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Samyr Laîné ou les embarras d’un champion

jeudi 22 novembre 2012 par Administrator

Samyr Laîné, l’athlète haïtien qui a été en finale des derniers Jeux olympiques en triple saut est aussi celui qui a adressé une lettre déroutante au ministre des Sports pour demander de l’aide en vue de préparer les Jeux Olympiques de Rio 2016. Interview complète avec un athlète de haut vol.

Le Nouvelliste (LN) : Harvard, Georgetown, Londres 2012… c’est beaucoup de chemin... Parlez-nous un peu de votre parcours personnel, de votre vie...

Samyr Laîné (SL) : Après mes études secondaires je suis rentré à Harvard pour étudier les politiques publiques pendant quatre ans. C’est à cette époque que j’ai fait la connaissance de Mark Zuckerberg (le concepteur de Facebook), on partageait la même chambre. Après avoir bouclé le cycle d’études, je voulais intégrer l’école de droit, mais je me suis tourné vers l’université de Texas où j’ai obtenu ma maîtrise, et j’ai eu la chance d’améliorer mes capacités en triple saut. C’est là-bas que j’ai découvert ce que c’était que d’être un athlète accompli. J’ai passé ensuite trois ans à l’école de droit, mais je n’ai jamais laissé tomber mes pratiques sportives. En 2007 j’ai fait la connaissance de mon entraîneur et cela m’a permis de me perfectionner pour les différentes compétitions, dont les Jeux Olympiques où j’ai pu représenter Haïti. Ce n’était pas la première fois que j’endossais les couleurs haïtiennes en compétition. J’ai participé quatre fois au World Championship à Berlin, Qatar, Corée et Istanbul. J’ai aussi concouru à Rio de Janeiro et dans les Caraïbes où j’ai obtenu des médailles d’or et de bronze. Mais j’ai toujours voulu poursuivre l’excellence que ce soit au niveau des études ou au niveau sportif. Je veux être le meilleur. C’est pour cela que je me concentre sur le triple saut afin d’être le numéro un mondial.

LN : Parlez-nous aussi de votre carrière d’athlète ; comment êtes-vous arrivé au sport en général et au triple saut en particulier ?

SL : J’ai essayé la course quand j’avais 12 ans, mais après un an on m’a éjecté de l’équipe parce que je n’étais pas assez bon. Je me suis donc mis au tennis pendant quatre ans, et suis plus tard retourné à la course. Mon entraîneur, à l’époque, a vu que je n’étais pas assez rapide pour cette discipline, mais a remarqué mes potentialités pour le saut ; il m’a alors orienté vers le triple saut. Mais c’est surtout quand je suis arrivé à Harvard que j’ai considéré ce sport à un autre niveau. Je me suis amélioré de jour en jour, physiquement et psychologiquement. Après mes études de droit, j’étais le septième mondial en triple saut. Alors je prends ça au sérieux, comme une carrière à part entière. J’adore ce que je fais, je voyage beaucoup, je suis un modèle pour les jeunes Haïtiens. En plus, je n’ai pas l’impression de travailler parce que je m’adonne à ce sujet avec tellement d’amour et de passion.

LN : Vous avez représenté Haïti et non les USA aux Jeux Olympiques. Etait-ce un choix tactique ou patriotique ?

SL : Définitivement patriotique ! Parce que concourir pour Haïti dans le passé m’avait fait comprendre qu’il y a beaucoup de choses que je peux faire en représentant mon pays. Nous n’avons pas beaucoup d’athlètes sur la scène internationale. Et le pays a besoin de modèles et d’inspiration, surtout les plus jeunes. Je voulais être le meilleur au monde, mais avec le nom d’Haïti écrit sur ma poitrine. Cela représente aussi une vitrine pour parler positivement du pays. Mes parents m’ont élevé comme Haïtien ; bien que je vive aux Etats-Unis d’Amérique, chez moi, nous chérissons toujours le fait d’être haïtiens.

LN : Aujourd’hui pourtant, vous faites face à des problèmes économiques et pensez même à la retraite… Regrettez-vous d’avoir fait ce choix ?

SL : Non, non, non ! Le fait par exemple de recevoir des courriels de jeunes Haïtiens me disant que je suis un modèle et une inspiration pour eux me démontre que cela vaut grandement la peine, et je continuerai de le faire tant que j’ai les moyens. Donner espoir fait toute la différence. J’ai ouvert ma fondation aux jeunes athlètes, et je le redis, j’ai fait le meilleur choix et je ne l’ai pas fait pour de l’argent.

LN : Qu’attendez-vous du gouvernement haïtien ?

