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Thèmes de l’Emission de la semaine

samedi 9 janvier 2010 par Robert Benodin

Thèmes de l’Emission de la semaine

Orlando le 8 janvier, 2010

Actualités Politiques : Grandes Lignes

Au seuil de cette année électorale, la nation haïtienne est en droit d’exiger que les résultats des élections soient le reflet fidele de l’expression de la volonté générale. Que l’alternance démocratique offre vraiment l’opportunité de rompre avec la confiscation permanente du pouvoir par les régimes populistes des deux extrêmes qui depuis plus d’un demi-siècle, maintiennent l’omnipotence présidentiel, la pauvreté absolue et l’omniprésence de la corruption, comme manière de gouverner et comme mode de vie. N’est-il pas absurde et ridicule que Préval, le président du pays le plus pauvre de l’hémisphère et le plus corrompu du monde, évoque la notion de continuité ? Ce n’est pas étonnant que les esprits soient frustrés, tourmentés et hantés par la certitude que des élections gérées par Préval, son Conseil Electoral Prévalien et sa garde prétorienne, la Minustah, vont plonger et maintenir le pays dans la catastrophe d’un régime de pouvoir à vie.

La Constitution de 1987, qui pendant 22 ans a été le rempart contre toutes velléités de confiscation du pouvoir à vie, est maintenant prise à partie par Préval, accusée d’être une source de déstabilisation et par la communauté internationale accusée d’être inutilement budgétivore. Certes, Préval veut à tout prix faire adopter des amendements qui lui garantissent le maintien du pouvoir, par la 49e législature. Cependant, ce qui est encore plus choquant, plus difficilement compréhensible et franchement injustifiable, c’est cette nouvelle notion de Démocratie à la carte, que la communauté internationale veut instaurer en Haïti. La communauté internationale ainsi que Préval veulent amender la Constitution certes, mais pas pour les mêmes raisons. Les fixations de Préval sont-elles beaucoup plus dangereuses pour l’avenir d’Haïti, que cette Démocratie à la carte supportée par la communauté internationale ? Elle veut sacrifier la notion de la continuité sénatoriale. La diversité parlementaire qui est son corollaire, n’est-elle pas un des principes fondamentaux de la Démocratie représentative bicamérale ? Ne conditionne-t-elle pas à la fois le respect, la protection et l’exercice des droits des minorités ? N’est-elle pas ce qui renforce, conditionne et différencie fondamentalement le régime démocratique de tous les autres régimes politiques du monde, le consentement ?

Le coût des élections peut-il suffire comme unique argument justifiant la réduction du mandat sénatorial, l’augmentation du mandat des députés, l’augmentation du mandat des autorités locales et l’égalisation de la durée des mandats de tous les postes électifs pour ne faire que des élections générales tous les 5 ans en Haïti ? Sous les régimes de Démocratie représentative ayant un parlement bicaméral, la règle établie et pratiquée universellement, est que le Sénat se renouvelle par tranche et non intégralement ? L’élection présidentielle étant celle qui bénéficie de la plus grande participation dans toutes les cultures, il s’agit de maintenir la continuité sénatoriale pour la protéger contre l’influence et l’effet dominant du cartel présidentiel.

Dans un pays où la majorité est analphabète, la notion de diversification de l’expression de la volonté politique du choix des candidats en dehors du cartel, est méconnue et dépasse le niveau de compréhension, de sophistication et de discernement des électeurs. D’ailleurs, ne sachant pas lire, l’électeur analphabète, ne vote-t-il pas seulement que par le symbole représentant le parti de son choix ?

La notion de continuité sénatoriale, c’est précisément la préservation de la représentation de la diversité des tendances et des intérêts politiques nationaux au sein du Sénat. Elle protège le sénat contre toute possibilité de changement brusque de majorité. Elle est une précaution prise pour maintenir un certain équilibre de représentativité au sein du Sénat. Elle empêche à un chef d’état fort et fraîchement élu avec son cartel, d’obtenir automatiquement une main mise sur la totalité du parlement. Parce que le parlement représente la mosaïque des intérêts nationaux, la préservation de la diversité des tendances politiques, protège contre le danger d’exclusion des intérêts minoritaires. Pensez-vous que l’argument du coût des élections seul suffit pour supplanter la notion de protection des intérêts minoritaires sous un régime de Démocratie représentative ? La Démocratie est-elle la dictature de la majorité ? Le consentement n’est-il pas le seul moyen de gestion de la cohésion sociale qui distingue le régime démocratique de tous les autres régimes du monde ?

N’est-on pas en train de constater aujourd’hui, dans le cadre de la réforme du système de santé publique aux Etats-Unis, l’illustration sur le vif qui nous permet de vérifier dans la réalité l’effet direct et manifeste de la continuité sénatoriale et de la diversité parlementaire ? Dans quelle chambre du Congrès américain la diversité parlementaire est-elle plus manifeste et plus efficace à obtenir des concessions en faveur de l’intérêt minoritaire ? Les arguments à tort ou à raison reflétant la diversité de la mosaïque des intérêts nationaux et particulièrement ceux de la minorité républicaine, n’ont-ils pas un poids spécifique plus substantiel au Sénat qu’à la chambre base du Congrès américain ? A la chambre basse, où la totalité a été renouvelée aux élections du 4 novembre 2008, nous constatons que la popularité du président Barack Obama a donné instantanément aux Démocrates une majorité écrasante. Voilà, dans les faits ce que les Etats-Unis, l’un des pays amis d’Haïti et des plus influents, veulent conserver et maintenir jalousement au sein de leur Congrès, la continuité sénatoriale et la diversité parlementaire. Pourquoi en Haïti veut-on jeter au rancart un élément aussi fondamental pour l’épanouissement et le fonctionnement de la Démocratie représentative bicamérale ? Peut-on selon les besoins du moment choisir de pratiquer une Démocratie à la carte, en rejetant à loisir des règles et des principes fondamentaux du régime démocratique ? Les Haïtiens et particulièrement ceux de cette génération qui ont vécu et subi la violence de l’hécatombe des chambres de torture et des prisons du régime de la présidence à vie duvalierienne, sont horrifiés et sidérés par la perspective d’un retour à ce cauchemar. La présidence à vie n’est-elle pas la conséquence des élections du général Kébreau qui avaient donné la main mise à Duvalier sur le parlement en 1957.

