince. Il y a des écoles qui ont commencé à fonctionner à Port-au-Prince. Le département de l’éducation nationale a dit non. Il faut que tous recommencent au même moment. A Quisqueya on a pris la décision de recommencer le 5 avril. Probablement les cours seront donnés sous des tentes. Il reviendra à l’Etat de reconstruire les facultés. Nous avons un grand problème qui hypothèque considérablement, mais d’une manière qui me préoccupe beaucoup, l’avenir de la nation. Car la nation ne pourra pas se reconstruire, si on ne pense pas à la reconstruction du système éducatif, de toute la chaîne éducative.

RB : La rivalité traditionnelle franco-américaine, en entrée de jeu, s’est manifestée avec éclat. Le ministre des affaires étrangères de France accuse les Etats-Unis de vouloir occuper Haïti.

- La France a-t-elle une sensibilité particulière pour l’autonomie et l’indépendance d’Haïti ?

- Cette rivalité sert les intérêts de qui ?

MHM : Les intérêts de la France bien entendu. C’est une vielle rivalité qui remonte au XIXe siècle. Ce n’est pas la peine de refaire l’histoire, de l’indépendance, des premières années de l’indépendance, de l’ostracisme que le pays a subi, etc. Mais vers la fin du XIXe siècle les choses se sont normalisées un peu. C’est à ce moment là que les Etats-Unis qui sont devenus la grande puissance et surtout sur le continent américain inclus l’Amérique latine. On a parlé à ce moment là d’impérialisme. Mais l’impérialisme comme mouvement de domination à la fois économique, stratégique, militaire, etc. C’est une forme de relation internationale qui est vielle comme le monde. Qui est fondée sur l’inégalité de puissance. Mais l’impérialisme qui s’est manifesté à la fin du XIXe siècle, avait des caractéristiques propres au XIXe siècle. Impérialisme européen par exemple. En ce qui concerne l’Amérique latine, on peut dire qu’elle achevait son indépendance. Le dernier pays à prendre son indépendance, c’était Cuba. A ce moment là les impérialistes européens se ruaient sur l’Afrique, le Moyen Orient et l’Asie. A ce moment là les Etats-Unis qui étaient déjà une grande puissance, ont manifesté leurs intentions. On parle beaucoup de la doctrine de Monroe. Il faut dire que l’interprétation de cette doctrine a aussi des âges, des moments. En 1822 dans ce grand discours du président Monroe devant le Congrès. C’était un discours destiné à protéger les indépendances latino-américaines contre les appétits de l’Europe. La doctrine de Monroe dans sa genèse avait une intention de protection. Mais évidemment vers la fin du XIXe siècle, ce n’était plus cela. C’était l’Amérique aux Américains. Pas l’Amérique aux Américains habitants du continent. Mais, l’Amérique aux Américains habitants les Etats-Unis.

Cependant en Haïti, les relations avec la France s’étant normalisées, il y a eu cette rivalité qui s’est manifesté depuis le XIXe siècle, avec des hauts de des bas. La première guerre mondiale avait écarté les Européens du continent latino-américains. Les Etats-Unis qui étaient déjà la grande puissance progressivement ont manifesté cette omnipotence même aux yeux des pays européens. Il ne faut pas oublier que, vu de l’Europe, la grande puissance c’était l’Angleterre. En 1919 dans le cadre de la société des nations, les pays européens disaient qu’il y avait déjà des pays émergeants. Même à cette époque le mot était utilisé. Mais qui étaient ces pays émergeants, aux yeux des Européens ? C’étaient, le Japon, le Brésil, l’Inde et les Etats-Unis. Pour eux les Etats-Unis étaient déjà une grande puissance, mais qui ne l’avaient pas encore réalisé. Ce sera fait à partir de 1945.

