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Thèmes de l’Emission de la semaine - Par : Robert Benodin

mardi 24 mars 2009 par Robert Benodin

Thèmes de l’Emission de la semaine

Orlando le 20 mars, 2009

Actualités Politiques : Grandes Lignes

Bonsoir chers auditeurs. Vous écoutez sur les ondes de Radio Classique Inter, l’émission Actualités Politiques, Grandes lignes, animée par Robert Bénodin.

Nous avons avec nous, sur les ondes de Radio Classique inter, le sénateur Rudolph Henri Boulos, opinant sur la crise politique et économique d’Haïti.

Rudolph Henri Boulos, nous vous souhaitons la bienvenue sur les ondes de Radio Classique Inter.

RB : La semaine dernière c’était la visite de personnalités internationales. Ban Ki-moon en a profité pour introduire par le biais du rapport de Paul Collier, une nouvelle notion, celle de la prépondérance du volet de sécurité économique sur celui de la sécurité militaire dans le cas d’Haïti.

Cette nouvelle notion ne change-t-elle pas radicalement les règles d’engagement des Nations-Unies sur l’échiquier politique haïtien ?

RHB : Je crois que la semaine dernière tu as publié un article du magazine Foriegn Affairs, des professeurs Ronald Inglehart et Christian Welzel qui s’intitule : « How Development Leads to Democracy. What We Know About Modernization. » Ce serait important de lire cet article parallèlement avec celui de Paul Collier. L’article dit qu’il faut des conditions sociales et culturelles pour implanter la Démocratie. Mais pour se faire, c’est le développement économique qui apporte la modernisation et pousse tout dans la bonne direction vers des institutions démocratiques stables.

Les Nations-Unies voulant construire cette stabilité, mais voulant aller au-delà de la sécurité militaire, sont en train de vouloir développer une classe d’ouvriers et une nouvelle classe moyenne qui seront les éléments stabilisateurs servant de basse au régime démocratique. Certes la sécurité militaire est indispensable. Mais on ne peut pas s’assoire sur des baïonnettes. Pour que la sécurité tienne et ne s’effondre pas, il faut l’économie, le social et les institutions démocratiques. Vu le fait que nos dirigeants n’aient pas eu de vision, ni de programme à proposer durant leur campagne électorale, élus à moins de 50% et malgré toute la latitude que Préval a eue pendant ses trois ans au pouvoir, lui et toute la classe politique ont échoué. Ils n’ont pas su trouver les voies et moyens pour résoudre les problèmes d’Haïti. Sans plan, sans vision, les élites haïtiennes n’ont pas compris l’opportunité de cette présence, pour changer de paradigme. Elles se sont plutôt enrichies. Elles se sont enfermées et limitées dans la jouissance d’un pouvoir épicurien, comme le dit souvent Daly Valet. Les Nations-Unies face à ce trou béant, à ce vide ont dû envoyer un spécialiste. Mais c’est un spécialiste qui te demande de lui passer ta montre pour qu’il te dise quelle heure il est. C’est un spécialiste qui est venu définir une stratégie simple pour éviter le pire. Les dirigeants haïtiens ne sont pas concernés par le danger haïtien.

La souveraineté partagée, qui se profile depuis le lac Meetch, le papier du général chilien, est sur la voie de sa matérialisation. Après qu’un président élu ait demandé l’occupation, en 1994, aujourd’hui en 2009 c’est encore un président élu du même régime qui signe, avec Ban Ki-moon et Bill Clinton comme témoin, l’accord de la souveraineté partagée. Ce président qui bazarde notre souveraineté en détail, c’est René Garcia Préval. Le principe ayant été entériné par lui, il est automatiquement en vigueur.

RB : Quelles sont les raisons fondamentales qui ont porté Ban Ki-moon à endosser la notion de la prépondérance de la sécurité économique sur la sécurité militaire ?

RHB : La sécurité militaire a ses limites dans ses objectifs et dans le temps. Elle ne donne pas à manger, ni de travail, n’offre pas d’abri, et n’envoie pas à l’école. Mais elle continue paradoxalement, avec une paix imposée militairement, à charrier les germes de l’insécurité sociale et économique.

