CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com
Cariès/Rénovation d’instrument public

Plage publique : le gouvernement veut rassurer les sceptiques

lundi 24 mars 2014 par Administrator

La plage publique de Cariès n’est plus ce qu’elle était dans le temps. Il ne reste que son squelette, source de revenu de centaines de familles, site de loisirs d’innombrables petites bourses qui revendiquent le droit à la mer et au soleil. Le gouvernement, face à des manifestations populaires, tente aujourd’hui de rassurer sur son intention de rénover et non de privatiser ce site de 9 hectares

Sur la route nationale numéro 1, entre Kaliko et Wahoo bay, on trouve la « plage publique ». L’entrée ne paie pas de mine. A quelques mètres d’un petit magasin qui vend des costumes de bain, des détritus sont abandonnés sur la chaussée, malgré l’installation d’une benne à ordures. Presque en face d’un vieux tourniquet déglingué, à l’ombre d’une cabane sévèrement abîmée par le séisme du 12 janvier, un vigile un peu frêle filtre les admissions.

Le décodage de lettres encore lisibles gravées sur un muret lézardé confirme que l’Haïtien paie 50 gourdes et l’étranger 2 dollars us. A quelques dizaines de centimètres au-dessus, sur du bristol collé avec des bouts de tissus adhésif, un message : « Moun Akayè di plaj la pap separe ni divize ».

Il y a un malaise. C’est certain. Au front de mer, entre un ramassis de tréteaux, de tables et des bâtiments fissurés, on crache sa colère. Les esprits s’échauffent. Le président Michel Martelly, hier chouchou de quelques jeunes hommes du coin, est raillé. On accuse des chefs de vouloir mettre la main sur ces quelque 9 hectares. Laurent Lamothe, Olivier Martelly, Marie Denise Duvalier sont dans le viseur. Vérité ou délire, les gens ont leurs certitudes à eux. Ici, affirme l’un d’eux, "lafimen pa leve san dife".

Les nerfs sont à fleur de peau.Les conditions objectives ayant entraîné en début de semaine l’obstruction de la nationale no 1 par des habitants inquiets pour leur avenir semblent persister. Quelques-uns, inquiets, comme Roselaine Destinoble, évoquent l’importance de la plage publique, lieu d’écoulement des produits de la pêche et de la terre. « C’est la vie des gens d’ici », illustre cette vendeuse de boissons, mère de deux enfants qu’elle élève seule. « Nous n’avons pas de président, c’est la plage notre président », poursuit-elle qui attend la tenue d’une réunion fixée à 2 heures entre des membres de la population et des autorités. « Je ne veux pas que l’on ferme la plage », confie Roselaine Destinoble sous les yeux d’un jeune homme, qui tance.

« Ceux qui veulent privatiser la plage sont contre le peuple. Nous n’avons pas 20 dollars us pour aller dans les autres plages de la Côte-des-Arcadins », jette-t-il, alors qu’un homme, passablement éméché-chante « Desalin leve, Desalin leve ». On hurle. Darrow Saintilomon, étudiant à l’UEH, précise que contrairement à ce qu’ont affirmé les autorités dans la presse, « les revendications de la population n’avaient rien de politique ».

Il y a, explique-t-il, un problème de communication et des causes légitimes de suspicion. Des marchands sont sur le qui-vive depuis le passage de techniciens ayant fait des relevés topographiques assimilés à un arpentage par la population. Après, des gens ont dit qu’à un certain moment, les marchandes ne pourraient plus revenir sur la plage, détaille Saintilmon.

L’annonce de rénovation de la plage, sans les détails sur les modalités, suscite des préoccupations, affirme Michel Wiberson. En outre, le timing pose problème. « On ne peut pas parler de rénovation à l’approche de l’été, période au cours de laquelle le taux de fréquentation est le plus élevé pendant l’année. La rentrée scolaire dépend de cette période dont le clou est le festival organisé par Gabo », explique-t-il, croyant en revanche nécessaire de rénover ce site aménagé en 1998 pendant le premier mandat du président René Préval.

« Réparation oui. Mais avec la population. Sans fermeture », avance Joseph Feguens, disposé à intégrer l’un des comités chargés de discuter avec les représentants du pouvoir public. Entre-temps, sous des cocotiers immobiles, la foule grossit. L’attente des autorités devient nerveuse. Vers 3heures 43, le député de l’Arcahaie, Jean Dany Duvert, arrive. Il est conspué. Il confie, pendant quelques minutes de répit, « qu’il n’y a pas l’ombre d’un plan de privatisation de la plage publique ». « Après la clarification des ministères de la Jeunesse et des Sports, de la Planification, je pensais que les suspicions étaient dissipées », confie l’élu dont la cote de popularité ici semble avoir chuté.

Comme le député, l’envoyé spécial du MJSAC, Gérard Mathieu Junior, a démenti ce qu’il appelle « les rumeurs sur la vente de la plage publique ». Il souligne que c’est la position du gouvernement exprimée dans la note du 17 mars qu’il réaffirme. La plage ne peut pas rester dans cet état. Les travaux de rénovation se feront avec la participation des marchands et des usagers de la plage, indique-t-il. Une fois définies, les modalités seront communiquées.

Gérard Mathieu Junior souligne que les activités se poursuivront par secteur pendant les travaux de rénovation pour permettre la poursuite des activités sur le site. « Continuez vos activités sur la plage », lance l’envoyé spécial à un auditoire partagé entre soulagement et scepticisme. Pour Maurisson Pierre Gabriel, il faut attendre et prendre au mot les responsables et surtout éviter les casses.

« Ce sont des paroles adoucissantes. Rien de plus », affirme Joseph Antoine, qui fait partie de ceux qui grognent. De ceux qui sont prêts à se battre avec la puissance publique pour le squelette encore rentable de la plage publique. Un nouveau dossier, une nouvelle épine au pied de ce gouvernement en mal d’absolution pour ses péchés de communication.

Roberson Alphonse

Voir en ligne : Le Nouvelliste







Accueil | Plan du site | info visites 321063

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site NOUVELLES D’HAITI  Suivre la vie du site Revue de la Presse en Haiti   Politique de publication

Haitimonde Network