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Obama et la fin du festin, par Hervé Kempf

lundi 2 mars 2009 par Robert Benodin

Obama et la fin du festin, par Hervé Kempf

LE MONDE | 28.02.09

Barack Obama, le nouveau président des Etats-Unis, a prononcé le 24 février, devant le Congrès, le discours définissant concrètement la politique qu’il entend mener, précisée le 26 février par la présentation de son projet de budget. Cette politique est-elle écologique ? Répond-elle à la question qui dominera les prochaines décennies ?

On ne pouvait certes pas faire pire que George Bush en matière d’environnement. Mais M. Obama va plus loin qu’une simple correction du désastre : il regonfle les moyens de l’Agence pour l’environnement (EPA), il relance l’efficacité énergétique dans le parc des bâtiments de l’administration, il prépare un marché des émissions payantes qui générera des revenus utilisés à aider les ménages modestes, il stimule la production d’énergie renouvelable, il investit dans les "technologies propres".

Changement fort ? Incontestablement. D’orientation ? Oui. Radical ? Que les foudres des obamaniaques s’abattent sur ce chroniqueur ! La réponse est : non. Dans son discours, M. Obama mentionne la question écologique presque en passant, en la réduisant au changement climatique. Il avait annoncé en d’autres occasions que son objectif était de réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) de son pays en 2050. Ce choix majeur est oublié dans le discours du 24 février. Seul reste l’objectif de développer les énergies renouvelables, surtout motivé par le désir de réduire la dépendance aux importations, et l’annonce du marché du CO2. "Nous doublerons en trois ans la production de la nation en énergie renouvelable." Pour autant que la réalité économique permette une telle évolution, elle ferait passer la part de l’énergie renouvelable (non hydraulique) dans la production d’énergie par les Etats-Unis de 6 % (dont l’essentiel en agro carburants) à 12 %. C’est important, mais ne change pas vraiment la donne.

M. Obama n’a pas dit, ni même suggéré, à ses concitoyens - premiers émetteurs au monde de GES - qu’il fallait réduire considérablement leur consommation d’énergie. Peut-être n’est-il pas encore possible à un responsable politique de dire que l’heure est à la sobriété. En fait, la très grande majorité de ces responsables semblent croire qu’en remplaçant le pétrole par des plaques solaires et des éoliennes, l’"american way of life" pourra se perpétuer. C’est oublier et le coût de l’énergie et la crise écologique.

M. Obama conduit une politique sociale aussi audacieuse que l’état des choses le permet. En corrigeant les inégalités, en investissant dans l’éducation et dans la santé, il permet à sa société de s’orienter vers des activités à moindre impact environnemental. La crise économique lui impose d’agir à court terme, par une relance budgétaire massive pour éviter l’écroulement, et en allant vers un système financier libéré de l’excès d’endettement. Il reste à ce grand pédagogue à préparer son peuple à la réalité de l’avenir : le festin énergétique s’achève.

Courriel : kempf@lemonde.fr

Hervé Kempf

Les négociations au point mort aux Antilles

C.M. et C.J. (lefigaro.fr) avec AFP et AP
01/03/2009 Le Figaro

En Guadeloupe comme en Martinique, le dialogue est bloqué. La balle pourrait se trouver rapidement dans le camp du gouvernement.

Le dialogue de sourds continue en Guadeloupe entre le Medef local et le LKP. La journée de samedi n’a pas débouché sur de nouvelles avancées, les grévistes continuant à réclamer davantage face à un patronat qui refuse de signer les premiers accords.

Le préfet de Guadeloupe Nicolas Desforges a pourtant « solennellement » appelé en début de soirée à « la reprise des activités » dès lundi, estimant que « l’essentiel » des revendications du LKP est « acquis », et qu’une poursuite du mouvement serait « autodestructrice » et « gravement préjudiciable » à la Guadeloupe. Une déclaration que le LKP a jugée « particulièrement cavalière », répétant que « le conflit ne se terminerait pas par injonction du préfet ».

« Seule la signature du protocole de fin de conflit entraînera l’arrêt du conflit », a déclaré l’un des syndicalistes du LKP, en marge des négociations. Interrogé sur l’attitude qu’adopterait l’Etat si les piquets de grève n’étaient pas levés, le préfet Nicolas Desforges s’est contenté de répondre : « Laissons le soin aux heures qui viennent de répondre à cette question ».

