CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com

Thèmes de l’Emission de la semaine - Par : Robert Benodin

samedi 13 décembre 2008 par Robert Benodin

Orlando le 12 décembre, 2008

Actualités Politiques : Grandes Lignes

2008, une année où, pour la première fois, on a eu coup sur coup les émeutes de la faim, la destitution d’un premier ministre, quatre cyclones en série, perte de vie par centaines, ravage des récoltes, destruction du bétail, 850,000 sinistrés, 151,000 sans abri, 10,842 maisons détruites, 35,000 maisons endommagées, 6 ponts détruits, 75% de chômage, cherté de la vie, 3 millions d’Haïtiens menacés par l’insécurité alimentaire et qui pis est, on a décroché simultanément deux superbes palmarès : être le pays le plus pauvre de l’hémisphère et se trouver parmi les 4 pays les plus corrompus du monde. Voilà le piètre bilan prévalien exécrable et désastreux comme pas un. Pour l’année 2009, les prédictions sont encore plus sombres ! On ne peut pas sous-estimer l’effet désastreux que la crise économique et financière mondiale aura sur le pays. A cause du chômage, les transfères vont diminuer énormément. L’aide étrangère au gouvernement et aux ONG va aussi diminuer dans les mêmes proportions.

Le gouvernement Préval/Alexis dont l’incurie a provoqué les émeutes de la faim, a eu pour corollaire la destitution d’Alexis. Que fait Préval maintenant avec son nouveau premier ministre non seulement pour justifier la destitution, mais surtout pour prouver la différence ? Mis à part la perche tendu par Chavez, 197 millions de dollars US en emprunt au gouvernement Préval/Pierre-Louis qui lui permet de faire des achats du matériel lourd sans appel d’offre avec des prix majorés et d’empocher ipso facto de copieuses commissions, qu’est-ce que Préval et Pierre-Louis ont pris comme initiative pour apporter des solutions mêmes partielles à cette crise multiforme qui précède celle des cyclones, et qui pèse lourdement sur un peuple affamé, à bout de souffle et aux abois ? Il y a-t-il aucune amélioration aussi petite qu’elle puisse être, pour apporter un moment de répit même minimal à un peuple en doloris ? Alors que tous les efforts de Préval se concentrent uniquement sur l’omnipotence et sur la pérennisation du pouvoir personnel, il reste et demeure totalement indifférent au sort d’un peuple qui est en train de gémir sous le poids de la misère et de la pauvreté. Comptant sur la vigilance de sa garde prétorienne et sur le niveau élevé du seuil de tolérance du peuple haïtien, Préval persiste aveuglément dans son obsession pour un troisième mandat. La confiscation des élections du 19 avril 2009, sera pour Préval le premier pas vers l’accomplissement de son obsession. Va-t-on le laisser faire ? Si en privé, les représentants de la communauté internationale admettent et affirment que Préval soit un élément de blocage et fait plutôt partie du problème que de la solution, accepteront-ils à devenir son complice par abstention et omission ?

Face à cette série de crises et de malheurs qui se sont abattus sur le pays, particulièrement quand ils coïncident de manière évidente et bizarre avec une répétition inhabituelle à court intervalle de catastrophes naturels, le peuple dans sa culture animiste, pour qui le savoir procède de l’expérience, se replie sur sa logique empirique pour chercher et trouver une explication qui puisse lui permettre d’interpréter à sa façon et à son entendement, le vécu. Cette logique empirique qui a évolué à travers le temps, accumulant dans son subconscient des expériences de la réalité vécue, a développé en lui, un système de défense qui crée des réflexes et surtout des ressorts face à l’adversité. Certes, ce n’est pas de la dialectique. Mais c’est néanmoins sa méthode de raisonnement et d’interprétation. Par cette méthode peu scientifique, le peuple a tiré, le cas échéant, la même conclusion que ceux qui, par le biais de méthodes scientifiques, ont conclu de façon plus élaborée, que le malaise collectif dont souffre le pays aujourd’hui est dû à l’incompétence, à la corruption et à la mauvaise gouvernance. Et qu’on est condamné sans appel à faillir, faire échec avec un tel gouvernement. Le peuple sent et sait aussi qu’il n’est pas gouverné. Que ses intérêts sont foulés aux pieds. Que son destin est littéralement à la merci des vents et des flots. Que la corruption, l’immoralité, le dévergondage et l’indifférence de ses dirigeants attirent la malédiction, la guigne et le « madichon » qui pèsent sur la nation ! Voilà comment le peuple s’explique les faits et les interprète. Ce que vous, vous appelez, le malaise collectif et la condamnation sans appel. Ce n’est qu’une question de vocabulaire. La perception, l’interprétation, l’état d’esprit et la réaction par rapport aux faits vécus sont équivalents. Il ne faut pas traduire littéralement, mais interpréter le sens du terme « madichon » pour être l’équivalent de cette condamnation sans appel.