SL : J’espère qu’il va donner de la valeur aux athlètes haïtiens et au sport en général. Le gouvernement d’Haïti est conscient que si aux Jeux Olympiques nous faisons bonne figure cela sera un plus pour le pays. Je sais que le pays a d’autres priorités actuellement, mais en même temps, nous les athlètes haïtiens, nous faisons partie de ceux qui aident à faire la promotion d’Haïti.

LN : Vos besoins annuels pour vous loger, manger, voyager et vous entraîner s’élèvent à environ cinquante mille (50 000) dollars, une poussière pour le budget sportif de certains pays (comme les USA), mais une somme considérable pour Haïti. Pensez-vous que le ministère haïtien des Sports va donner suite à votre requête ? Vous a-t-il déjà contacté ?

SL : Je pense que oui. Après qu’elles ont pris connaissance de la lettre, dans Le Nouvelliste notamment – lettre que j’ai écrite en privé et qu’un ami m’a conseillé de rendre publique -, les autorités concernées m’ont contacté et m’ont promis une réponse positive. Le secrétaire d’État, M. Thelusma ……, m’a appelé récemment pour me dire qu’ils travaillent sur mon dossier. Il faut dire que quand je me trouvais aux J.O. à Londres, le président de la République, M. Michel Joseph Martelly, m’avait appelé pour me supporter. Dernièrement, l’ambassadeur d’Haïti à Washington, M. Paul Altidor, a organisé une réception en mon honneur. Je pense que la volonté est là et que les autorités comprennent mes besoins en tant qu’athlète. Nous sommes dans la bonne direction. Cette subvention du gouvernement est le seul moyen pour moi de continuer la compétition.

LN : Certaines personnes ne comprennent pas qu’un diplômé d’Harvard, finaliste des Jeux Olympiques puisse se retrouver dans une telle situation. Pouvez-vous faire la lumière pour nous ? Avant les JO comment cela se passait-il ? Qui payait vos frais ?

SL  : Je reviens là encore avec l’idée d’excellence. Pour être le meilleur dans un domaine, il faut lui dévouer tout son temps et rester bien concentré. Etre athlète n’échappe pas à la règle si on veut atteindre l’excellence. Prenons par exemple Messi -sachant qu’au pays nous connaissons bien le football - : il ne fait pas de petits boulots ; être footballeur est sa profession. Certaines fois j’ai été obligé de faire des boulots à temps partiel au lieu de me concentrer sur ma carrière d’athlète. J’ai travaillé comme administrateur, comme tuteur pour enfants et autres… Je ne pourrai jamais être numéro un avec ce train de vie car mes compétiteurs ont comme métier d’être athlètes.

LN : Etre athlète est un métier à plein temps. Parlez-nous de votre préparation physique, votre entraîneur, de votre alimentation…

SL : Mon entraîneur, c’est le même depuis cinq ans. Je ne le paie pas vraiment, et il le comprend ; on se rencontre six fois par semaine ; parfois, deux fois par jour. Il entraîne ma copine également. Les exercices diffèrent selon l’entraînement. Au minimum nous travaillons trois heures par jour. C’est vraiment un travail à plein régime. Même les dimanches je fais du jogging et des étirements avant de me reposer.

Mon régime alimentaire se compose principalement d’avoine, de poulet (pour les protéines) et de salade, parce que si j’ai du sur poids je ne serai pas assez rapide et je ne pourrai pas sauter. Je fais de mon mieux pour rester mince. Je prends aussi des œufs, des purées de pois noir et des protéines en poudre. Ce n’est pas un régime trop compliqué. Je ne prends pas beaucoup de sucre, je ne bois pas de soda.

LN : Parlez-nous donc de votre copine !

SL : Nous nous sommes rencontrés sur un terrain d’entraînement… Rien de romantique ou d’extravagant (rires). Elle est aussi une athlète. Nous nous sommes entraînés pour les qualifications des Jeux de 2008. Nous ne nous étions pas qualifiés, mais nous avons trouvé l’amour. Depuis nous sommes ensemble. Elle est trinidadienne. A cette époque elle cherchait un entraîneur, et je lui ai présenté le mien. Nous nous entraînons ensemble, nous sommes motivés et ça dure depuis quatre ans. Voilà !

LN : Quel est votre type de femme ?

SL :Ma copine. Elle est parfaite. Elle est une sportive comme moi, athlétique. Elle mesure 5,9 pieds, j’en fais 6,2 ; elle est motivée, et elle aime avoir du bon temps. Elle est mon type.

LN : Est-ce que votre copine jouit d’un traitement particulier de la part du gouvernement trinidadien ?