« Faiblesse »

Outre l’accord salarial, Nicolas Desforges a estimé qu’une « bonne dizaine » des 19 autres revendications importantes du LKP étaient satisfaites, notamment la baisse des prix de l’essence et de 100 produits de base ainsi que le gel des loyers. Mais l’accord sur les salaires est au coeur d’un véritable imbroglio. Le Medef et plusieurs autres organisations patronales majoritaires, représentant notamment le secteur clé du tourisme, refusent toujours de le signer, campant sur leur propre proposition.

Les médiateurs du gouvernement, dont la mission s’achève, ont eux-même reconnu samedi « la faiblesse » de cet accord partiel. Faute d’un déblocage du dialogue dans l’île, la balle pourrait se trouver rapidement dans le camp du gouvernement. Elie Domota a déjà annoncé son intention de demander au ministère du Travail, qui en a la faculté, d’étendre à toutes les entreprises de Guadeloupe l’application de l’accord. Dimanche, le président du Medef Guadeloupe Willy Angèle a douté que l’accord soit étendu à toutes les entreprises. « On est encore en République française, ce serait vraiment extraordinaire d’étendre un accord signé par des organisations professionnelles largement minoritaires, dont une ou deux affiliées au LKP », a-t-il lancé.

Sans attendre l’appel à la fin de la grève, de plus en plus de commerces lèvent leurs rideaux un peu partout dans l’île. Toutes les stations service sont désormais ouvertes.

« On a frôlé l’accord »

A Fort-de-France, bloquée depuis le 5 février, les négociations ont repris mais achoppé dans la nuit de samedi à dimanche. L’accord, qui paraissait jeudi à portée de main, met plus de temps que prévu à se dessiner. « Rendez-vous lundi à 15H00 », a indiqué le préfet Ange Mancini, après une dernière séance plénière infructueuse.

« Aujourd’hui, nous avons obtenu que les employeurs, la préfecture et les collectivités s’engagent sur 200 euros nets mensuels pour les bas salaires jusqu’à 1,4 smic, mais notre revendication, c’est 250 euros. Il reste 50 euros à négocier », a déclaré à la presse Ghislaine Joachim-Arnaud (CGTM), membre du « Collectif du 5 février ». « La grève continue, nous appelons les travailleurs, chômeurs, retraités, jeunes à être présents lundi matin à la Maison des syndicats », a-t-elle ajouté, reconnaissant qu’il « aurait été préférable de trouver une issue dans de meilleurs délais ».

Les organisations patronales ont dénoncé l’attitude du collectif, qui avait travaillé toute la journée et une partie de la nuit sur la base de 200 euros, et qui « a sorti tel un lapin de son chapeau : 50 euros de plus », selon l’expression du président de la Chambre d’agriculture, Guy Ovide-Etienne.

« On a frôlé l’accord », a regretté le président du Conseil général, le sénateur (app-PS) Claude Lise, qui a assuré avec son homologue de la Région, Alfred Marie-Jeanne, la médiation entre patronat et syndicats. Il s’est dit « très inquiet » de ce nouvel échec, s’interrogeant sur l’éventualité de nouvelles « tensions » la semaine prochaine après la flambée de violence de mardi et mercredi soir. Et d’ajouter : « La crise qui perdure va entraîner une véritable catastrophe économique ».

 » Le meurtrier présumé de Jacques Bino écroué

 » DOSSIER SPÉCIAL : La Guadeloupe en ébullition

« Un accord qui vaut son pesant d’or »

L’Humanité

Au bout de 37 jours de mobilisation, un accord salarial a été conclu. La pression est maintenant sur le MEDEF et la CGPME qui renâclent à opposer leur signature.

« Un accord qui vaut son pesant d’or. » C’est ainsi qu’Élie Domota, porte-parole du Liyannaj kont pwofitasyon (LKP), a qualifié, dans la nuit de jeudi à vendredi, l’accord conclu entre les grévistes guadeloupéens et deux organisations patronales au bout de 37 jours de mobilisation, sur une hausse de 200 euros net des bas salaires.