Ayant conclus avec certitude que c’est une malédiction qui pèse sur lui. Le corollaire pour le peuple, c’est de savoir à quoi, ou à qui cette malédiction peut être imputé. Le peuple ne s’est pas lancé tout azimut à la recherche d’un bouc émissaire sacrificiel pour apaiser le courroux du ciel. Il n’est pas en train d’implorer la protection divine. Le mot « madichon » ne reflète ni la naïveté, ni l’incompréhension, ni la lamentation, mais une accusation. Le peuple sait pertinemment et comprend sans aucun doute de quoi il s’agit. Qui sont les responsables. Et par le truchement de qui, il se trouve innocemment sous l’emprise de cette malédiction.

Son problème aujourd’hui, est que la capillarité politique qu’il lui est nécessaire, lui fait défaut. Un instrument politique, qui peut articuler ses revendications, le rassembler, l’organiser et l’aider à se débarrasser de cette guigne. Le fait par le peuple de croire et de dire qu’il est sous l’emprise du « madichon » signifie qu’il est prêt à se débarrasser de la cause qui le place malgré lui sous cette emprise. Ce n’est ni de la résignation, ni du fatalisme. Bien que ce soit lui qui est en train d’endurer les plus misérables conséquences de cette guigne, il est conscient et est surtout convaincu du fait que ce ne soit ni par action, ni par omission de sa part qu’il se trouve dans cette impasse. Il n’y a aucun sentiment de culpabilité de sa part. Il se voit victime du comportement des gouvernants. On se plait à répéter que la marmite est en train de bouillir. Y croit-on réellement ? Préfère-t-on attendre qu’elle explose toute seule, pour en avoir la preuve ? Il sera trop tard, quand cela arrivera ! Cette explosion sans leadership politique pour temporiser tant soit peu la violence, sera un danger pour tout le monde.

Vue les sombres prédictions économiques pour l’année 2009, la réduction substantielle et inévitable de l’aide étrangère et des transfères, les représentants de la communauté internationale en Haïti, sont extrêmement inquiets concernant la possibilité qu’au cours de l’année 2009 le peuple haïtien finira par atteindre son seuil de tolérance et que les conditions pour un dérapage substantiel sont plus que manifestes. Les protestations et manifestations à la Cité Soleil puis aux Gonaïves dans le cadre de l’affaire du commissaire Dorfeuil, les sit-in qui se multiplient et les opinions émises à travers les micro-trottoirs, ne sont-elles pas symptomatiques d’un ras-le-bol général ? Va-t-on rester sur la touche en se rongeant anxieusement les ongles ? Il nous faut avoir l’audace pour prendre le risque et le courage pour prendre le taureau par les cornes ! Le leadership des masses est-il réservé uniquement qu’aux partis de masse ?

========================================================================

Captez Radio Classique Inter à : http://radioclassiqueinter.com/rci/








Accueil | Plan du site | info visites 322634

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site LES ENTREVUES  Suivre la vie du site Emissions de Robert Benodin   Politique de publication

Haitimonde Network