La nécessité d’aller plus loin, d’adopter une politique de rechange qui puisse amener à une sortie stratégique, parce que leur présence n’est pas indéfinie. La Minustah coûte annuellement plus de 600 millions de dollars. C’est un coût énorme pour les donneurs d’aide, particulièrement dans cette conjoncture de crise économique et financière mondiale. Il y a aussi d’autres aléas en cas d’échec, le danger physique pour leurs troupes, et le danger politique pour les dirigeants qui les ont envoyés.

RB : Le rapport de Paul Collier n’étant ni un programme de développement, ni un programme de gouvernement, met cependant en exergue la nécessité immédiate de création d’emploi pour réduire les tensions socioéconomiques.

Pensez-vous que le HOPE II, la reconstruction et le maintien des infrastructures, pourront dans l’immédiat subvenir aux besoins de prévention d’un éclatement social ?

RHB : La création d’emploi dans des sites spéciaux comme dans la zone franche de Ouanaminthe, est une formule qui diminue pour l’Etat, les investissements en infrastructure. Ces zones franches sont installées dans des zones stratégiques, non loin des ports et aéroports existants. Il faut avoir accès aux utilités, électricité, eau et communication. Quel sera le secteur porteur de ce programme ? Est-ce le secteur privé haïtien seulement ? Est-ce le secteur privé haïtien et l’international ? Est-ce l’élite économique locale ? Difficile à dire pour le moment ! Comment va-t-on éduquer les enfants, les jeunes qui viendront y travailler ? Et la classe moyenne appauvrie ? La paysannerie, où se trouve-t-elle dans ce plan ? La Cité Soleil et les autres bidonvilles doivent avoir un espoir, pour qu’elle ne soit plus exploitée par le pouvoir dans la politique du béton, des barricades enflammées, de la violence, de l’intimidation et de l’internalisation de la peur. Pour qu’elle s’émancipe de cette relation de mercenariat avec le pouvoir, aux taux de 20, 50, 100 gourdes par jours.

On ne peut pas remplacer tout ce monde par des étrangers. La Diaspora quel sera son rôle dans tout ça ?

RB : Pour un pays comme Haïti, dont la majorité est paysanne, je trouve que le rapport de Paul Collier n’a pas mis suffisamment d’emphase sur le domaine de l’agriculture.

Pour augmenter la production agricole, augmenter l’emploi dans le secteur rural, récupérer la sécurité alimentaire et réduire l’importation dans ce domaine, que faut-il faire ?

RHB : C’est une faute très grave que de ne pas développer une stratégie à court terme pour l’agriculture à l’intérieur de ce grand plan. La production agricole doit être la base de tout développement en Haïti. C’est là où il y a le plus grand taux de chômage. L’investissement dans l’irrigation est une nécessité pour exploiter toutes les plaines cultivables. Avec des projets avoisinant 10 à 20 millions de dollars chacun, on pourrait exploiter les surfaces cultivables. On devrait continuer à exécuter ces projets à raison de 100 millions par année. Je laisse le soin aux agronomes pour faire l’inventaire des plaines et cours d’eau, et expliquer le rendement que cela pourrait donner.

Il y a des exemples tel que la Plaine de l’Arbre, Plaine des Moustiques, Plantation Dauphin, les 3 rivières du Nord-ouest, et les 4 rivières du Nord-est qui vont se jeter à la mer. On peut voir, dans le Nord-est, l’irrigation des plaines avoisinantes à la Rivière Massacre, avec le support financier et le crédit des grands entrepreneurs de Dajabon, comment des milliers de paysans peuvent produire chaque année et subvenir à leurs besoins.

Il faut fournir les intrants agricoles à crédit. On n’est pas en train de parler de subvention. Le risque de perte doit être partagé avec les paysans qui n’ont rien. Les intrants doivent être débités en coût réel, pour éviter qu’ils soient vendus en République dominicaine. Il y a des exemples concrets. Que ceux soient les sacs d’engrais du Venezuela, ou les tracteurs de Taiwan, ils sont tous déjà vendus en République dominicaine. Parce qu’ils ont été donnés ou subventionnés.

Il faut fournir les technologies de pointe et la mécanisation. Quand on se rend en République dominicaine, qui cultive ces plantations ? Ceux sont des Haïtiens.

Il faut ouvrir et augmenter la couverture du microcrédit aux petites marchandes. Elles servent déjà de courroie de transmission, entre producteur agricole et le marcher, la revendeuse.