Un accord auquel le MEDEF et la CGPME, ainsi que des organisations patronales de l’hôtellerie, de l’artisanat et du BTP refusaient pourtant, vendredi, d’apposer leur signature. Invoquant « un climat de violences et d’intimidations », le MEDEF guadeloupéen ne s’est pas présenté, jeudi, à la séance fixée par les négociateurs pour finaliser l’accord. Le président du MEDEF local, Willy Angèle, a accusé Élie Domota d’avoir voulu le « frapper », une version des faits tempérée par le préfet, Nicolas Desforges. « À aucun moment, sa sécurité n’a été en cause », a rapporté celui-ci.

Le collectif compte bien faire valoir « l’extension » de l’accord.

Baptisé « accord Jacques Bino », du nom du syndicaliste tué au passage d’un barrage le 18 février, cet « accord régional interprofessionnel sur les salaires en Guadeloupe » prévoit, pour les salariés gagnant jusqu’à 1,4 fois le SMIC, que l’État contribue pendant trois ans à hauteur de 100 euros à la hausse des salaires, par le biais d’un RSA transformé en « revenu supplémentaire temporaire d’activité ». Le conseil régional et le conseil général prendraient en charge 25 euros chacun, et les entreprises 50 euros.

En l’absence du MEDEF et de la CGPME, l’accord, théoriquement applicable au 1er mars, concernerait entre 15 000 et 17 000 salariés. Un « premier pas », selon le LKP, qui estime que l’accord s’impose de fait au MEDEF et à la CGPME, même sans leur signature. Si ces organisations devaient persister dans leur refus de l’entériner, le collectif compte bien faire valoir « l’extension » de l’accord. « Il y a des organisations patronales qui ont fait le choix de ne pas participer aux négociations mais dès lundi nous allons demander l’extension des dispositions de cet accord à l’ensemble des entreprises de Guadeloupe » en saisissant le ministère du Travail, a prévenu Élie Domota.

Une vision nuancée par Yves Jégo, qui affirmait hier que « l’accord est appliqué aux organisations qui l’ont signé ». Le secrétaire d’État à l’Outre-mer a toutefois appelé le MEDEF à renouer avec la négociation « pour pouvoir aussi élargir la base de cet accord ». « Tout n’est pas encore résolu mais enfin, ça progresse », commentait, hier matin, le chef de l’État.

L’aide de l’État est prévue pour une période transitoire de trois ans

Sous pression, la direction nationale du MEDEF appelait, elle aussi, hier, sa branche guadeloupéenne à revenir à la table des négociations. Sans pour autant se départir de son agressivité et de son intransigeance. L’organisation patronale, dans un communiqué, accuse sans vergogne les grévistes de « logiques racistes inadmissibles » envers les chefs d’entreprise, brandissant même la menace de « poursuites ». Sur les salaires, le MEDEF « regrette que l’accord qui se dessine ne fasse que reproduire les logiques tant critiquées de ces 30 dernières années et recoure aux mêmes facilités qui freinent le développement économique durable de la Guadeloupe ».
L’attitude du MEDEF était jugée hier d’autant plus irresponsable que le LKP, hostile au financement des hausses de salaires par les deniers publics, a consenti de ce point de vue des concessions importantes. « 
L’aide de l’État est prévue pour une période transitoire de trois ans. Ensuite, les entreprises devront prendre en charge l’intégralité de ces hausses de salaires. Le patronat devra alors prendre ses responsabilités sur le partage des richesses », analyse le communiste Félix Flémin, membre du collectif.

À Pointe-à-Pitre, en tout état de cause, cette avancée était qualifiée de « première victoire ». « Les gens sont las des atermoiements du MEDEF qui a retardé l’issue du conflit. Ils ont accueilli l’accord avec satisfaction, mais restent déterminés à l’étendre », commentait hier Jacques Lurel, journaliste à Guadeloupe info, joint par téléphone. Alors que les négociations devaient se poursuivre, hier, à partir de 15 heures (20 heures à Paris), sur les 19 autres revendications immédiates (baisse des prix, gel des loyers, relèvement des minima sociaux, etc.), le LKP restait, hier, déterminé à maintenir la pression.

Rosa Moussaoui

Les limites de l’ouverture

27/02/2009 Le Figaro

L’éditorial de Paul-Henri du Limbert.

Dans l’ouverture, il y a du bon, mais aussi du moins bon. Nicolas Sarkozy a choisi de ne voir que les aspects positifs de cette expérience singulière, mais dans la majorité le doute grandit.

