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Relance de la production caféière : Les producteurs y croient encore, mais l’Etat doit faire plus...

mardi 22 octobre 2013 par Administrator

Autrefois pilier de l’économie nationale, la production caféière haïtienne est depuis des décennies en chute libre. Pour preuve, elle est passée de 740 000 en 1955 à moins de 500 000 sacs de 60 kg aujourd’hui. Mais loin de baisser les bras, les producteurs continuent de croire en une éventuelle relance de la production caféière haïtienne.

Encore florissant dans les hauteurs de Fonds-Baptiste dans le département de l’Ouest, sur la chaîne des Matheux, à Thiotte dans le Sud-Est et à Beaumont dans la Grande-Anse, le café haïtien connaît pourtant une très mauvaise passe. Presque abandonnée par les autorités étatiques, la production est même menacée, avertissent des producteurs amers. Elle n’a cessé de chuter depuis plusieurs décennies avec, pour conséquence, la baisse des précieuses devises qu’elle rapporte au pays chaque année.

« Des 500 000 sacs de 60 kg de café produits en Haïti aujourd’hui, 65% sont localement consommés, environ 30 000 sacs sont officiellement exportés et plus de 100 000 sacs traversent illégalement la frontière haïtiano-dominicaine », détaille l’agronome Jobert Angrand , coordonnateur exécutif de l’Institut national du café d’Haïti (INCAH), un organisme autonome du ministère de l’Agriculture créé par arrêté présidentiel en 2003.

Les causes de la baisse de la production du café haïtien sont multiples. Et complexes. « Les vergers vieillissent, souligne M. Angrand. Normalement, le caféier devrait être régénéré tous les 15 ans alors que chez nous, on retrouve des caféiers de plus de 60 ans ! Les gouvernements se sont succédé et ont fait fi des plantations. »

« Au vieillissement des plantations s’ajoute celui des producteurs », enchaîne Lavalette Sainvil, coordonnateur de la Plateforme nationale des producteurs de café d’Haïti (PNPCH), un syndicat de producteurs actifs dans six des principales régions caféières du pays. La plupart des jeunes, fils de planteurs, ont migré en ville ou vers d’autres pays. Et comme il y a peu de succession, c’est normal qu’on soit arrivé à la situation actuelle. »

De plus, le café haïtien est depuis quelque temps attaqué par la rouille, une maladie qui fait diminuer encore les rendements. « Présente au pays depuis les années 80, cette maladie est devenue endémique en 2011 et menace gravement le Typica Arabica qui représente près de 90% du café haïtien », explique le coordonnateur de l’INCAH. La seule solution envisageable pour l’instant, dit-il, c’est de diversifier les espèces tout en appliquant des fongicides sur les plantations infectées. Mais encore faut-il qu’on ait les moyens...

Fonds-Baptiste, une zone du département de l’Ouest où la culture du café est pratiquée, illustre bien la situation de la production caféière dans le pays. Les potentialités de la zone sont sous-exploitées. « Livrés à eux-mêmes, les agriculteurs rechignent à cultiver le café vu qu’on ne le récolte qu’une fois l’an, contrairement à certaines légumineuses qui arrivent à maturité à chaque trois mois, sans compter qu’un caféier met quatre ans avant de donner sa première récolte », explique Fanès D’Haïti, un technicien agricole de la zone.

« Le dernier projet de développement du café à Fonds-Baptiste remonte à l’automne 1994, rappelle Joanès Dorsainvil, un planteur dans la cinquantaine. Si nous avons encore du café à commercialiser, c’est grâce à notre ténacité ». Pour revitaliser la culture du café à Fonds-Baptiste, il appelle à une subvention de l’Etat haïtien.

« Un investissement dans le café serait à la fois bon pour l’économie et pour l’environnement du pays », croit dur comme fer Fanès D’Haïti. Non seulement le café peut permettre aux planteurs d’empocher de l’argent, mais il faut aussi prendre en compte que cette culture ne croît qu’à l’ombre des grands arbres. « Ainsi, favoriser la culture du café serait comme une invitation à reboiser le pays », argumente-t-il.

Relancer la production caféière, c’est justement la mission de l’Institut national du café d’Haïti, créé en 2003. Mais les moyens pour y arriver font défaut. Les 4 à 5 millions de gourdes qui lui sont annuellement allouées ne sont pas à la mesure des besoins. Ceux-ci dépassent largement son maigre budget. Ainsi, seulement pour lutter contre la rouille, les responsables de l’INCAH disent avoir besoin de 300 millions de gourdes...

Lors d’une rencontre, début septembre à Beaumont - l’un des bastions du café dans le pays -, les responsables de l’institution ont soumis leur cahier de charges au président de la République Michel Martelly. En plus des 300 millions de gourdes pour lutter contre la rouille, ils ont réclamé la modification du décret de 2003 créant l’INCAH afin qu’il puisse bénéficier de fonds du Trésor public pour mieux accomplir sa mission et investir dans des activités de marketing, de recherche et de traitement du café. Ils ont également exigé d’autres mesures comme l’interdiction du commerce hors norme du café à la frontière et l’aménagement d’infrastructures dans les régions productrices. Permettre aux producteurs d’accéder au crédit et les aider à entreprendre des coopérations bilatérales et multilatérales pour pouvoir écouler leurs produits figurait aussi parmi les autres mesures exigées par les responsables de l’INCAH pour refaire d’Haïti une grande productrice de café.

Pour y parvenir, il faudra que l’Etat haïtien se ressaisisse, lui qui, en 1986, a laissé tomber l’imposition de toute taxe directe à l’exportation sur le café. « A l’heure actuelle, ce sont les torréfacteurs qui mènent le bal, soupire un petit producteur. Ils achètent le café à un prix dérisoire pour les revendre à un prix exorbitant sur le marché international. Les producteurs, eux, n’ont presque rien. »

Jean Pharès JEROME

pjerome@lenouvelliste.com

Cet article est réalisé dans le cadre du projet de développement international d’un centre de recherche, intitulé « Economie de la connaissance caribéenne : supporter les nouveaux mécanismes de communication pour encourager la recherche, comprendre les politiques de développement et plaidoyer dans les Caraïbes mis en oeuvre par Panos Caraïbes de concert avec le Centre de recherche de développement international (CRDI).








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