Il faut donner l’éducation aux jeunes, aux enfants. Quand j’ai distribué 300 bourses d’étude en comptabilité et informatique ; ceux qui ont été diplômés à la fin de l’année dernière, je les ai rencontrés récemment à Dajabon. Je leur ai dit que je vous ai donné une bourse, mais je ne sais pas encore comment je vais vous faire trouver du travail. Il m’ont tous répondu : « Sénateur ne vous en faites pas, nous avons trouvé du travail avec nos diplômes. » Cela leur permet de s’affranchir. Quand la personne n’est pas obsédée par le primum vivere, il peut réfléchir. Quand elle commence à réfléchir, elle s’émancipe. Elle s’affranchit. Elle commence à demander des comptes à ses dirigeants. Elle commence à poser, à discuter des problèmes et à concevoir des solutions. Il faut en réalité réduire éventuellement cette majorité d’analphabètes.

Le plan doit prendre en compte tous les secteurs de la population. Paul Collier a dit clairement qu’il n’est pas venu faire le développement. Il a fait une expérience in vitro dans un laboratoire. A nous les Haïtiens et à nos amis étrangers de trouver le voies et moyens d’un plan global.

RB : Vu le fait que le rapport de Paul Collier établissant les prémisses que, les effets nocifs de la crise économique mondiale, la réduction des transfères de la Diaspora, et le fait qu’un gouvernement d’un Etat faible soit incapable de formuler et d’appliquer seul une stratégie économique concrète.

A quel niveau de pénétration voyez-vous l’intervention technique des Nations-Unies dans le cadre de la prépondérance de la sécurité économique ?

RHB : Je crois que j’ai expliqué la pénétration en répondant à la dernière question. Ce plan n’a pas les moyens d’une pénétration en profondeur. Quand Collier parle de l’évolution des « clusters », il veut dire qu’ils vont faire les premiers pas avec l’investissement initial (seeds money), et les secteurs impliqués dans la gestion et l’investissement vont faire le suivi et le développement. C’est dans cette synergie que le projet va évoluer pour devenir quelque chose de tangible.

Les Nations-Unies ne peuvent pas s’engager à faire des interventions en profondeur, en face d’une crise économique mondiale et de la diminution des transfères.

Ceci va créer une demande d’envoi massif de techniciens étrangers. On espère qu’ils viendront de la Diaspora haïtienne pour renforcer la coquille vide dont parle Don Erickson du Interamerican Dialog en parlant du gouvernement haïtien. On doit voir une faiblesse majeure à ce niveau du rapport de Paul Collier. Il n’a pas fait valoir l’importance d’un facteur positif qui serait l’intégration indispensable de la Diaspora au niveau de tous les ministères comme condition sine qua non, pour subvenir à la faiblesse technique.

RB : Quel sera le rôle des ONG dans cette nouvelle stratégie économique onusienne ?

RHB : Je ne vois pas d’implication directe des ONG, mais plutôt des banques multilatérales et bilatérales, dans le financement de ces zones franches. La zone franche de Ouanaminthe a demandé un investissement de près de 20 millions de dollars US. On peut faire appelle à un ONG haïtien pour faciliter la production agricole en ce qui a trait au micro-financement des petites marchandes et des boutiques agricoles. Les ONG vont continuer à jouer leur rôle de pourvoyeurs de services à la population, pour compenser aux incapacités et défaillances de cet Etat en faillite. Contrairement à Collier je ne regrouperai pas tout ce monde des ONG pour les forcer à fonctionner dans une synergie totale, mais de les laisser évoluer pour atteindre le maximum de leur potentiel en se regroupant selon l’évolution des affinités naturelles et de leurs besoins, pour fournir les services que l’Etat ne fourni pas aux citoyens.

RB : Quelles seront les conséquences, si le gouvernement résiste à la pénétration d’une telle intervention ?

RHB : Je ne perçois pas de possibilité de résistance. J’ai peur de quelque chose d’autre. Je crois que tout intervention qui n’aboutirait pas à un changement palpable sur le terrain, de la situation économique et sociale de la majorité de la population, mettrait en danger la présence internationale et le maintien au pouvoir de l’actuel équipe. Je ne vois pas leur intérêt dans une résistance.