À écouter le chef de l’État, l’ouverture est une idée de génie. Son but était simple : déstabiliser le Parti socialiste. À ce stade, c’est réussi. Incontestablement. Même si depuis quelques semaines le PS semble reprendre un peu de vigueur, il est loin d’être redevenu le grand parti d’opposition qu’il devrait être. On a bien compris qu’il veut se transformer, mais on attend toujours le début du commencement du grand projet de rénovation. Alors demeure l’impression fâcheuse que le projet socialiste se limite pour l’instant à faire de l’antisarkozysme matin, midi et soir.

On peut comprendre la rage du PS et la frénésie de ses attaques contre le chef de l’État : après tout, il lui a volé certains de ses hommes, qu’il a mis au gouvernement, et certaines de ses idées, qu’il a fait voter par le Parlement. La stratégie géniale a atteint des sommets le jour où les députés UMP ont approuvé un texte de gauche, le revenu de solidarité active, défendu par un homme de gauche, Martin Hirsch. Il ne restait plus aux socialistes que leurs yeux pour pleurer.

Mais tout n’a qu’un temps. Alors que s’approche la mi-quinquennat, il n’est pas certain que la glorification, voire l’amplification, de la politique d’ouverture présente autant d’avantages qu’en mai 2007. Si Nicolas Sarkozy a pu séduire au début une partie des électeurs de gauche, ce n’est plus le cas désormais. Visiblement, il leur déplaît une bonne fois pour toutes. À quoi bon, disent certains élus UMP, vouloir charmer à tout prix des gens qui n’ont nulle envie de l’être ? À quoi bon vouloir être « moderne » - comme dit Nicolas Sarkozy lorsqu’il parle de l’ouverture - si les électeurs socialistes ne le sont pas ? Ils sont de gauche, ils resteront de gauche, ils voteront à gauche et après tout c’est bien normal.

Ces mêmes députés UMP expliquent qu’en revanche, l’électeur de droite pourrait se lasser de ces signes sans cesse adressés au camp adverse. Lui non plus n’est pas forcément « moderne » et la confusion des genres le laisse songeur. La nomination de Jack Lang comme « émissaire spécial » de Nicolas Sarkozy auprès de Raul Castro fait partie de ces petites choses qui agacent l’électeur de droite traditionnel. Demander à un socialiste germanopratin d’aller dialoguer au nom de la France avec un marxiste caribéen, était-ce indispensable ?

Bref, il y a fort à parier que, les mois passant, la droite presse Nicolas Sarkozy de « revenir aux sources » afin de ne pas égarer l’électeur et de se donner toutes les chances pour 2012. C’est dans la nature des choses. Le chef de l’État en sera évidemment très contrarié, puisque l’ouverture l’amuse et le fascine, mais sa famille politique sera rassurée. Elle a bien conscience qu’à vouloir trop déstabiliser le camp d’en face, Nicolas Sarkozy prend le risque de déstabiliser aussi le sien.

Sommet de crise d’une Europe tiraillée

L’Humanité

BRUXELLES. À nouveau, le Conseil européen cherchera dimanche à relancer le crédit et à coordonner la relance. Mais les divisions pourraient empêcher de trouver une issue commune.

Si le débat sur le protectionnisme fait rage, c’est que l’on a une Europe divisée comme jamais qui affronte la crise. Ce Conseil européen extraordinaire a été convoqué pour l’après-midi par la présidence tchèque de l’Union européenne (UE). Mais il sera précédé, et c’est une première, d’un sommet informel de huit pays de l’Est européen, à l’initiative de Varsovie. « Les règles d’une concurrence équitable doivent être préservées en Europe », prévient Radislav Silorski, le chef de la diplomatie polonaise. Les pays de l’Est craignent de voir les marchés occidentaux se fermer à leurs exportations.

