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Pour une politique de Jeunesse en 2009 ? — Par : Gary BODEAU

dimanche 4 janvier 2009 par William Toussaint

Pour une politique de Jeunesse en 2009 ? - Par : Gary BODEAU

L’année 2008 a été marquée par les émeutes de la faim ayant conduit au départ de Jacques Edouard ALEXIS, le drame de Nérette et surtout par la mobilisation des Jeunes pour leur intégration sociale, économique et politique. Ainsi, cette réflexion s’articule autour de notre détermination de questionner l’Etat haïtien du point de vue de sa volonté de favoriser l’avènement d’une politique de jeunesse. A notre connaissance, il n’existe aucune politique publique qui faciliterait l’autonomisation de cette frange de la société. Le Ministère de la Jeunesse des Sports et de l’Action Civique (M.J.S.A.C), en tant qu’institution étatique directement concernée, ne dispose que d’une infime proportion des recettes de l’Etat (0.15%) qui ne lui permet nullement de définir et d’appliquer une politique transversale de l’intégration de la jeunesse.

Selon les statistiques disponibles, les jeunes représentent plus de 60% de la population haïtienne ; ce qui nous donne un avantage considérable par rapport à d’autres pays dont le taux élevé de vieillissement de la population constitue un des principaux handicaps à leur évolution. Alors que nous disposons de cette source intarissable qui ne demande qu’à être utilisée, nous ne faisons rien. Quand allons-nous réellement considérer nos jeunes comme des citoyens (ennes) à part entière, capables de contribuer au développement du pays ? Combien économiserait l’Etat haïtien s’il parvenait à mobiliser nos écoliers (ères), nos étudiants (tes), nos ouvriers (ières) dans des campagnes de vaccination, d’alphabétisation, de reboisement, de recensement de la population et surtout dans l’observation et la surveillance électorales ? Mais, de telles initiatives nécessiteraient la mise en place d’une véritable politique publique de la jeunesse où les jeunes se sentiraient solidairement responsables de l’avenir du pays et ainsi participeraient à sa construction à travers un projet commun reflétant notre fierté et notre dignité de peuple.

N’est-il pas venu le temps de penser à ces milliers d’enfants qui n’ont pas encore atteint l’adolescence mais qui sont obligés de travailler dans les conditions les plus honteuses afin de satisfaire leurs besoins élémentaires ? Comment faire des projections heureuses quand ces jeunes qui symbolisent l’avenir du pays ne vont pas à l’école, logent les rues, les places publiques, se droguent et s’adonnent, au su et au vu de tous, à la prostitution et à la criminalité ? Ne relève-t-il pas de la responsabilité de l’Etat de construire des centres d’accueil et des écoles de métiers adaptés pour pallier à ces problèmes constituant une épée de Damoclès assombrissant le futur ? Quand allons-nous adresser sérieusement le problème des milliers de jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année avec la certitude qu’ils vont grossir les rangs des chômeurs ?

Ces préoccupations nous amènent à croire que l’option entrepreneuriale serait la solution la plus envisageable à court et moyen termes puisque nous ne disposons pas de moyens pour générer suffisamment d’emplois. Comme l’a suggéré M. Marc L. BAZIN, dans un article publié le 25 Avril 2008 dans les colonnes du Nouvelliste, nous devons voter une loi apte à déterminer les grandes orientations de la politique publique de la jeunesse et à créer, en même temps, un Fonds d’Initiatives pour les Jeunes (FIJ) auquel serait octroyé une part du budget national. Ce serait là une opportunité pour nos jeunes entrepreneurs de montrer leur capacité d’innovation et leur créativité en devenant des pourvoyeurs d’emplois et des acteurs de changement. Dans une perspective de développement humain durable, il est nécessaire d’améliorer la qualité de la vie professionnelle, d’encourager une vraie réforme de l’enseignement supérieur (Universités, Ecoles professionnelles) , d’introduire les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) dans nos écoles dans le but de doter le pays de cadres qualifiés et compétitifs.

Pour combler valablement les attentes des jeunes inquiets par rapport à leur futur, il est impératif d’engager la société dans une dynamique de la relève et de développer chez les jeunes des valeurs et aptitudes leur permettant d’être à la hauteur de nos aspirations. Seul, le gouvernement ne pourra pas relever tous les défis. De ce fait, nous lui demandons de créer les conditions politiques favorables à l’intégration des jeunes. Une évaluation et une nouvelle orientation du Ministère de la Jeunesse des Sports et de l’Action Civique s’avèrent indispensables pour placer les jeunes au cœur de l’action gouvernementale. Cette institution rénovée aura pour mission de travailler avec d’autres partenaires, dont les associations de jeunes afin d’élaborer le premier document national de politique publique de la jeunesse. Pour consolider cette initiative, des forums régionaux doivent être organisés à travers nos dix départements pour valider et débattre des mécanismes à utiliser pour l’opérationnalisation de cette politique. Cette dernière comportera, outre les considérations du secteur public, une ouverture vers d’autres secteurs afin que notre engagement citoyen pour une société solidaire et inclusive puisse s’y refléter.

Ce combat pour l’intégration de la jeunesse représente l’occasion pour nos élites de se démarquer des querelles de chapelles afin de poser les vrais problèmes de notre mère patrie. Nous ne saurions passer sous silence la place importante que Madame PIERRE-LOUIS a accordée aux jeunes dans l’énoncé de sa déclaration de politique générale. Cependant, la formation de son gouvernement ne reflète nullement la volonté de la jeunesse de participer à la gestion de la chose publique. En ce qui concerne le président René Préval, nous lui demandons de tenir ses promesses envers les organisations de jeunes avec lesquelles il a fait sept (7) séances de travail au palais national en vue de trouver des éléments de solution pour la mise en place d’une structure devant faciliter la création d’une politique publique de jeunesse. Car, nous ne pensons pas que manifester dans les rues soit la meilleure façon de résoudre nos problèmes. Aujourd’hui, la nécessité pour la société haïtienne de donner à la jeunesse les moyens adéquats d’influencer son avenir constitue le véritable débat à encourager ; sans minimiser l’importance des discussions sur le contrat social, sur la conférence nationale ou sur le dialogue national. Pour reprendre, ce proverbe chinois, « La récolte de toute l’année dépend du printemps où se font les semailles ».

Gary BODEAU

Etudiant à la Faculté d’Ethnologie

Département de Psychologie

E-mail : garybodeau@hotmail. com

Tél. : (509) 39229743








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