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Reconstruction d’Haïti - Incohérence, déficit de leadership et stagnation… Le Sénat américain dénonce - par : Patrick Réma, Le Matin du 25 juin au 1er juillet 2010

jeudi 1er juillet 2010 par William Toussaint

Si aucun progrès significatif n’est jusqu’à présent enregistré dans le processus de la reconstruction
d’Haïti, c’est le manque de leadership du président de la République qui en est la cause, selon
le tout dernier rapport du Sénat américain sur Haïti. Les Américains dénoncent le laxisme
du gouvernement dans la mise en oeuvre des programmes de développement et le déficit de communication
qui caractérise les rapports de ce gouvernement avec la population haïtienne. Ils
soulignent également un manque de cohérence dans les actions des organisations internationales
qui s’impliquent dans le dossier de la reconstruction d’Haïti.

Dans son dernier rapport sur Haïti, la commission des Relations étrangères du Sénat américain a, une nouvelle fois, en moins deux semaines, épinglé l’administration Préval/Bellerive. Mais ce coup-ci, c’est le bureau du sénateur John Kerry, président de cette commission, qui s’en est chargé. Publié en début de semaine, ce rapport dénonce un certain laxisme du gouvernement à démarrer le processus de la reconstruction du pays, cinq mois après le tremblement de terre du 12 janvier. Les enquêtes sur le terrain révèlent une stagnation dans les conditions de vie de la population sinistrée, malgré le début de la saison cyclonique et des ouragans.

D’après ce rapport co- signé par 20 sénateurs américains, cet état de fait résulte d’un manque de leadership du président de la République, René Préval. Depuis le 12 janvier, la capacité du chef de l’État à prendre des initiatives a été mise en doute. Ce rapport ne vient donc qu’ajouter aux tonnes de critiques dont est la cible René Préval depuis le séisme, critiques qu’expliqueraient les réponses inadéquates apportées aux besoins de la population victime.

En effet, pas grand-chose n’a changé depuis le séisme. Le déplacement de la population sinistrée dans des camps aménagés à cet effet est stoppé en cours de route. Ce qui fait qu’un des premiers objectifs que s’était fixés le gouvernement, à savoir le déplacement des sinistrés, n’a justement pas été atteint. Les places publiques, certaines rues de la capitale, certains terrains privés sont toujours bondés de tentes de fortune pour la plupart. Et que dire des décombres des bâtiments effondrés ! Ils occupent toujours les chaussées.

Un tel tableau, selon plusieurs leaders d’organisations sociales, justifie parfaitement bien la préoccupation des sénateurs américains quant à la reconstruction d’Haïti. Toutefois, le Premier ministre Jean-Max Bellerive a un point de vue totalement différent. Répondant à ces critiques, il a avancé que le gouvernement travaille très dur dans les coulisses pour assurer la reconstruction.
Le chef du gouvernement a renvoyé la balle aux législateurs américains, en qualifiant d’injuste leur position alors que le Sénat américain n’a pas encore approuvé les fonds que la secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton a promis à Haïti lors de la conférence des donateurs en mars dernier.

Les sénateurs proposent aussi des pistes d’intervention Préoccupations et inquiétudes imprègnent le rapport des sénateurs américains. Ils se montrent conscients des difficultés auxquelles le gouvernement fait face après la destruction des infrastructures du pays et la perte de nombreux cadres pendant le séisme ; mais ils croient nécessaire que tout soit fait pour rassurer les Haïtiens que la reconstruction d’Haïti n’est pas un voeu pieux.

De même, ils estiment que les donateurs ont besoin d’un interlocuteur viable, capable de piloter convenablement les activités de reconstruction. Pour cela, la fonction publique haïtienne doit être reconstruite. « Presque tous les bâtiments des ministères ont été endommagés ou détruits en raison de leur proximité à l’épicentre du tremblement de terre, tuant un nombre énorme de fonctionnaires et brisant la colonne vertébrale du gouvernement haïtien », lit-on dans le rapport qui recommande que la stabilisation du secteur public soit une priorité.

La reconstruction ne doit pas être seulement l’affaire du gouvernement. Sur ce point, le Sénat américain est ferme.

Tandis que plusieurs comptent sur le gouvernement pour fournir des conseils et la direction pour la reconstruction, il est également important que la société civile haïtienne et d’autres acteurs de la société mettent les mains à la pâte. « La reconstruction du pays ne devrait pas être politisée, mais devrait être un processus inclusif pour la construction d’une société fonctionnelle, égale et responsable. Le gouvernement haïtien doit embrasser la société civile, les organisations non gouvernementales haïtiennes et le secteur privé », recommande la commission des Relations étrangères du Sénat américain.
Tous ces efforts doivent aussi inclure des solutions pour déplacer des personnes sinistrées qui se trouvent actuellement dans des camps de fortune. « Les Haïtiens, plus longtemps qu’ils continuent à vivre dans des camps de fortune, plus difficile on pourra les réintégrer et démonter ces camps », souligne le rapport.

« Si ces camps ne sont pas confrontés à de graves actes d’insécurité, c’est parce que leurs occupants gardent l’espoir dans un avenir meilleur. Et cet espoir se dissipe, et que le désespoir survient, il faut s’attendre à une situation d’insécurité qui sera très difficile à gérer », préviennent les sénateurs.

D’un autre côté, les sénateurs américains estiment nécessaire que les donateurs parlent d’une même voix et améliorent la coordination de leurs actions en faveur d’Haïti. « Il y a trop de fragmentations dans la communauté des donateurs et trop de désaccords », note le rapport, en mentionnant que le président Préval reçoit des messages contradictoires sur des questions importantes, menant ainsi à la confusion. Sur ce point, les législateurs américains appellent la communauté des donateurs a parlé d’une voix unifiée et cohérente pour représenter ses intérêts et prendre des décisions nécessaires pour faire avancer le processus. Plusieurs reconnaissent que le Représentant spécial de l’Onu, l’ancien président Bill Clinton, peut-être dans la meilleure position pour assumer ce rôle. Ils avancent que la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) représente peut-être la meilleure perspective du pays en ce sens. Les dés sont donc jetés. Au gouvernement d’assumer ses responsabilités.

patrickrema@yahoo.fr


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1er juillet 2010
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