L’Est durement atteint

Car si, ces dernières années, les pays entrants ont affiché de fortes croissances économiques supérieures, ils sont aujourd’hui les plus fragiles face à la crise. Nommé jeudi, suite à la première chute d’un gouvernement du fait de la crise, le premier ministre letton Valdis Dombrovskis a tout de suite admis que son État était « au bord de la faillite ». Par ailleurs, les banques opérant à l’Est sont particulièrement touchées par les « actifs pourris ». Selon les Échos d’hier, le groupe de services financiers Nomura estime que, dans les pays d’Europe de l’Est, un « quart des actifs bancaires (…) pourrait se révéler « pourris » ». Et ce n’est pas tout. Le 15 octobre, le député communiste tchèque Jarmir Kohlicek déclarait à l’Humanité : « Nous n’avons pas de banques tchèques. Elles sont maintenant toutes des propriétés étrangères. Pour trouver une solution à la crise financière, les maisons mères pourraient rapatrier l’argent chez elles. »

Alors que, sous la férule de jeunes dirigeants formés dans les universités américaines ou d’anciens apparatchiks reconvertis au libéralisme, les États travaillaient à se désendetter en cassant les services sociaux, les filiales des banques autrichiennes, suédoises, allemandes, italiennes et autres travaillaient, elles, à l’endettement des ménages. Les familles ont été invitées à contracter des crédits en devises étrangères (en euros, mais surtout en francs suisses), en jouant sur des taux d’intérêt inférieurs à ceux dans leur monnaie nationale. Nombre de foyers se montrent incapables aujourd’hui de rembourser des crédits devenus trop onéreux.

Ce que les banques suédoises ne pouvaient plus faire chez elles avec la régulation imposée après la violente crise financière qui a touché le pays après le début des années 1990 (due à l’endettement des ménages), elles l’ont fait à l’extérieur. Les banques autrichiennes sont, elles, si exposées dans les pays de l’Est que Vienne est l’un des plus importants promoteurs d’un plan en faveur des pays de l’Est. Il faut dire que ses banques risquent de faire défaillance jusqu’à hauteur de 80 % du produit intérieur brut (PIB) de la République alpine. Il semble que cet appel ait été entendu. Hier, la Banque mondiale, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont présenté un programme de 24,5 milliards d’euros de prêts destinés à soutenir le système bancaire d’Europe de l’Est.

Dans un tel contexte, les pays de l’Est craignent une ultérieure chute de leurs devises. « Je suis inquiet de la volatilité du taux de change », a déclaré le 18 février le commissaire européen aux Affaires économiques, Joaquin Almunia. Ainsi, le leu roumain a perdu 20 % de sa valeur depuis le début de la crise. Ce qui rend très difficile le remboursement des prêts en devises étrangères. Pour certains pays comme les États baltes, qui avaient fait de l’arrimage de leur monnaie à l’euro une fierté nationale et un gage dépendance nationale, les effets pourraient être dévastateurs.

DES EMPRUNTS D’état très chers

Outre aider les banques, les États se doivent désormais de soutenir les cours de leur monnaie. Et certains, comme les Pays baltes ou la Hongrie, ne font pas mystère de leur volonté d’intégrer une zone euro jugée protectrice. Pas si sûr. Si l’Europe est divisée entre Est et Ouest, elle l’est aussi entre le nord et le sud de la zone euro. La partie méridionale de l’Europe étant davantage endettée, au point de mettre à mal la monnaie unique. Ainsi, auparavant, les rééquilibrages entre économies se faisaient sur le marché des monnaies. Ils se font aujourd’hui sur les taux d’intérêt. Ce qui rend difficile pour certains d’emprunter. Si l’Allemagne peut lever des fonds à des taux relativement bas (3,12 %), ce n’est pas le cas de la Grèce (5,57 %). Et vu le montant des emprunts d’État dans le monde (2 350 milliards d’euros), certains pays pourraient avoir du mal à lever des fonds. À tel point que la chancelière Angela Merkel, dont le pays était frileux à l’idée d’un plan de relance européen, appelle maintenant à une coordination de l’émission d’emprunts d’État en Europe, afin que tous trouvent preneur.

Du fait de telles divisions, les diplomates n’attendaient pas de grands résultats lors du sommet de dimanche. Les déclarations de la Banque centrale européenne et de la Commission, au moment où le chômage se répand en Europe, ne laissent pas présager non plus d’un changement de cap de la politique économique dans l’UE.

Gaël De Santis


l’Humanité des débats Antilles « Une pleine réappropriation de l’histoire et du pouvoir »

Par Jean-Pierre Sainton, historien, maître de conférences à l’université des Antilles et de la Guyane.

Ce mouvement n’est-il pas en train de faire éclater au grand jour la réalité des Antilles ?

