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Son Eminence le cardinal Langlois est créé par le pape François

mardi 25 février 2014 par Administrator

Haïti s’est réveillée, le cœur à Rome, samedi matin. Dans chaque coin de la Ville éternelle un compatriote, -plus encore une compatriote- mis dans ses plus beaux habits se dirigeait vers la basilique St-Pierre pour assister au consistoire ordinaire public pour la création de 19 cardinaux. Le premier consistoire du pape François.

Parmi les nouveaux cardinaux, un seul, Chibly Langlois, intéresse les trois cents et quelques Haïtiens, officiels, parlementaires, religieux, laïcs engagés, parents ou amis venus d’Haïti, de toute la diaspora ou vivant en Italie, prendre part à cette première : la création d’un cardinal, prince de l’Eglise, électeur de pape ou possible pape lui-même, d’origine haïtienne.
Depuis 1860 que le Concordat lie notre pays au Vatican, l’un des premiers Etats à avoir reconnu Haïti, cela ne s’était jamais produit.
Quand ce n’est pas un petit drapeau, c’est un mot en créole qui sert de rassemblement pour ceux qui ne se connaissent pas. Tous convergent vers l’une des entrées de la basilique St-Pierre où ceux munis du précieux sésame, une invitation, peuvent accéder au saint des saints en ce samedi de fête pour l’Eglise catholique.
Le défilé est impressionnant. Entre les gardes suisses dans leur costume chamarré aux couleurs affriolantes dessiné au XVIe siècle, selon la légende par Michel-Ange et qui veillent sur le pape, passent des princes, des lords, des présidents, des académiciens en grand habit, l’épée à la ceinture, des ambassadeurs en redingote et rosette blanche, des décorés d’on ne sait quelle guerre, avec leurs rangs de médailles rutilantes, des cardinaux dans le rouge éclatant de leur fonction, des évêques en noir et mauve, des prêtres,des religieuses, des huissiers à chaînes, des policiers, des agents secrets. Il y a aussi des femmes en mantille noire, d’autres avec des jupes trop courtes ou des décolletés vertigineux. Bref, une arche de Noé de toutes les catégories de chrétiens vivants de la terre a lentement envahi fauteuils, bancs et chaises de la basilique.
Dans l’assistance, toute Haïti fête la gloire d’un de ses fils. Dans cette basilique construite pour représenter une croix latine (la nef plus longue que le transept) deux papes ont pris place. Une première pour un consistoire. Benoît XVI, aujourd’hui pape émérite, à qui Michel Martelly avait demandé d’élever un évêque haïtien à la dignité cardinalice, est là, le pape François est là.
Le président haïtien, sa femme, son ministre des Affaires étrangères, son chef de cabinet, son conseiller spécial sont présents. Le président et le vice-président de l’Assemblée nationale ainsi que sénateurs et députés sont là. Plusieurs évêques haïtiens, le directeur de Radio Soleil, l’éditrice de Pain de vie, publication catholique, l’ancien candidat à la présidence Me Céant et de nombreuse figures de proue de la société civile haïtienne sont dans l’église. Il y a aussi en grand nombre des parents du cardinal Langlois, de très jeunes parents mais aussi sa tante de 97 ans.
Quand la cérémonie débute, tout le monde haïtien est heureux d’être là et fier de ce qui arrive à l’un d’eux.
Etre à Saint-Pierre est toujours un ravissement. Aucune église au monde ne ressemble à celle-là. Construite sous le caveau de Saint-Pierre, la dernière demeure de plusieurs papes orne ses murs. Cette basilique capable de contenir 60 000 fidèles, richement parée de plus d’une centaine de teintes de marbre, tient aussi bien du musée d’art que de la galerie d’exposition d’œuvres rarissimes. St-Pierre impressionne par son histoire et la proportion démesurée de tout ce qui s’y trouve, des cierges au baldaquin surplombant l’autel ou la coupole immense ou les statues ou le système de sonorisation exceptionnelle. Tout fait de la basilique St-Pierre un endroit unique.
Etre à St-Pierre pour la cérémonie qui s’est déroulée en latin et italien fut un rapide ravissement pour tous les présents du samedi 22 février 2014. D’ailleurs, la chorale, la voix du pape, la grande orgue, les cuivres, tout apaise en ce lieu.
D’autant que la partie officielle fut brève. Le pape François, après son homélie, appela chaque futur cardinal. Puis le nouveau cardinal gravit l’autel pour recevoir une feuille de route marquée pour un appel à l’unité interne de l’Eglise et pour le combat spirituel contre « l’esprit du monde ». Le pape leur remit aussi la barrette (petit chapeau rouge et carré caractéristique), l’anneau cardinalice (signe de communion avec le pape) et le titre de cardinal (un parchemin avec la bulle - texte juridique- de création cardinalice).
Il faut dire qu’avant la cérémonie, dans toutes les langues on avait demandé de ne pas applaudir, sinon les cris de joie de chaque délégation auraient fusé.
La cérémonie sans eucharistie sitôt finie, toute la petite communauté haïtienne se mit à attendre la sortie du cardinal Langlois pour le saluer et se faire prendre en photo avec lui. Ensuite, le cardinal se rendit dans l’une des nombreuses salles du Vatican faire connaissance avec tous ceux qui voulaient le rencontrer, car un cardinal n’a plus de nation, mais appartient au monde catholique en entier.
Dans la soirée, c’est au Palazzo Brancaccio que « l’ambassadeur d’Haïti près le Saint Siège, sous le haut patronage du président de la République » offrit un dîner en l’honneur de Son Eminence, le cardinal Langlois, comme le précisa la carte du menu.
Ce fut l’occasion pour toute la communauté haïtienne présente à Rome de faire bombance. De petits soucis d’intendance, dus au fait que l’invitation était ouverte à tous et la capacité d’accueil du palais limitée, furent vite résolus. Un vrai miracle comme celui de la multiplication des pains.
Si maints accros au protocole faillirent mettre fin prématurément à la présence d’amis étrangers d’Haïti ou d’élus mal dans leur petit soulier, tout se passa bien au final.
Tout le monde put se parler, manger, boire, ce jusqu’à plus soif, et pour souligner la réussite de la fête, les convives partirent, laissant après leur départ des tables encore solidement garnies.
L’intronisation du cardinal Langlois fut une belle fête.
Et quand dernier parmi les derniers, dans sa belle robe rouge, le cou ceint d’une écharpe, le cardinal voulut partir, Mgr Lafontant eut ce mot :
« Eminence, votre voiture est avancée ».
Une génération saluait l’arrivée d’une nouvelle à la tête de l’Église catholique en Haïti de la plus belle des manières.

Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter :@Frantzduval

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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