Mais Préval étant un marron qui ne veut pas de changement, comme tous nos leaders de ces deux derniers siècles. Tous nos dirigeants veulent garder le pouvoir à vie. Le peuple malgré son courage et sa force n’a pu changer les choses, n’ayant pas pu jusqu’à présent s’émanciper de l’appas du pouvoir de ses gouvernants et du sous-développement économique et social.

Dans cette nouvelle donne, c’est l’international qui est aujourd’hui en face du marron. Car contrairement aux Duvaliers et autres qui ont bénéficié d’opportunités conjoncturelles, aujourd’hui ce n’est pas le cas.

Si l’international choisirait, malgré la présence de ses 9 milles paires de bottes et les milliards de dollars déjà dépensés, de ne pas poursuivre la logique stratégique dans laquelle elle vient de s’inscrire, elle serait complice de ce jeu de marron. Ce serait une catastrophe pour cette nation, avec des effets très négatifs et dangereux pour la région.

RB : Il est bruit que la réunion des bailleurs de fonds a été ajournée.

Cet ajournement est-il dû à une intervention de Préval, ou à celle des bailleurs de fonds ? Est-ce dû au changement des règles d’engagement des Nations-Unies concernant la sécurité économique ?

RHB : S’il y a ajournement, j’en doute, mais ce n’est pas impossible. C’est surtout pour avoir le temps pour faire le lobbying nécessaire pour éviter un échec de cette réunion. Les attentes du gouvernement haïtien et des Nations-Unies sont énormes. Les Nations-Unies veulent avoir les moyens pour mettre en application leur stratégie économique et sociale. Ayant l’accord de Préval, elles veulent être prêtes pour gérer leurs dossiers économiques et sociaux. La balle est dans leur camp, Européens, Latinos et Nord-américains.

Washington et Canada sont en train de réévaluer constamment leur lecture et évaluation de la situation en Haïti, pour en avoir une meilleure compréhension et identifier des solutions appropriées pour garantir le succès de leur intervention. Ils ne veulent plus donner des coups d’épée dans l’eau. Le représentant du Canada à l’intérieur de Haitian Task Force au ministère des affaires étrangères, était à Washington la semaine dernière, pour explorer avec ces homologues américains quelles sont les issues du « quagmire » haïtien.

RB : S’appuyant sur le Document de Stratégie National pour la Croissance et pour la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP), l’ex-premier ministre Jacques Edouard Alexis, en 2007, avait, à la réunion des bailleurs de fonds, présenté une requête de 4 milliards de dollars US. Il n’a rien reçu. Cette fois-ci, à la réunion des bailleurs de fonds, en 2009, le premier ministre Pierre-Louis présentera une requête de 3 milliards.

Avec la nouvelle notion de prépondérance de la sécurité économique, et le fait que le pays soit jusqu’à présent classifié parmi les 4 pays le plus corrompus du monde, pensez-vous que le gouvernement Préval/Pierre-Louis cette fois-ci, aura une meilleure chance ?

RHB : Nous sommes aujourd’hui face à la « Souveraineté Partagée ». Pour les modalités de mise en œuvre de ce plan, il faudra que l’internationale qui a pris en main la question, mettre de coté Préval/Pierre-Louis pour gérer directement ce plan. Elle est obligée de se donner les moyens. Elle ne va pas donner de l’argent au gouvernement. Mais plutôt financer des projets spécifiques, avec des experts internationaux sur le terrain, même auprès de chaque ministère pour s’assurer de l’exécution et éviter la corruption. Trop d’argents ont été invertis et gaspiller en Haïti. On n’a dépensé 5 milliards pour la Minustah. Il y a urgence et une crise internationale. Comme Haïti est un cancer pour la région. Il faudra contenir ce mal, pour éviter qu’il ne se métastase en contaminant les pays avoisinants.

L’industrie de la construction est en pleine récession en République dominicaine. Le Bahamas et la Floride sont très inquiétés par cette crise sociale et économique, où 9 millions d’habitants sont prêt à s’expatrier au risque de leur vie, à la recherche d’un mieux être. Les Parlementaires de la Floride se sont réunis en plusieurs fois avec le nouveau ministre des affaires étrangères, Hillary Clinton, sur ce sujet.