Jean-Pierre Sainton. L’un de ses principaux mérites est de balayer une image idyllique et très superficielle des Antilles, celle d’un endroit où l’on se dore au soleil, où les gens touchent des sursalaires, où on vit très bien. Cette vision est en train d’éclater au profit de la réalité, celle de sociétés capitalistes, de sociétés de surprofits réalisés d’une part sur la consommation et d’autre part, au niveau politique, sur l’inexistence ou, tout au moins, l’inapplication du droit du travail et des droits sociaux. À cela s’ajoutent tous les dysfonctionnements dûs au placage de structures politiques inadaptées, qui ne sont pas issues du corps social. Ce qui est en train de se passer, c’est une sorte de révolution. Le peuple essaie de faire bouger dans ses fondements et de rénover très profondément l’organisation de toute la société guadeloupéenne.

Quelle est la place, dans le mouvement actuel, de l’histoire de cette terre qui a subi l’esclavage, le colonialisme ?

Jean-Pierre Sainton. Il faut se garder de simplifications abusives, mais elle est prégnante. Toute la société guadeloupéenne, comme toute la société antillaise, a été construite historiquement sur le modèle de l’implantation esclavagiste. Depuis l’abolition de l’esclavage, en 1848, les structures ont évolué, dans leurs formes, leurs modalités mais il y a une continuité à la fois sociologique et dans la représentation. Cela donne une société à deux vitesses où la richesse appartient principalement, mais pas uniquement, aux descendants des colons esclavagistes. Souvent d’ailleurs des colons venus de Martinique, car le capitalisme martiniquais a largement colonisé la Guadeloupe où les Blancs créoles étaient historiquement plus faibles. D’autre part, existe un phénomène de reproduction de la société et du pouvoir colonial classique. Tous les hauts cadres de l’administration, les cadres territoriaux et politiques sont français et métropolitains. Ce qui fait que le système politique n’est pas en prise avec la vie réelle et une grande majorité sociale se retrouve sans articulation avec le pouvoir de décision et de création des espaces économiques et culturels. À côté de structures très archaïques dans le domaine agricole apparaissent des phénomènes propres aux banlieues comme dernièrement ces incidents violents impliquant la jeunesse alors que le mouvement social est non violent et qu’il n’y a pas de grande ville. Et on trouve un marché captif de surconsommation en même temps que le non-respect du droit dans la plupart des entreprises guadeloupéennes.

Le mouvement apparaît très soudé avec une unité forte entre des secteurs pourtant très différents de la société : salariés de l’agriculture, fonctionnaires, petits patrons, intellectuels, syndicalistes, militants associatifs, culturels, etc. Comment l’expliquez-vous ?

Jean-Pierre Sainton. Le caractère inédit de ce mouvement tient précisément à cette unité. L’approfondissement depuis plusieurs années de la crise sociale a rapproché des associations, des mouvements culturels qui luttaient chacun de leur côté. Et les syndicats, dans l’unité, sont devenus la colonne vertébrale du mouvement. Cela a donné le concept très intéressant de « liyannaj », un terme créole qui signifie : attacher solidement comme un paquetage. Des revendications matérielles et morales touchant à la vie quotidienne, à la vie sociale ont été rassemblées dans un cahier de doléances du peuple guadeloupéen en même temps que des revendications fondamentalement politiques touchant aux structures mêmes de la société. Tout le monde peut se reconnaître dans leur pertinence et leur cohérence. Elles ne peuvent être désolidarisées l’une de l’autre. C’est la clé du succès de ce mouvement, de sa popularité. C’est ce qui fait qu’il peut être amené à se poursuivre au-delà des revendications immédiates comme les 200 euros.

Quels développements voyez-vous ?

