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Ouanaminthe debout pour la construction de l’École Saint-François Xavier

mardi 22 mai 2012 par Administrator

Belle initiative que celle de la ville de Ouanaminthe, qui décide de marcher ce 20 mai pour collecter des fonds en vue de la réhabilitation de l’École Saint-Francois Xavier, une des plus prestigieuses institutions scolaires du pays. Quand l’État se démet de toutes ses responsabilités et que les ONG adoptent une attitude hautaine et dédaigneuse pour les miettes qu’elles accordent, il est réconfortant de savoir que les communautés, dans un souci de dignité collective, relèvent la tête et prennent en main leurs destinées.

Dans l’Haïti des ONG et de l’éducation primaire gratuite, une école se bat pour sa survie. Elle n’aurait pas dû se trouver dans cette situation de précarité où toute une communauté s’inquiète de son devenir. Elle a pris ses marques dès l’année 1927 et continue de faire ses preuves, en se plaçant parmi les plus prestigieuses institutions scolaires du pays. Cependant, une République iconoclaste et amnésique a décidé d’ignorer cette institution qui appartient au patrimoine intellectuel et historique de notre pays.

Nous parlons d’un établissement qui a passé avec succès les épreuves du temps, qui a accueilli un événement historique d’importance : la rencontre en 1933 des présidents haïtien et dominicain, Sténio Vincent et Raphael Leonidas Trujillo y Molina, pour la finalisation de l’Accord sur le tracé de la frontière, un creuset où des intellectuels de valeur, des hommes politiques, des prêtres, des chercheurs, des écrivains, des professionnels de renom, des artistes, des scientifiques qualifiés ont commencé une éducation qui leur a permis plus tard d’entrer dans la gloire. Nous parlons de l’École Saint-François Xavier de Ouanaminthe, œuvre des Frères de l’Instruction chrétienne.

Cette belle aventure humaine, intellectuelle et spirituelle a commencé au milieu des années 1920. Ouanaminthe était alors un coin perdu sur la carte du pays, un petit bourg de quelques milliers d’âmes, situé en plein cœur d’une zone rurale, sur une frontière encore mal tracée et mal définie, point éloigné de la capitale, souvent coupé des autres régions du pays à la saison des pluies. La délégation venue de Port-au-Prince pour juger de la faisabilité de la fondation d’un établissement FIC dans la région a rencontré au bout d’un long supplice de 327 kilomètres un maire énergique et décidé, soucieux du bien-être de ses concitoyens et citoyen exemplaire. En moins de trois heures, le maire Richard Elie avait trouvé un terrain pour ériger les constructions. Le généreux donateur est Hellénus Jacques, un fils authentique de la cité de Davilmar Théodore, un vrai humaniste viscéralement attaché au sol natal. À Richard Elie, venu le consulter sur les conditions de cession d’un terrain lui appartenant, il répondit : « Magistrat, je n’ai pas de terrain. C’est celui de la communauté. Je le donne pour l’éducation de nos enfants. Je vais signer immédiatement un acte de donation. » En automne de l’année 1927, les Frères de l’Instruction chrétienne ont ouvert les premières salles de classe de l’École Saint-François Xavier.

Depuis, l’histoire de cette ville se confond avec celle de cette institution. Des années d’un succès régulier ont fait de cet établissement une référence éducative sûre, une fierté pour la commune et le département. Cependant, les ans ont laissé leur trace sur ce charmant édifice qui ne pouvait plus répondre aux demandes d’une population dont la courbe démographique a explosé au début des années quatre-vingt-dix. La pression communautaire s’est faite plus forte sur l’École, qui a dû modifier sa politique d’admission après quatre-vingts ans de fonctionnement. En 2007, à la demande de l’Amicale des anciens des Frères de Ouanaminthe, une ONG internationale qui travaille dans la protection de l’enfance a accepté de financer le projet de réhabilitation et de modernisation de l’établissement. En retour, les Frères ont décidé de doubler les capacités d’accueil de l’établissement et de créer un 3e cycle de l’École fondamentale. Cependant, cette ONG n’a pas tenu ces promesses, nous laissant dans une situation difficile. Elle a bien commencé les travaux. Mais, comme elle l’a fait pour plusieurs autres institutions dans le département du Nord-Est, elle nous a laissés en plan, arguant, entre autres, des difficultés à réunir le montant disponible avant de couper complètement les ponts avec l’École suite à des échanges plutôt vifs avec l’Amicale des anciens. Comme ces derniers protestaient auprès de la direction de l’ONG, celle-ci a exigé, du haut de sa superbe, des excuses publiques avant d’examiner toute possibilité de continuer les travaux.