Comprenez bien, quand une mère prend une frêle embarcation avec deux ou trois enfants en bas age, ceci reflète un degré de désespoir répresseur de tout instinct de conservation maternelle, pour s’exposer ainsi que ses propres enfants à un tel risque. Cet acte stoïque, cette scène qui se répète avec une fréquence de plus en plus accrue de jour en jour, est la matérialisation littérale de la suggestion de Préval à ces concitoyens « nagez pour ou sôti ! Moin pas ka fait mirack ! Moin pas ka fait sang soti nan roche ! » Au mois de janvier seulement on a eu 700 boat-peoples capturés et retourné à Port-au-Prince. Parfois on ne parvient pas à ce chiffre pour une année.

Il est possible que l’on ait un apport d’un milliard qui peut inclure aussi toute laide traditionnelle annuelle. Ce ne sera pas une forte augmentation. Peut être au grand maximum 300 millions supplémentaires.

RB : Les élections sénatoriales partielles occupent momentanément l’avant-scène politique. Mis à part l’exclusion du parti lavalas à ces élections, le CEP semble avoir jusqu’à présent des difficultés administratives insurmontables.

Le CEP sera-t-il prêt pour faire des élections non-contestées, libres, honnêtes et démocratiques le 19 avril 2009 ?

RHB : Difficulté ou non, nous allons per fas et nefas vers des élections le 19 avril. « JPP, jan l passé li Passé ! » L’internationale les veut. Le Président Préval les a déjà ordonné. On aura des élections avec une faible participation. Et on aura les résultats officiels de la sélection. Préval a toujours deux fers au feu. Dont 12 sénateurs de son choix. Ou une confusion après les élections pour remplacer la Constitution. Si le deuxième scénario est impossible, il faudra qu’il s’entende avec l’internationale sur un troisième, pour éviter le choc.

Le face à face a commencé. Le Brésil et l’Espagne distribuent directement des tonnes de riz et de semence. La sécurité pour les élections pour éviter une crise électorale, sera le teste acide de l’internationale sur sa volonté réelle de résoudre le problème. Et de ne pas se faire rouler dans de la farine par le marron. A partir de cette échéance électorale du 19 avril 2009, on saura qui est maître du jeu.

RB : Préval est-il forcé de faire ces élections contre sa volonté ? Quel est l’intérêt du milieu international dans ces élections ?

RHB : Il ne faut pas oublier que ces élections sont très très en retard. Ceux sont des élections qui auraient dû avoir lieu avant la fin de l’année 2007. J’ai dénoncé ce retard. J’ai demandé qu’on fasse ces élections. J’avais invité Jacques Bernard au Sénat pour qu’il nous dise si c’était possible d’avoir des élections avant la fin de l’année. Les sénateurs sont allés à Washington, à Ottawa, à Mexico pour faire de la pression pour avoir des élections pour renouveler le tiers d Sénat comme prévu par la Constitution le dernier dimanche du mois de novembre 2007. Toutes ces démarches m’ont valu l’enfer de l’exile.

On aura des résultats en avril et en juillet 2009. On aura d’autres élections en novembre 2009. Et ensuite en novembre 2010, on aura des présidentielles. Aura-t-on une mise au rancart de la Constitution ? Pour l’internationale c’est de présenter des amendements à la dernière session de la 48e législative, de les confirmer par la 49e législature l’année prochaine et qu’ils soient effectif avec le président élu avant le 7 février 2011. Si Préval ne peut pas se faire réélire, il nommera son successeur.

RB : Face à la Constitution de 1987, il y a pour le moment sur l’échiquier politique, 3 positions :

- Appliquer à la lettre la Constitution de 1987, avant de l’amender.

- Amender la Constitution de 1987 selon les prescrits du Titre XIII.

- Remplacer la Constitution de 1987, elle est une source de déstabilisation.

Pouvez-vous nous dire quels sont les différents secteurs qui supportent chacune de ces 3 positions ? Et pourquoi ?

RHB : De 1987 à ce jour, la Constitution n’a jamais été appliquée à la lettre. Et pourtant elle nous a défendu malgré tout contre toutes les tentatives. Elle a été un rempart contre les efforts des dictateurs apprentis sorciers pour confisquer le pouvoir à vie. Si on questionne les valeurs de la constitution, si elles sont bonnes ou mauvaise, il faudrait l’appliquer à la lettre pour en juger.

