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Petite école, grand service rendu

lundi 27 janvier 2014 par Administrator

Voir des enfants et adolescents grandir sans aller à l’école a interpellé un groupe de jeunes qui travaillaient à Platon, localité de Grand Boucan, troisième section communale de Mirebalais. En 2007, ils ont ouvert une petite école avec une cinquantaine d’enfants. L’école, qui fonctionnait au départ dans un temple religieux, est aujourd’hui logée dans un long hangar. Les conditions de travail restent toujours très déplorables… mais que de services rendus à quelque 200 enfants de cette communauté !

La plupart d’entre eux travaillaient à la Téléco (Télécommunications d’Haïti), devenue Natcom. Rony Pierre-Louis a même passé…huit jours sous les décombres de l’ancien imposant immeuble de l’angle de la rue Pavée et de la Grand-Rue. Le coordonnateur de l’Action pour le développement et l’intégration des jeunes (ADIJH) a perdu trois doigts après avoir été tiré des décombres. Aujourd’hui, il passe son temps entre Port-au-Prince et le bas Plateau central où il exerce ses activités. Outre son émission à caractère social dans sa radio à Mirebalais, il motive les six enseignants de l’école communautaire de Platon qui travaillent avec quelque 200 écoliers.

C’est la seule école de la localité. En 2006, des jeunes, travaillant comme agents de santé dans la localité, ont découvert que beaucoup d’enfants et d’adolescents ne pouvaient pas aller à l’école. « Cela nous a touchés et nous avons cherché un espace pour mettre sur pied une école, explique Junior Jérôme, membre du groupe. Nous avons finalement trouvé un temple religieux et l’aventure a débuté avec une cinquantaine d’enfants. »

Au départ, les écoliers payaient 150 gourdes par année afin de pouvoir acheter quelque matériel. Après deux années, les responsables ne voulaient plus accorder l’église. « Nous avons dû affermer un espace à 12 500 gourdes par année, confie Jérôme. Parfois, nous ne pouvions même pas payer. Nous avons essuyé beaucoup de déceptions mais les difficultés ne nous découragent pas. »

Sept ans après, les responsables ont finalement fait l’acquisition d’un terrain sur lequel ils ont aménagé des hangars recouverts de bâches. Même s’ils ont intégré le programme de scolarisation universelle du gouvernement, les conditions de travail restent très désastreuses avec des bancs soutenus par des pierres, des tableaux délabrés…

« Certains de nos amis qui nous aidaient au départ à donner une compensation aux enseignants ont perdu leur emploi après le séisme ou ont été tués lors du cataclysme, confie Rony Pierre-Louis. Les conditions de travail sont vraiment lamentables, mais nous estimons que nous entreprenons une initiative citoyenne. »

Pour ce rescapé du séisme, le peu qu’on puisse faire pour aider quelqu’un en difficulté, on doit le faire. « Je ne rends pas l’Etat responsable de tous les maux du pays, poursuit-il. Je crois que chaque Haïtien a sa pierre à apporter dans la construction du pays. La transformation d’une société passe par l’éducation et j’avais trouvé révoltant de voir des enfants en âge scolaire rester chez eux alors que j’avais un fils qui fréquentait à cette époque l’une des meilleures écoles du pays. On ne sait pas où seraient ces enfants aujourd’hui et ce qu’ils deviendront demain. »

La communauté indifférente…

Malgré la volonté affichée par les membres de l’organisation – qui ne sont pas de Mirebalais – pour construire une école au profit de la communauté, les habitants ne se montrent pas trop interessés. « Il n’était pas facile de se faire accepter et jusqu’à aujourd’hui c’est toujours compliqué d’expliquer l’importance de l’école pour la localité, affirme Junior Jérôme. La communauté n’est pas très active dans nos initiatives. Certains pensent que nous sommes financés par une quelconque ONG. »

De son côté, Jocelyn Florival, directeur de l’école, n’apprécie pas toujours l’attitude de certains parents. « Chaque jeudi, l’école est paralysée, dit-il. Beaucoup de parents emmènent avec eux leurs enfants au marché. Nous sommes obligés de les sensibiliser à l’importance de l’école. Ces derniers mois, il y a moins d’élèves qui vont au marché. »

Liliane Ricot, 46 ans, déplore aussi l’attitude de certains parents. Pour cette femme de plus de 20 ans d’expérience dans l’enseignement et qui travaille avec les enfants du préscolaire, les conditions de travail sont difficiles. « Les parents ne sont pas vraiment soucieux de leurs enfants, critique-t-elle. Les enfants n’ont pas de matériel didactique pour faciliter le travail. On essaie de faire de son mieux avec les moyens du bord. »

Jean Bertomier, qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école, comprend pourtant l’importance de l’éducation et admet, lui aussi, que les conditions ne sont pas réunies pour un meilleur apprentissage. « Je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école, mais tous mes sept enfants sont formés et certains d’entre eux ont terminé leurs études et gagnent leur vie, déclare ce père de sept enfants, qui ne se rappelle pas son âge ni celui de son fils qui fréquente l’école. Cette école est importante pour la communauté, mais elle fait face à de sérieux problèmes pour son bon fonctionnement. »

Malgré les visites de quelques organisations qui ont distribué du matériel scolaire aux enfants, l’école reste et demeure... ce qu’elle est. A quelque 45 minutes de Port-au-Prince.
Valéry Daudier
vdaudier@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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