Il y a toujours eu cette tentions dans les relations d’Haïti avec la France d’un coté et avec les Etats-Unis de l’autre. Les Etats-Unis se trouvent dans une position privilégiée. Il y a la proximité géographique. Il y a la présence de tant d’Haïtiens qui vivent aux Etats-Unis. Il y a la suprématie technologique et économique des Etats-Unis. Les Haïtiens avaient l’habitude pour tous ceux qui étaient lux et raffinement, on se tournait vers l’Europe, la culture, le beau parler, les arts, le droit, etc., on se tournait vers la France. Mais en se concerne la technique, on se retournait vers les Etats-Unis. Maintenant ce qui se passe sur le dos de la pauvre Haïti. Je ne crois pas que du point de vue américain qu’il y ait une rivalité avec la France. C’est la France qui voit dans les Etats-Unis un rival, en ce qui concerne Haïti. Les Etats-Unis ne croient pas que la France puisse être un rival. Que ce soit en Haïti ou ailleurs. Ils jouissent de la proximité et de l’efficacité dans l’acheminement de l’aide. Car ils ont été très efficaces. Ils n’ont pas été les premiers à intervenir. Ce sont les Dominicains qui sont intervenus en premier. La France pendant des jours est passée par la Martinique et la Guadeloupe. Envoyant des pompiers qui n’étaient pas équipés. A l’Université Quisqueya, ils ne pouvaient pas sortir les morts sous les décombres. Parce qu’ils n’étaient pas équipés. La France a voulu marquer un point par la présence du président Sarkozy, qui n’est resté que quelques heures. En Haïti je ne peux pas dire que ceci a eu un grand effet. On s’est appliqué à dire que c’est pour la première fois qu’un président français venait en Haïti. Il n’est pas resté. Les Haïtiens ont dit que c’est un parmi d’autres chefs d’état et chefs de gouvernement, qui ont défilé à Port-au-Prince.

Qu’est-ce qu’il nous faudrait faire nous Haïtiens, si nous avons une diplomatie sérieuse ? Ne pas encourager cette rivalité. Car ce n’est pas notre affaire. Mais essayer de tirer parti de cette rivalité. Je reviens du Panama parce que j’avais une invitation de l’Association Interaméricaine des Avocats. Mais hier et aujourd’hui s’est tenue à Paris une grande conférence pour les universités. Les présidents des 87 universités françaises, les représentants des collectivités territoriales, les ministères consternés reçoivent les universités haïtiennes. La France s’engage à mettre le paquet dans ce domaine. Je n’en connais pas encore les résultats. Je sais qu’il y a une promesse de 700 bourses. Si la conférence a réussi en termes de programmation, pas de belle parole. La priorité maintenant pour les universités haïtiennes, c’est la reconstruction physique. Est-ce que la France va mettre le paquet pour donner l’argent qu’il faut pour reconstruire les universités détruites. Elle peut accueillir des étudiants, offrir des bourses. Pour les professeurs qu’ils soient français, canadiens ou autres, ils ont peur, comme nous. On les comprend. Ils ne viendront pas passer 3 semaines à donner des cours intensifs. Si eux-mêmes ils n’ont pas peur, ils seront dissuadés par leurs familles. Voilà le domaine universitaire où la France s’est décidée à mettre le paquet.

Il y a des universités américaines aussi, pas des universités d’Etat, qui le font. Qui proposent des aides ponctuelles.

Cette rivalité n’est pas nouvelle. Elle a pris une dimension nouvelle. Parce qu’elle a pris une dimension émotionnelle, qu’est-ce nous devrions faire ? C’est essayé de tirer parti de cela.

RB : Le 31 mars il y aura une réunion aux Nations-Unies pour gérer la reconstruction et la relance de l’économie d’Haïti.

- Quelles sont vos perspectives ?

MHM : C’est la grosse affaire. Ce sera une réunion intergouvernementale avec la participation d’organisations internationales et de certaines ONG. Le gouvernement haïtien n’a pas publié. J’ai eu sa position. Mais c’est un papier qui a été présenté par la communauté international, préparé essentiellement par les Nations-Unies. Et le gouvernement haïtien a réagi sur ce papier. Il a mis plusieurs comités sur pied pour étudier en détail différents aspects du dossier.

Il y a eu un formidable élan de solidarité envers Haïti. Il faut bien le reconnaître. C’est ce qui se dit, qu’aucun drame international n’avait soulevé autant de sympathie. Non-seulement de la part des gouvernements, des associations et aussi des populations. Si on comptabilisait les promesses d’aide, Haïti pourrait recevoir des milliards de dollars sur quelques années.