On avait une opportunité idéale pour l’appliquer en 1990. Les membres du CEP ont été dispersés dans des postes diplomatiques pour éviter de faire les élections indirectes, installer les autorités des collectivités et assemblées territoriales, faire la décentralisation, la déconcentration et avoir un CEP permanent.

Le régime lavalas est le premier et le seul à gouverner sous l’égide de la Constitution de 1987. On a conspiré durant tout le passage de ce régime de 1991, jusqu’à aujourd’hui pour ne pas appliquer à la lettre la Constitution de 1987. On comprend que le 1er premier ministre, le second et le quatrième président du régime lavalas à la fin de sont dernier mandat constitutionnel, soit tenté de vouloir par tout les moyens de remplacer cette Constitution qui met fin définitivement et de manière permanente à ses ambitions présidentielles.

Reprenons les trois options.

- Appliquer à la lettre la Constitution de 1987, avant de l’amender. La majorité de la population si je dois me baser sur la dernière enquête de BRIG de Mr Fortunat. L’opinion générale dans sa grande majorité supporte la mise en application à la lettre de la Constituions de 1987. Et veut jouir des bénéfices qu’elle offre quant à la formation des collectivités territoriales.

- Amender la Constitution de 1987 selon les prescrits du Titre XIII. Encore la majorité de la population de la classe politique et une partie saine de l’internationale supportent cette option. De plus, la classe politique a peur d’une constitution par un homme pour un homme. Elle n’est pas certaine que le remplacement de la constitution garantisse la création d’institutions démocratiques sur des bases solides. C’est le contraire qui a dominé depuis les élections de 90

- Remplacer la Constitution de 1987, elle est une source de déstabilisation. Mr. René Garcia Préval et ses acolytes veulent rétablir la présidence à vie et maintenir le monopole de la corruption.

RB : De 1801 à nos jours, nous sommes à notre 22e Constitution. Hormis celle de 1987, toutes les précédentes Constitutions haïtiennes avaient pour caractéristique commune de refléter la volonté du leader politique qui en était le promoteur, de garantir son maintien à vie au pouvoir, ainsi que son droit de nommer un successeur parmi ses héritiers.

La volonté de remplacer la Constitution de 1987, ne suit-elle pas la logique qui caractérise les 21 constitutions qui l’ont précédées ?

RHB : Si l’histoire est un perpétuel recommencement, elle nous permet de constater qu’à chaque fin de mandat tous les présidents ont toujours voulu rester au pouvoir. Rares sont ceux qui en sortent à la fin de leur mandat. Préval n’échappe pas à cette règle. Il va faire l’impossible pour garder le pouvoir, peu importe les risques, pour lui ou pour le pays. Pour lui, après le pouvoir c’est le néant. Et ce néant l’effraie. S’il lui est impossible de se succéder, il va coûte que coûte vouloir nommer son successeur. Il nous faut être surtout aux aguets pour ne pas avaler un amendement qui garantirait l’amnistie totale capitale au président sortant. C’est la garantie d’impunité pour celui qui possède et exerce le pouvoir politique au plus haut niveau et qui peut à sa guise en jouir et en abuser. Ce serait un danger énorme pour la nation haïtienne que d’accorder un tel privilège au président sortant !

RB : Le premier ministre Pierre-Louis a été convoqué mardi à la chambre basse, pour répondre de sa gestion des 6 derniers mois. La session s’est terminée malheureusement par un pugilat entre le député Bourjolly et le président de la chambre, le député Levaillant qui lui refusait le micro.

Le gouvernement Préval/Pierre-Louis a de fait dépensé les 197 millions de dollars de petrocaribe. Ces 197 millions de dollars, ont-ils été dépensés pour soulager la misère des plus démunis ?

RHB : Au lendemain de la dévastation des 4 cyclones, le parlement avait été obligé d’accorder au départ, des mesures d’urgence au nouveau premier ministre Pierre-Louis. Les circonstances ont porté le parlement à lui faire confiance.

A l’OEA il y a eu un incident très significatif entre l’ambassadeur ad intérim d’Haïti et l’ambassadeur du Panama. Ce dernier lui demande : « Je vois ce que font les Etats-Unis, la France, le Canada, le Brésil etc. dans votre pays, mais que fait votre gouvernement dans la crise cyclonique ? » Quelle honte !