De fait, qu’est-ce qui a, en vérité, incité la communauté internationale à vouloir intervenir maintenant en Haïti ? N’est-ce pas uniquement la menace de la probabilité d’un éclatement social affectant négativement les pays avoisinants ? Ça n’a jamais été, ni l’absence de la Démocratie, ni les types de régime qui ont incité cette inquiétude, mais l’incapacité des gouvernants haïtiens et de Préval en particulier, à ne pas pouvoir gérer et résoudre l’ensemble des crises et des problèmes qui grugent le peuple haïtien. Pourquoi le secrétaire général des Nations Unies a-t-il fait appel au Dr. Paul Collier et à l’ex-président des Etats-Unis Bill Clinton pour n’entreprendre qu’une intervention économique ? Alors qu’il est plus qu’évident en Haïti, depuis plus d’un demi-siècle, qu’on a un problème irréfutable de régime politique, le populisme, supporté et entretenu par la communauté international ! Haïti n’est-elle pas gouvernée que par des satrapes depuis 52 ans ? N’est-ce pas une vérité incontestable, que la communauté internationale se sent beaucoup plus à l’aise avec le proverbial « the devil I know », le satrape que je connais, qu’avec un leadership d’une nouvelle trempe ?

La Minustah agent de la communauté internationale n’a-t-elle pas accepté et confirmé les résultats malgré les fraudes et irrégularités des élections sénatoriales partielles d’avril et de juin 2009, dénoncées publiquement par le vice président siégeant du CEP ? En dépit de ce scandale électoral récent et du patrimoine électoral exécrable de Préval d’avril 1997 à nos jours, la communauté internationale ne s’est-elle pas empressée, sans aucune hésitation, ni réserve, de promettre 25 millions de dollars US pour financer à nouveau des élections qui seront organisées et gérées par Préval lui-même et son Conseil Electoral Prévalien formé à l’encontre du prescrit constitutionnels (l’article 289) ?

En fin de compte, les Haïtiens qui aujourd’hui rêvent de franchir le seuil de l’ère démocratique, ne peuvent compter que sur eux-mêmes. L’expérience de ce dernier demi-siècle n’a-t-elle pas démontré ostensiblement que la communauté internationale n’emboîte le pas qu’à ceux qui ont le courage de leurs convictions ? Peu importe l’angle sous lequel on veut percevoir ce bras de fer entre, les fixations de Préval et les intérêts nationaux. En fin de compte, c’est la supériorité de la détermination et la prépondérance de la fermeté de la conviction d’un camp sur l’autre, qui auront gain de cause. Malgré les apparences, ce n’est pas un combat inégal ! Certes d’un coté, on doit tenir compte du prima du pouvoir politique. Cependant en face, on a la force du nombre. Un peuple éreinté par la faim et la pauvreté absolue, qui espère un mieux-être que Préval est incapable de délivrer. Force est non-seulement de constater, mais surtout de comprendre que dans cette conjoncture où le pouvoir politique n’a pas le monopole de la force violente légitime, sa capacité de répression et de contrainte dans cette conjoncture d’occupation, est limitée par les intérêts macro-politiques de l’occupant. La communauté internationale viendra toujours au secours de la victoire, pour maintenir la pertinence de son influence. Elle n’a pas le choix. Peu importe qui gagne, elle s’engagera toujours du coté des intérêts du camp qui en fin de compte aura l’avantage des rapports de forces.

Dans le cadre du financement des élections, élément crucial de la stratégie de gestion et d’accomplissement des fixations de Préval ; Il nous faut tenir compte de deux faits importants dans ce domaine. D’une part, le retard intentionnel de la communauté internationale pour verser les 25 millions de dollars promis. D’autre part la coïncidence de l’offre Vietnamien de 59 millions pour l’achat de 70% des actions de la Téléco. Compte tenu du fait que Préval n’a aucune pudeur à utiliser les fonds de la Téléco pour financer les élections et ses poulains. Le timing du payement de l’offre vietnamien, peut diminuer énormément l’importance du financement comme levier politique de la communauté internationale. La question, maintenant, est de savoir, est-il de l’intérêt des Vietnamiens de prendre la communauté internationale à rebrousse poil, en aidant Préval ?

Chefs et leaders de partis politiques, face à cette situation manichéenne, allez-vous accepter, comme des moutons de Panurge, à vous rendre au palais national pour vous exposer à la corruption, le violon d’Ingres de Préval ? Ou allez-vous, avec célérité, prendre avantage du retard et de l’incertitude du financement pour forcer avec plus d’emphase le départ du Conseil Electoral Prévalien, en exigeant le respect du prescrit constitutionnel (l’article 289) ? S’émanciper du populisme, créer et organiser une société plus juste, voilà le défit de l’heure !








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