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Monsieur l’Ambassadeur…

lundi 3 mars 2014 par Administrator

Guy Pierre Alexandre, né le 25 août 1945, qui vient de disparaître, laisse l’image d’un enseignant et d’un ambassadeur dont la rigueur et le désintéressement furent incontestablement reconnus.

C’est un choc terrible. Personne ne s’y attendait. Avec sa mort, c’est une certaine référence, une idée grandiose d’Haïti, un visage serein et avisé par rapport à la République dominicaine qui vont nous manquer au moment justement où l’administration Martelly-Lamothe semble vouloir arriver à conclure des accords (de bon voisinage) avec le gouvernement de Danilo Medina.

Sociologue de formation, ce brillant professeur de sciences sociales et de littérature, membre fondateur de l’école Kayanou, a écrit avec Wilhem Roméus un ouvrage-phare ‘’Initiation à la dissertation historique : Guide pratique à l’usage des élèves de seconde et de première ‘’(1978) qui allait marquer plusieurs générations. De ses études de sciences politiques en Belgique et à Paris pour faire sa maîtrise de sociologie (entre 1967 et 1974) à son retour en Haïti en 1979 pour travailler à l’Institut pédagogique national (IPN), dans le cadre de la fameuse mais aujourd’hui défunte réforme Bernard, de son statut de membre du Mouvement d’action démocratique (MAD) en 1986 à celui de co-fondateur du CONACOM première manière et à celui de membre fondateur de Initiatives démocratiques (ID), Guy Alexandre, qui a appartenu à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), aura connu comme une vie militante et professionnelle active.

Toutes ses idées et convictions de militant politique allaient se cristalliser dans sa fonction d’ambassadeur d’Haïti en République dominicaine dans les années 90 (à deux reprises, de 1991 à 1997, et de 2001 à 2003), dans un premier temps, et dans ses réflexions et propositions relatives aux relations (conflictuelles) haïtiano-dominicaines. Pas commode, en particulier, d’être le représentant du gouvernement du president Jean Bertrand Aristide (en exil à Washington) pendant la terrible période du coup d’État-embargo. C’est avec une certaine noblesse qu’il a surmonté tant de souffrances.

Ces années tumultueuses, vécues pour une large part dans la solitude et dans l’angoisse, n’ont pas véritablement ébranlé les options démocratiques de Guy Alexandre (ancien élève du Collège Saint-Martial des Pères spiritains), mais elles ont fortement enrichi ses approches pertinentes de la question haïtiano-dominicaine. C’est, avec le dossier des élections, une question primordiale pour tout dirigeant responsible et visionnaire ! Le temps passé loin du pouvoir (parfois c’est un calvaire) ne l’avait pas changé dans ses attitudes de gentleman et d’interlocuteur sagace, mais il avait aiguisé et nuancé sa vision. En 2006, avec quelques amis venus de la gauche haïtienne des années 60 –notamment Cary Hector, Michel Hector, Claude Moïse et Guy Pierre, etc. –il soutiendra publiquement la candidature de Leslie Manigat (qui fut son professeur au Centre d’études secondaires pendant deux ans) face à René Préval. C’était, à bien y regarder, sa façon à lui de stopper cette dérive que sa génération, avec d’autres, n’a pas su prévenir. Cinq ans plus tard, avec les mêmes amis il appuiera la candidature de Mirlande Manigat face à Michel Martelly. C’était une fois de plus,une manière à lui d’essayer de corriger la trajectoire historique désastreuse que sa génération a en quelque sorte « provoquée ». Revenu à l’activité académique, ce farouche combattant a assuré pendant cinq ans, une triple charge d’enseignement sur les relations haïtiano-dominicaines à la Faculté latino-américaine des sciences sociales (FLACSO) de Santo Domingo, à l’Université Quisqueya de Port-au-Prince et au programme de maîtrise en sciences sociales et humaines du rectorat de l’Université d’État d’Haïti.

Véritable obsession discursive, cette omniprésence de l’État dominicain et de sa prétendue logique « arrogante »- le modèle institué durant l’Ere de Trujillo- est non seulement la constante la plus stable dans les préoccupations citoyennes, professionnelles ou académiques et politiques de Guy Alexandre, mais elle forme aussi l’axe autour duquel tournent toutes ses analyses qui se rapportent à l’avenir du pays, à la construction de l’État de droit, à la stabilité politique et institutionnelle, à la théorie du développement. Malgré les divisions et les insanités qui caractérisent notre société dans tous ses segments, il n’a jamais cessé de croire en notre destin de grandeur. Y croyait-il vraiment ?

Cette appréciation de l’État voisin en rapport avec notre situation chaotique à tous les égards qui forme et définit également des pistes de solutions avantageuses aux deux nations, reste donc un héritage vivant, accessible à tous et de la manière la plus cruciale. Non sans autocritique, d’un ton juste, il évoquait avec une sérénité sincère l’échec de tant de générations mais le désespoir ne le rendait pas impuissant ni amer. A l’intérieur de l’horizon de son expérience et de son remarquable savoir, Guy Alexandre, auteur de plusieurs travaux sur les relations entre les deux pays (parmi lesquels son livre Pour Haïti. Pour la Réplique Dominicaine, C3 Édition 2013), a certainement tiré du dossier (explosif) haïtiano-dominicain –pour nous autres Haïtiens, d’abord- la conséquence de loin la plus radicale, c’est-à-dire la plus positive et la plus orageuse.

Pierre-Raymond Dumas

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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