Il y a deux semaines de cela au Canada, pour préparer la réunion des bailleurs de fonds, la délégation haïtienne faisait de la pression pour trouver 123 millions de dollars de financement. Finalement l’ambassadeur de l’Union Européenne dit à la délégation haïtienne : « Mais dites-moi ce que vous avez fait avec les 197 millions de dollars du Petrocaribe ? »

Aujourd’hui on convoque le premier ministre pour des explications et des clarifications, sur sa gestion. Compte tenu de l’évolution de la situation à la chambre basse, de son nouveau bureau et des relations qui existent entre le CPP et le pouvoir exécutif on a assisté plutôt à une mise en scène, à une démagogie. Personne n’est dupe. On a tous compris. On n’a pas voulu vraiment savoir ce qui a été fait avec ces 197 millions de dollars US de Petrocaribe.

- Achat d’équipements lourds sans appel d’offre pour 100 millions de dollars.

- 14 mois de salaire aux fonctionnaires 30 millions de dollars etc.

Chaque mois il y a 40 millions de gourdes d’entrées dans les douanes de Ouanaminthe. Aujourd’hui Ouanaminthe a besoin de 50 millions de gourdes pour asphalter 10 Km de rue à l’intérieur de la ville. La compagnie qui a fait la route Cap Ouanaminthe dit avant de démonter ces équipements pour partir, elle offre d’asphalter 10Km de rue à l’intérieur de la ville pour 50 millions de gourdes. On n’a pas pu trouver ces 50 millions de gourdes du gouvernement. Le ministère de l’intérieur qui a des fortunes en main, ne donne aucun signe de vie. Les ouanaminthais font des efforts considérables de collectes de fonds, qui n’arrivent qu’à 1 million de gourdes. Ils font appel au CATA au PNUD. Ils font appel au sénateur Boulos. Qui malgré qu’il soit en exile est prêt à donner 500 milles gourdes. Ouanaminthe est une ville frontière. C’est l’entrée du grand Nord en venant de la République dominicaine.

Vous vous imaginez ce que doit être l’impression d’un étranger qui sort de Dajabon, où tout est asphalté et propre. Il traverse un petit pont de 20 mètres et puis il se trouve dans un Capharnaüm comme le dit souvent l’ingénieur Frantz Verrella ministre des Travaux Publics.

RB : Mis à part le constat fait par Paul Collier dans son rapport concernant l’incapacité de ce gouvernent de se doter d’une stratégie économique, pensez-vous que nos gouvernants soient à la hauteur de leur tache ?

RHB : René Préval jusqu’à présent n’a pas pu rien faire. Pas parce qu’il n’était pas intéressé à faire quelques chose. Ou qu’il ne pouvait pas. Le fait est qu’il ne voulait pas. Quand je posais les questions, je faisais de l’opposition constructive, je faisais des pressions pour éviter d’arriver là où nous sommes aujourd’hui. Qu’est-ce qui est arrivé ? J’ai dû me mettre à couvert pour éviter qu’il me tue. Un vice-président du Sénat de la République. J’ai été élu par le peuple du Nord-est en trois fois. Et les sénateurs m’ont élu vice-président du Sénat.

Ce n’est pas la capacité qu’il leur manque. Ce sont des destructeurs. On pourrait les excuser pour leur nullité et mais pas pour le nihilisme qu’ils affichent. Ils ne veulent rien faire. Ils ne doivent rien à personne.

Le budget est subventionné à plus de 60 % par l’internationale. Ces fonds sont dilapidés. On ne peut rien espérer de ce monde.

C’est l’internationale qui a 9 milles paires de bottes sur le terrain qui arrive à ce constat : « Que Préval n’est pas porteur de solution. Il est le problème lui-même. »

RB : Après un demi-siècle de populisme des deux extrêmes, le peuple haïtien peut-il continuer à patauger dans ce bourbier d’extrémistes ?

Le populisme étant le cannibalisme de la Démocratie, qui pratique le culte de la personnalité, fait des interventions messianiques, maintient la mobilisation constante, articule constamment les revendications, exploite continuellement le venin des ressentiments, fait sans relâche la propagation de la haine ; Est-ce l’atmosphère qui convient pour le développement ?

Il y a-t-il une alternative pour ce peuple à bout de souffle et aux abois ?