Quel est l’enjeu de New York ? L’enjeu de New York est précisément de chiffrer, l’aide, d’établir un calendrier, une méthodologie de l’aide, une stratégie de l’aide, et voir quelle sera la participation du gouvernement haïtien. Est-ce que le gouvernement haïtien va être un récepteur. On va lui dire, voilà ce que nous allons faire. Est-ce que le gouvernement sera capable présenter lui-même un plan de reconstruction. J’ai des offres techniques, etc. Ou alors le gouvernement va se contenter d’être simplement un récepteur. Ce sera une réunion internationale très large, avec une dimension émotionnelle qui s’est déjà émoussée. Haïti est peut être sur le point de rater le momentum émotionnel qui s’est créé à la suite du tremblement de terre. 31 mars ça va faire quand même 3 mois. Et d’autres drames se sont produits dans le monde. La commisération internationale n’est pas de longue durée en général. J’ai bien peur vraiment que nous ayons raté une occasion. Le gouvernement n’a pas reçu d’aide jusqu’à présent. Le gouvernement américain a beaucoup dépensé jusqu’ici. Mais pour payer quoi ? L’assistance technique, les soldats, le navire-hôpital, les soins prodigués aux blessés haïtiens dans les différents hôpitaux des Etats-Unis, particulièrement en Floride.

Qu’est qui va sortir le 31 mars ? Je ne sais pas. Je veux dire cependant, voilà un pays qui se trouve dans une situation nationale difficile. Les partis d’opposition n’ont pas été même invités à donner leur avis sur ce qui devrait se faire, sur la manière de penser, la stratégie de réception de l’aide internationale. Nous n’avons pas été invités à dire notre mot. Alors que je peux vous dire qu’aussi bien au sein de RDNP, qu’au sein de la plate-forme, nous avons des équipes qui travail pour voir comment on peut présenter un projet de construction. Il y a plusieurs plans. Tu as collaboré dans le PSSN. Qui est un document de plus de 160 pages. Voilà une base ! Est-ce que le gouvernement a tenu compte de cela ? Est-ce qu’il y a d’autres équipes aussi bien en Haïti que dans la Diaspora de techniciens ? Le drame d’Haïti, et c’est ce qui me met en colère. Nous avons tout aussi bien en Haïti que parmi les Haïtiens qui travaillent à l’étranger dans les secteurs de pointe. Nous avons tous les techniciens, tous les professionnels capables d’engager le pays sur la voie de la reconstruction. Mais qu’est-ce qui est fait pour les accueillir, pour utiliser leur compétence ? On essaie de faire de son mieux pour proposer des choses. Mais le grand ordonnateur qui aurait dû être le gouvernement, tourne en rond avec les mêmes personnes, les mêmes têtes, les mêmes compétences, les mêmes petits groupes, les mêmes chapelles, etc. pour essayer de présenter quelque chose. D’ici le 31 mars, il reste très peu de temps pour que le pays présente un dossier qui soit complet. Qui soit professionnellement établi. Il est temps que l’on sorte de l’à-peu-près. Nous avons des compétences. Je ne suis pas certaine qu’on a voulu les mettre à contribution. Il y aura un teste. J’invite les auditeurs à surveiller cela. Qui fera parti de la délégation haïtienne ? Voilà un premier teste ! En ce qui concerne la construction des maisons, nous avons un dossier complet qui respecte les normes sismique, bâtis avec des matériaux locaux, dans un délai raisonnable, au sein du RDNP. Au sein de la Plate-forme, nous sommes en train aussi d’élaborer des propositions. Le groupe dont tu fais parti a des propositions. Eh bien on va voir ! Peut être qu’il n’est pas trop tard ! Qu’on en tienne compte. Etant donné la paresse-crasse qui caractérise l’équipe au pouvoir, qu’elle se donne la peine de lire et d’analyser, comme mois je l’ai fait pour les 173 pages du PSSN. Ça m’étonnerait beaucoup ! Il y a une sorte de paresse. Un goût pour l’à-peu-près. Une tendance à écouter ce que disent les copains qui gravitent autour du pouvoir. Et dont certaines firmes sont déjà à l’affût pour avoir des contrats de reconstruction. Voilà où nous en sommes ! Ceci est triste ! Ceci est inacceptable. Et moi en tant que patriote, en tant que chef de parti, en tant que citoyenne, je ne suis pas du tout disposée à accepter les choses telles qu’elles sont !

RB : On est en train d’agiter l’idée du besoin imminent de réflexion sur la refondation de l’Etat. L’articulation de ce qui émergera de cette réflexion, ne pourra se faire que par le biais d’une nouvelle constitution.

- Quelle est votre position par rapport à l’imminence du besoin ?

- Etes-vous d’accord pour une nouvelle constitution ?

- Le moment est-il propice ?

