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Carnaval 2014

Sommes-nous des naïfs ?

mardi 4 mars 2014 par Administrator

Moi qui me fais des exigences, comme lecteur critique, quand il s’agit de littérature, je n’ai pourtant jamais compris pourquoi je ne me suis guère intéressé au texte des chansons. La musique n’est-elle pas son, rythme et tangage des corps ? Le texte, je l’ai toujours pris pour un prétexte. Mais quand on nous impose une chanson, partout, on finit quand même par se demander « que dit le chanteur ? ». Cela est chose courante à Port-au-Prince, car bien révolu est le temps où l’on choisissait ses propres chansons. Le chauffeur de camionnette ou l’animateur de radio le fait à votre place. Qu’importe que vous soyez amateur de jazz, de racine, de rap ou de rabòday.

C’est dans ces conditions que j’entends partout, à longueur de journée, la chanson convertie en méringue carnavalesque titrée « Ti Mamoun ». Mais, me direz-vous, faut-il qu’après avoir passé plus de quatre heures dans un embouteillage à Delmas à cause des festivités carnavalesques, avec en boucle la chanson de J-vens qui frappe sans cesse à nos tympans, faut-il, venir vous en parler en plus ?

Si le chanteur, de sa voix aigue qui ne manque pourtant pas d’arrogance, donne l’impression qu’il fait la leçon aux jeunes filles non studieuses, il n’épargne pas la gent féminine des propos malsains comme « manman volèz, limenna… ». « Ti mamoun » serait ces jeunes filles pour qui le sexe est monnaie courante, marchandise et seul héritage familial. Nul ne vous dira que cela n’existe pas. Nous sommes loin de la première chanson qui en parle. Et je ne vous en parlerai pas. Mais en dépit de tous les reproches qu’on peut faire au texte, ceci est valable pour la plupart des chansons haïtiennes, il faut admettre que nous, Haïtiens, aimons le tambour, le rythme, le rara donc le « beat » ou le « rabòday ». Le rabòday a ceci de particulier, et les amateurs de musique savante ne seront peut-être pas d’accord, qu’il nous fait penser que la vie ne doit toujours pas être prise avec sérieux. Qu’il faut danser. Se laisser aller. Bouger. S’oublier et vivre sa cadence. Et nous voilà revenu au texte considéré comme prétexte, car avant qu’un mot soit mot, c’est-à-dire, avant qu’il renvoie à une chose ou à un fait, il est son. Donc tout mot est musique. Et la musique requiert un don de soi. Voilà pourquoi ces genres de chansons rencontrent du succès chez nous. Est-ce bien dommage ? De la naïveté ? Faut-il qu’en dansant vous vous demandiez ce que vous dansez ?

Wébert Charles
webertcharles@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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