RHB : La réponse à ta question se trouve encore dans l’article du magazine Foriegn Affairs, des professeurs Ronald Inglehart et Christian Welzel. Ils disent pour qu’un peuple puisse discerner, pour ne pas voter avec ses impulsions, pour sortir de ses tabous, évoluer, perdre ses réflexes traditionnels, il doit passer par un développement économique et social et par l’éducation.

Le populisme des deux extrêmes a échoué. L’un des axes du populisme des 50 dernières années est la question de couleur. Il a constitué sa force politique dans les circonstances externes qu’on connaît. Le populisme a fait un saut dans la barbarie et l’anarchie. Ce faisant le populisme dans son parcours, a détruit non seulement des hommes politiques valables. Mais plus important encore, a en même temps plongé le peuple, au nom de qui il a confisqué le pouvoir pendant un demi-siècle, dans une pauvreté et une misère atroce, pour faire d’Haïti le pays le plus pauvre de l’hémisphère, le maillon faible de la région, un Etat totalement en faillite et des institutions en pleine déliquescence.

Il nous faut trouver une voie, une alternative, pour sortir de ce cercle vicieux. Ça, ce sera le leadership au niveau des élites et de la jeunesse du pays qui devra frayer ce chemin.

C’est un combat, pour moi, aujourd’hui en exile, pour vous avec vos émissions éducatives et pour les forces vives de la nation de se libérer, de s’émanciper des serres du populisme. Il faut investir chaque jour dans ce combat. Il faut persuader et éduquer la jeunesse pour qu’elle fasse sienne ce combat. Les élites doivent utiliser leurs capacités créatives pour joindre le leadership de ce combat.

L’internationale vient avec sa stratégie de sécurité économique. Il nous faudrait d’un Munoz Marin pour pouvoir mettre les points sur le i.

RB : Il est évident que le mois prochain on aura des élections partielles sénatoriales, qu’à la fin de cette année on aura d’autres élections partielles sénatoriales, des élections pour la 49e législature, et celles de la totalité des autorités locales. Et à la fin de l’année prochaine 2010, on aura les présidentielles. Il y aura une quantité énorme de postes électifs pour lesquels le peuple aura à faire ses choix à court terme. De ces choix, dépend sa destiné et son avenir.

Tenant compte aussi de la compréhension du milieu international des vrais problèmes haïtiens. Parallèle à cette réalité locale, des changement s’opèrent sur la scène mondiale, un changement de pouvoir et de tendance politique aux Etats-Unis avec Obama et en France avec Sarkozy et simultanément une crise financière et économique mondiale. Dans cette problématique, qu’est-ce qui peut arriver en Haïti ?

RHB : La question tourne de fait autour d’une sortie de crise. Il y a parmi les acteurs une jeunesse qui est intéressé à l’avenir de son pays. Il y a une Diaspora qui a la capacité de lobbying et financière de participation et d’apport dans tous les domaines et particulièrement dans les technologies de pointe. Il y a les élites avec son intelligentsia et sa capacité d’initiative. Il y a la classe politique avec ses faiblesses et son expérience. Tous ces acteurs doivent faire un saut qualitatif pour aiguiller le pays dans une nouvelle direction. Nous avons raté cette opportunité de rompre avec le populisme en 2004. Aujourd’hui, l’équation politique à un nouveau paramètre.

Nous nous trouvons dans une situation dégradante certes de souveraineté partagée. Il nous faut exploiter le coté positif de cette situation pour nous propulser vers une horizon nouvelle. L’inquiétude de l’internationale est réelle. La gravité de la crise est réelle tant sur le plan local qu’international. Il nous faut opter pour la modernisation et prendre les voies et moyens qui s’imposent. Sans une volonté nationale, l’intervention internationale n’y arrivera pas.

Certes il y a des forces rétrogrades qui veulent maintenir le statu quo. Parce qu’elles ont intérêt dans l’obscurantisme. Elles veulent maintenir l’attitude d’opposition, à l’instruction, à la raison et au progrès.

L’internationale qui manifeste ouvertement sa volonté d’introduire une nouvelle stratégie de sécurité économique, change de sa position traditionnelle, pour constater et déclarer l’incapacité du gouvernement de se pourvoir d’une stratégie économique.

La souveraineté partagée va prendre des dimensions nouvelles. A nous d’exploiter cette nouvelle donne pour le bonheur d’Haïti et de sa nation !








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