SL : Oh, mais tout à fait. Le Trinidad est beaucoup plus riche qu’Haïti. Elle a dû se battre, mais elle jouit d’excellents avantages de son gouvernement. Son pays comprend l’importance de son travail à l’échelle mondiale.

LN : Cela lui fait quoi de vous voir dans cette impasse ?

SL : Elle est très frustrée et très triste par rapport à ma situation. Je ne peux même pas me payer une assurance santé actuellement. Cette situation chagrine beaucoup ma mère également. Cependant ma famille comprend les différentes difficultés et me supporte.

LN : Si toutefois vous devriez vous tourner vers une autre carrière ce serait laquelle ? Le droit, la formation de jeunes athlètes... ?

SL : Quand je prendrai ma retraite, je consacrerai davantage de temps à ma fondation. Aider les jeunes athlètes, les entraîner, travailler avec eux. Mais mon désir sera de pratiquer le droit au niveau sportif, comme ça je pourrai combiner mes diplômes et ma passion. Je veux rester dans le domaine sportif.

LN : Vous avez une fondation en Haïti pour les jeunes. Parlez-nous de sa mission.

SL : Eduquer les jeunes et leur donner le sport comme option. Parce que le sport est un moyen de briller et d’avoir une carrière internationale. Je veux les éclairer sur les différents sports et les aider à développer leurs différents talents. « Jump for Haiti ». J’espère que quand je prendrai ma retraite, l’un de ces jeunes dépassera mon record.

LN : Un conseil aux athlètes haïtiens d’Haïti et d’ailleurs ?

SL : Sachez ce que vous voulez et travaillez toujours à être le meilleur dans tout ce que vous entreprenez. Tout le monde à un moment ou à un autre a rencontré des obstacles, mais si votre but est assez important à vos yeux, vous allez les surmonter. N’arrêtez jamais de vous instruire, parce que, plus solides seront vos connaissances, meilleur vous serez à ce que vous faites. Certains m’avaient conseillé de m’orienter plutôt vers ma carrière d’homme de loi, mais je savais au fond de moi pourquoi je voulais faire le triple saut.

LN : On voit sur Twitter que vous aimez les belles montres, les belles voitures et les groupes musicaux haïtiens, parlez-nous de vos choix.

SL  : Mwen renmen ti konpa mwen vre ! J’adore les jolies montres parce que j’aime l’excellence ; il en va de même pour les belles voitures. Une montre faite à la main dénote tout l’effort de l’artisan. J’adore tout ce qui est luxueux. Je n’ai pas encore les moyens de m’offrir quelque chose du genre, mais je suis motivé à travailler dur pour les avoir dans le futur. Pour la musique, j’adore le compas et je sais danser. Mon groupe préféré est Carimi. Lors d’un concert où les musiciens portaient mon maillot, ils m’ont invité sur scène, cela a été un grand moment. Il faut dire aussi que certains artistes (et groupees) haïtiens m’ont démontré leur support et leur affection lors des JO, comme Carimi, Mikaben, J-Perry et d’autres. J’ai écouté « Dekole » de J-Perry avant chaque compétition, cela a été une bonne motivation. J’adore la musique haïtienne et un jour, je serai peut-être dans une vidéo (rires).

LN : Vous avez beaucoup voyagé. Quels sont vos endroits préférés ?

SL : Paris, la côte sud d’Haïti au bord de la plage, New York City, la Grèce, le Brésil, Shangai, Barcelone. Pour ma lune de miel j’aimerais que ce soit un endroit que je n’ai pas encore visité, comme Tahiti ou le sud de la France si c’est en été.

LN  : Y aurait-il mariage à l’horizon ?

SL : Se marier demande de l’argent, en particulier pour la cérémonie. Et vivre à deux requiert une stabilité économique. Je ne suis pas encore prêt.

LN : Quels sont vos plats préférés ?

SL : Les légumes, le délicieux riz noir et les bananes pesées de ma mère. Mais j’adore la pizza. Je ne cuisine pas beaucoup, mais vu mon régime, c’est facile de cuisiner. J’adore les « graten diri ». J’espère que mon dentiste ne lit pas l’entrevue.

LN : Quels sont vos sportifs et sports préférés ?

SL : Pour les sports j’aime le triple saut, bien sûr, le football américain, le football régulier, la course et le basket-ball. Mon sportif préféré est Sylvio Cator, parce que premièrement il faisait le saut en longueur qui est proche du triple saut, deuxièmement il a été le dernier à remporter une médaille pour Haïti. On m’a dit aussi qu’il était un avocat et cela nous rapproche encore plus. Pour moi, il est une inspiration et un modèle, mais je veux être meilleur que lui. Il a offert au pays une médaille d’argent, moi je veux lui donner une médaille d’or.








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