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Six mois plus tard : des conditions inhumaines qui persistent - par : Daphnée Dion-Viens, Le Soleil

lundi 19 juillet 2010 par William Toussaint

(Québec) « À l’oeil nu, peu de choses ont changé. Comme au lendemain du 12 janvier, les rues sont toujours très encombrées, jonchées de débris et de gravats. La reconstruction, on en est bien loin. »

Gotson Pierre est journaliste. Il coordonne le groupe Médialternatif à Port-au-Prince. Bien que son organisation ait pu réintégrer de nouveaux locaux au cours des derniers jours, la vie à Port-au-Prince est loin d’avoir repris son cours normal, raconte-t-il au cours d’un entretien téléphonique.

« Les gens dans les camps vivent dans des conditions inhumaines. L’espace est très réduit, il n’y a pas de service d’eau potable, les toilettes sont à ciel ouvert... La situation est toujours catastrophique. Les gens sont calmes, mais ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas frustrés. Si ça ne change pas, ça pourrait empirer. »

Six mois après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti le 12 janvier, plus d’un million de personnes vivent toujours sous des tentes qui ne résisteront pas en cas d’ouragan. La saison des cyclones approche et la pluie a commencé à tomber sur Port-au-Prince la semaine dernière, faisant craindre le pire.

« Les tentes qui ont été distribuées devaient être remplacées par des abris permanents. Mais là encore, bien peu a été fait », affirme M. Pierre.

L’immense chantier que représente la reconstruction d’Haïti n’a pas encore vraiment démarré, faute d’espace, explique Jean-Pierre Taschereau, qui a coordonné les opérations de la Croix-Rouge en Haïti. « À Port-au-Prince, le nettoyage n’avance pas vite. Le volume de débris au sol est 25 fois plus important que ceux du World Trade Center à New York », illustre-t-il.

Mais à Port-au-Prince, en raison du manque d’équipement et de camions, les travaux avancent à pas de tortue. Selon les chiffres des Nations unies, seulement 250 000 mètres cubes de débris ont été enlevés à Port-au-Prince sur 20 millions, soit à peine... 1,25% des décombres en six mois.

Opération coûteuse

Complexe sur le plan logistique, l’opération s’avère aussi coûteuse. L’ONU élabore présentement un plan qui permettrait d’enlever deux millions de mètres cubes de gravats dans les rues de Port-au-Prince en trois mois. Coût de la facture : 120 millions$.

Reste aussi à savoir où seront envoyées les millions de tonnes de débris et où seront relocalisés les sinistrés, une fois les rues nettoyées. La propriété terrienne est un problème « énorme » en Haïti, explique M. Taschereau. La relocalisation des sinistrés se fait sur une base volontaire, mais peu d’Haïtiens veulent quitter Port-au-Prince pour s’exiler dans des villes de banlieue sans service ni travail, ajoute-t-il.

Pour illustrer à quel point Port-au-Prince est une véritable fourmilière où les gens vivent entassés les uns sur les autres, M. Taschereau se livre à une petite comparaison. Lorsque la Croix-Rouge installe un camp pour sinistrés, elle octroie 45 mètres carrés par personne pour déterminer combien de gens peut accueillir le camp. Dans les quartiers populaires d’Haïti comme Cité Soleil et Martissant, les gens disposaient, avant le séisme, d’un espace vital d’à peine neuf mètres carrés.

Depuis le 12 janvier, les gens s’entassent maintenant dans des secteurs inondables, qui risquent d’être submergés par les fortes pluies à venir.

Jusqu’à maintenant, 3700 abris transitionnels ont été construits et les Nations unies espèrent que ce chiffre grimpera à 125 000 d’ici un an. Or, le séisme a fait plus de 1,3 million de sans-abri, selon les chiffres officiels. Comme au lendemain du séisme, les sinistrés dépendent toujours des organismes humanitaires pour l’eau et la nourriture. Des familles ont toutefois commencé à regagner leur maison, puisque depuis quelques semaines, des équipes d’ingénieurs sillonnent les rues de Port-au-Prince pour inspecter les bâtiments qui sont toujours debout. Mais certains refusent toujours d’y dormir la nuit, préférant les camps bondés. « La psychose est toujours là », dit Gotson Pierre.

Mécontentement

Sur le plan politique, le mécontentement populaire s’amplifie, puisque le président, René Préval, en a profité pour s’octroyer davantage de pouvoir au cours des derniers mois. L’opposition et la société civile réclament davantage d’écoute de sa part et les espoirs de renouveau s’amenuisent petit à petit. Les élections prévues à la fin novembre alimentent la suspicion.

« Selon plusieurs, le président se préoccupe beaucoup de garder le pouvoir, affirme Gotson Pierre. Malgré les beaux discours et ceux qui disent qu’il faut reconstruire Haïti sur de nouvelles bases, rien n’a changé. Et les gens commencent à se rendre compte que rien ne va changer s’ils ne se font pas entendre. Le découragement pourrait faire place à la révolte. »








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