Jean-Pierre Sainton. La Guadeloupe ne sera plus comme avant. Pas seulement en raison de l’amplitude du mouvement, mais à cause des bouleversements qu’il a créés. Il a montré l’absurdité du fonctionnement de la société, l’absurdité de la surconsommation. Et il a montré que d’autres possibilités existent. Depuis un mois les supermarchés sont fermés et personne n’est mort de faim. Les gens se sont tournés, de plus ou moins de bon coeur, vers les productions et marchés traditionnels. Psychologiquement aussi cela a été un choc énorme de voir que le préfet, la haute administration, l’État n’étaient pas en mesure de régler des problèmes qui, aux yeux de tous, apparaissaient évidents. Enfin les questions sont apparues dans leur complexité, leur profondeur. Le statut n’est pas en soi la solution. C’est une révolution de société qui est nécessaire, dans toutes ses articulations aussi bien traditionnelles que modernes. Par exemple, concernant l’agriculture, la baisse du prix des intrants est une revendication immédiate. Mais n’est-ce pas un développement endogène qu’il faut construire ? Les énergies renouvelables sont également au centre du débat. Dans la résolution de ces contradictions plusieurs problèmes sont posés. L’un historique, disons postcolonial, de révolution statutaire, les autres liés à la société de consommation postindustrielle. Et les gens en ont conscience. Le mouvement a donné aussi de la fierté. Son unité fait sa force et la confiance a changé de camp. Les gens se sentent capables d’affronter les problèmes. Par exemple cet après-midi je vais participer à une réunion inédite dans un quartier populaire de Pointe-à-Pitre entre des petits patrons guadeloupéens et des jeunes qu’on a appelés les « casseurs ». Et le LKP qui est à l’initiative a eu l’intelligence d’inviter aussi (viendront-ils ?) les grands patrons du MEDEF ? Ce mouvement bouge la société guadeloupéenne tout entière.

Comme historien, ne voyez-vous pas à travers cette expression de la fierté une sorte de réappropriation de leur histoire par les Guadeloupéens et donc aussi de la suite de cette histoire ?

Jean-Pierre Sainton. C’est une réappropriation pleine et entière de l’histoire, du territoire, de la culture, des espaces et du pouvoir. Pouvoir de de décider des orientations prises et pouvoir tout court. Dans les manifestations on entend chanter : « La gwadloup cé tan nou, la gwadloup cé pa ta yo, yo bisyon fé sa yo vlé, a dan péyi en nou. » Cela veut dire : « La Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n’est pas à eux et ils ne feront pas ce qu’ils veulent de notre pays, ou dans notre pays (on peut traduire des deux façons). » Certains ont dit que ces paroles étaient racistes. Dire que la Guadeloupe est notre patrie serait xénophobe, cela n’a pas de sens ! Le « yo » ne désigne pas seulement les Français, les étrangers, les colonialistes, mais également les Guadeloupéens bon teint qui ne tiennent pas compte de l’avis du peuple et veulent faire n’importe quoi de la Guadeloupe. Comme par exemple ce circuit de Formule 1 sur des terres agricoles, un projet aberrant qui a été cosigné par des maires. Le « nou » désigne bien le peuple guadeloupéen dans sa cohésion pluriethnique, métissée, dans sa cohésion sociale majoritaire. C’est une dimension identitaire qui peut mener très loin en termes de souveraineté populaire, mais la question purement politique ou statutaire n’est pas posée dans le mouvement. Ce n’est pas simplement une tactique, c’est dû à la dynamique même du mouvement populaire.

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem

L’Europe veut la peau des actifs toxiques

Libération

Les pays de l’Union, réunis en sommet dimanche, sont parvenus à un accord-cadre pour traiter les actifs toxiques, jugés responsables de la paralysie du crédit.

Les pays de l’UE sont parvenus dimanche à un accord-cadre sur le traitement des actifs toxiques des banques, jugés responsables de la paralysie persistante du crédit, ont annoncé le président français Nicolas Sarkozy et celui de la Commission européenne.

"La réunion a permis d’arriver à un accord sur le traitement des actifs toxiques" qui plombent les bilans des établissements, a annoncé le président français au cours d’un point de presse à l’issue du sommet européen.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a parlé de son côté d’un "accord global" sur "un cadre commun", précisant qu’une décision finale serait prise au prochain sommet des dirigeants européens les 19 et 20 mars.

Cet accord porte "sur la manière de traiter les actifs toxiques", a-t-il ajouté.

Il laisse à chaque Etat une "grande flexibilité sur la détermination des actifs éligibles" mais il procure un "cadre européen de façon à assurer le bon fonctionnement du marché intérieur" a ajouté pour sa part M. Sarkozy.

"Est-ce que cela veut dire que nous (la France) allons faire une bad bank ? (structure de défaisance pour récupérer les actifs bancaires douteux, NDLR) Non", a ajouté le président français, dont l’hostilité à une structure française de défaisance de ces actifs est connue, en raison de l’expérience du Crédit Lyonnais.

(Source AFP)








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