La communauté a ressenti cette affaire comme une gifle et a décidé de ramasser ce gant que lui ont jeté les vrais maîtres du pays. Dans l’Haïti des ONG, une communauté a décidé de prendre son destin et celui de ses enfants en main. Elle a déjà commencé à cotiser pour construire son école. Aujourd’hui, elle va marcher avec le Frère-Directeur Milo Frédérique pour réunir les fonds nécessaires à ce projet. Le 20 mai 2012, Ouanaminthe donne rendez-vous pour une marche de 25 kilomètres jusqu’à la commune de Capotille. Les Frères, les parents, les enseignants, les anciens, plusieurs personnalités de la ville et du pays, dont le maire de la commune, Rony Pierre, vont marcher pour l’École Saint-François Xavier. Cette marche est l’occasion pour tous de contribuer financièrement au projet en parrainant un marcheur. C’est ce nouveau défi que la commune de Ouanaminthe, dynamique et fière, s’apprête à relever.

Car la communauté ouanaminthaise n’a pas oublié. Elle n’a pas oublié que l’École des Frères est un lieu de mémoire pour ce pays. Elle n’a pas oublié que l’École Saint-François Xavier a formé et continue de former ses fils et ses filles, qui sont devenus des phares pour la République. La communauté de Ouanaminthe, qui en a assez de mendier, lassée de l’incompréhension, de l’impudence même de certaines organisations qui conditionnent leur aide et qui veulent mettre à genoux les fils orgueilleux de la reine Marie-Louise, ne veut pas vendre son âme et sa dignité. Ouanaminthe va marcher pour l’École Saint-François Xavier. Ouanaminthe va marcher avec ses fils et ses filles, ses amis et ses bienfaiteurs, se visiteurs et ses admirateurs. Ouanaminthe va marcher avec tous les Haïtiens qui croient encore en une fierté haïtienne qui n’est pas dans les paroles et les discours, mais dans le cœur des vrais patriotes. Ouanaminthe, reconnaissante et décidée, va marcher pour son École, pour ses enfants, pour son avenir.

La marche du 20 mai ne servira pas seulement à recueillir des fonds. Elle constitue une démarche citoyenne de sauvegarde d’un bien commun. Elle est le signe que cette communauté ne veut pas se rendre, ne peut pas se rendre et ne se rendra pas. C’est un appel aux institutions du pays, qu’elles apprennent à protéger les valeurs de la République, à protéger le patrimoine national, à investir dans l’éducation des enfants et des jeunes, à commencer enfin cette reconstruction mentale, spirituelle et morale sans laquelle les édifices seront des cathédrales de pierre sans âme, vides de toute pensée régénératrice. Ouanaminthe ne veut pas donner une leçon. Elle veut faire un exemple. Elle veut dire que le véritable développement est humain avant d’être économique, que la bonne politique ne s’impose pas à une communauté mais intègre les valeurs de cette communauté. Ouanaminthe affirme qu’on doit mener la lutte pour le changement comme l’ont fait nos ancêtres, debout, et non à genoux dans la quête éternelle et humiliante des miettes des donateurs étrangers qui nous laissent dans une éternelle servitude et un état de mendicité planifié.

Nous ne voulons pas crier notre désespoir ou pleurer notre misère. Nous voulons commencer nous-mêmes. Les vrais amis d’Haïti, les vrais amis de notre commune, les organisations qui ne veulent pas jouer avec notre dignité et nos valeurs, viendront toujours nous appuyer et nous accompagner. Nous allons faire de cette marche un événement unique, catalyseur d’un sursaut de l’orgueil national.

Maismy-Mary Fleurant

Ouanaminthe, le 30 avril 2012

Voir en ligne : www.lematinhaiti.com







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