MHM : En 1995, ça fait déjà 15 ans. J’avais publié un livre au titre provocateur « Plaidoyer pour une nouvelle constitution ». J’ai sous presse maintenant, une révision de ce livre, une refonte même. Je garde le titre. Dans ce livre je propose moi-même une nouvelle constitution. Je reprends les thèmes principaux. Et je fais des propositions. Donc, je n’ai pas changé d’opinion. Je crois que la constitution de 1987 a ses mérites. Elle est fille de sont temps. C’est-à-dire aussi bien que ses mérites, ses erreurs, sont dus au contexte d’élaboration de cette constitution. Nous avions eu une assemblée constituante formée de gens compétents. Mais cependant le climat de l’époque a laissé passer pas mal d’erreurs d’ordre doctrinal ou d’ordre juridique. En outre, il n’y a pas mal de contradictions. Il y a des faiblesses. Vous qui habitez l’étranger, il y a ce fameux article 15, qui vous enlève tout droit à exercer vos droits d’Haïtien, etc. Donc, c’était le climat de l’époque. J’ai pensé pour ma part, depuis 1995, qu’il nous fallait une autre constitution. Je n’ai pas changé d’idée. Comme je vous le dis, ce que je n’ai pas fait en 95, je le fais maintenant. Je propose une matrice pour une nouvelle constitution.

Quelle est la situation ? Il y a eu de manière maladroite la mise en application des dispositions concernant les amendements constitutionnels. Cependant, la 48e législature s’est fermée. Et elle a voté des amendements. Il y a eu une commission présidentielle, mise sur-pied pour proposer aussi des amendements. Tout le monde le sait. Ceci a été stoppé, parce que la 49e législature qui devait entrer en fonction en janvier, n’a pas eu lieu. Il y a eu le tremblement de terre. Les élections n’ont pas eu lieu. Les députés et les sénateurs se sont arrogés le droit de prolonger leur mandat jusqu’à mai, en fonction d’une loi tout-à-fait inacceptable, et que j’ai violemment critiquée. Ils sont tous retournés. Ils ont un salaire jusqu’à mai. Cependant, ils n’ont pas le pouvoir parlementaire. Je suis absolument formelle. En d’autres termes, ils ne peuvent pas adopter de lois. La 48e législature est fermée solennellement le 14 septembre 2009. Profitant de l’émotion collective, profitant du fait que les gens ne s’occupent pas de savoir ce que font les parlementaires. Ils ont été victimes. Le parlement n’existe plus. Ils se réunissent dans des conditions invraisemblables à l’ancienne académie militaire, etc. Et en douce, Ils essaient de fonctionner comme s’ils avaient l’authenticité juridique pour le faire. Ils ne l’ont pas ! Ils vont plus loin. Ils proposent de prolonger leur mandat au-delà de mai, parce qu’il n’y aura pas d’élection cette année. Parce qu’il ne faut pas laisser l’Exécutif gouverner seul. Vous voyez la contradiction. D’un coté, ils acceptent l’état d’urgence pour l’Exécutif. Et de l’autre, il ne faudrait pas laisser l’Exécutif tout seul. Car l’Exécutif pourrait devenir dictatorial. Alors qu’une situation d’état d’urgence qui n’existe pas dans notre législation. L’état de siège existe, mais pas l’état d’urgence. Mais l’état d’urgence précisément donne les pleins pouvoirs absolus à l’Exécutif ! En d’autres termes, l’état d’urgence rend caduc tout parlement, même si ce parlement était fonctionnel. Alors qu’il ne l’est pas. Donc, en ce qui concerne la constitution, nous nous trouvons dans une situation dans laquelle les deux voies par lesquelles on peut fabriquer une nouvelle constitution sont impossibles.

- La première c’est la convocation d’une Assemblée constituante. Comme cela s’est passé en 1986. C’est-à-dire que ce sont des gens extérieurs qui ont un mandat pour préparer une nouvelle constitution qui serait peut être soumis à un référendum, comme cela avait été fait en 1987. Or qui peut convoquer une Assemblée constituante ? C’est le pouvoir ! Or ce pouvoir n’est pas crédible ! On a peur que ce pouvoir mette sur-pied une Assemblée constituante avec des gens à lui. Et cette assemblée serait chargée uniquement d’entériner ses propositions.

- La deuxième voie est encore tout aussi impossible. C’est l’Assemblée nationale constituante ! Qui veut dire quoi ? C’est le parlement qui se transforme en Assemblée constituante ! Est-ce que ces messiers et ces dames qui sont là, on peut leur confier la tache de préparer une constitution ? Peut-on admettre qu’ils se transforment eux-mêmes de leur propre chef, de leur propre initiative, évidemment avec la bénédiction de l’Exécutif, pour préparer une nouvelle constitution ? Ce n’est pas possible ! Je veux être logique avec moi-même. Je pense qu’il nous faudrait une autre constitution. Mais que les conditions actuelles ne sont pas favorables à la mise sur-pied d’une Assemblée constituante dont la mission serait de préparer cette nouvelle constitution. Cependant, on peut en discuter. L’année dernière on a eu des discussions très intéressantes. La population s’était intéressée à la question constitutionnelle. Il y avait un remue-méninge, comme on dit, en ce qui concerne les questions constitutionnelles. Ceci est mis de coté, je dois dire. Car le 12 janvier a cassé un certain nombre d’enthousiasme. Nous devons être très alertes sur ce sujet. Les deux formes, l’Assemblée constituante et l’Assemblée nationale constituante constituent un danger ! Je pense que le moment n’est pas encore venu pour changer de constitution. De toute façon mon livre sera publié le mois prochain. J’aimerais bien revenir à Miami ou dans d’autres villes pour en discuter. J’ai proposé beaucoup de choses qui concernent nos compatriotes vivant à l’étranger. J’affirme dans un article qu’on ne perd jamais la nationalité haïtienne. On naît Haïtien. On demeure Haïtien. Qu’on prend une autre nationalité ça ne vous fait pas perdre la nationalité haïtienne. En ce qui s’agit de l’exercice des droits politiques. Le droit de vote oui, à condition de l’aménager. Il faut quand même un aménagement administratif politique pour permettre à des compatriotes de voter. Ils ne peuvent voter à mon sens que pour des élections présidentielles. Pour les autres, député, sénateur, c’est plus difficile. Quelqu’un qui vit à Miami par exemple, à quelle circonscription il se rattache ? Il faut penser une autre forme d’intégration administrative des Haïtiens qui vivent à l’étranger. En ce qui s’agit des autres élections, je pense que quelqu’un qui a pris une autre nationalité peut bien devenir député et sénateur. Mais cependant, je propose qu’il renonce avant à la nationalité étrangère. Le fait de prendre une nationalité étrangère ne lui enlève pas son droit légitime en tant que Haïtien de se présenter à une élection législative ou présidentielle. Cependant, il s’agit quand même de ménager les sensibilités des Haïtiens qui vivent en Haïti.

Il y a un changement considérable qui s’est opéré depuis 1987 dans l’attitude des Haïtiens qui vivent en Haïti. Les Haïtiens qui vivent à l’extérieur disent à juste titre, on nous considère comme des vaches-à-lait. C’est nous qui envoyons l’argent, etc. Mais ce que le 12 janvier a révélé, c’est une sorte d’abolition des frontières psychologiques, qu’il y avait entre les Haïtiens de l’intérieur et les Haïtiens de l’extérieur. Les Haïtiens qui vivent à l’extérieur ont souffert comme nous, même s’ils n’ont pas ressenti les secousses du tremblement de terre. Ils ont perdu des membres de leur famille. Ils sont endeuillée, comme nous pour leur pays et pour leurs familles. S’il y a un coté bénéfique à ce qui vient de se passer, c’est que ces frontières psychologiques sont abolies. Les Haïtiens se sont mobilisés. Et ils continuent la mobilisation. Il n’y a pas mal de techniciens haïtiens qui sont rentrés. Ou qui veulent rentrer. Mais leur grand problème, lorsqu’ils rentrent en Haïti, ils n’ont pas de structure d’accueille. Quand ils veulent donner leur compétence pour la reconstruction, ils se heurtent à quoi ? Ils se heurtent à un vide, pour ne pas dire une indifférence de la part du gouvernement en place ! Il n’y a pas de structure d’accueille pour pouvoir rendre l’aide apportée par les Haïtiens de l’extérieur efficace. On aurait pu utiliser leur compétence de manière beaucoup plus sérieuse, plus efficiente.

RB : Le mot de la fin…

MHM : W conin que mwin pa rimin le mot de la fin en…








Accueil | Plan du site | info visites 333333

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site LES ENTREVUES  Suivre la vie du site Emissions de Robert Benodin   Politique de publication

Haitimonde Network