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Mathias Pierre : symbole de réussite - par : Lionel Edouard

jeudi 29 décembre 2011 par Administrator

Haïti est encore un pays qui navigue entre l’archaïsme et la modernité. La transition s’avère plus que difficile. À l’heure où le monde parle de postmodernité, les technologies, notamment celles de l’information et de la communication, à la base de

Haïti est encore un pays qui navigue entre l’archaïsme et la modernité. La transition s’avère plus que difficile. À l’heure où le monde parle de postmodernité, les technologies, notamment celles de l’information et de la communication, à la base de tout progrès scientifique, sont à un état embryonnaire en Haïti. Certains contribuent pourtant à leur vulgarisation. Les faibles avancées dans ce secteur sont dues à leur ténacité et leur vision d’une nation moderne. Du nombre, l’on compte Mathias Pierre.

Né au Cap-Haïtien, Mathias Pierre est venu à Port-au-Prince à l’âge de six ans. Sa mère fille, de paysans de Grande Rivière du Nord, ne savait ni lire ni écrire. Son Père est fils d’un ébéniste de la même ville. Issues de conditions très modestes, le jeune Mathias a connu une enfance plus que difficile. Cependant, lui et sa famille vivaient avec l’espoir de s’en sortir, même quand les solutions et moyens ne furent pas trop évidents.

La capitale paraissait une porte de sortie pour la famille de Mathias Pierre. Ainsi donc, ils y ont débarqué avec la ferme conviction d’inverser la tendance. Autrefois, les enfants étaient considérés comme des investissements faits par les parents, ce qui poussa son père à investir jusqu’à son dernier sou dans la formation de Mathias afin que celui-ci devienne quelqu’un. Du temps où il vivait encore au Cap-Haïtien, il allait à une école de l’évêché de cette ville.

Mais émigrés dans une autre ville, Mathias et ses parents ont beaucoup souffert. La méconnaissance du milieu et leurs faibles moyens ont conduit Mathias à fréquenter des écoles peu recommandables. Il a été d’abord chez un certain maître Jean. Ensuite chez maître Félix, devenu aujourd’hui le Collège mixte de Bourdon. Ce sont des écoles où dans une seule salle, il y a deux classes. À la fin de l’année, quand vous accédez à une classe supérieure, vous vous retrouvez dans la même salle. De vraies écoles pour les enfants pauvres. C’est aussi un symbole de la disparité entre les couches sociales du pays.

Avec la ferme conviction que l’éducation représentait sa seule porte de sortie afin d’améliorer ses conditions de vie ainsi que celle de sa famille, Mathias Pierre s’y est accroché. Arrivée en 9e année fondamentale, il est allé poursuivre ses études à l’Institut Orphée Noire où, avec beaucoup de difficultés, il a pu obtenir son bac. Il avait alors vingt-deux ans. En seconde, son père ne pouvait plus payer, il fallut toute la générosité du directeur de l’époque, M. Alexandre Abélard, qui lui a accordé une bourse, pour qu’il puisse terminer l’année.

Après la philo, en 1988, il a participé au concours d’admission de la Faculté des sciences. Il a réussi ! Il avait opté pour le génie électronique. Il est sorti avec sa licence en 1994.

Ainsi, il a suivi et réalisé le rêve de son père qui voulait qu’il devienne ingénieur. En effet, celui-ci, qui avait l’habitude de travailler avec des ingénieurs, croyait que ce genre de professionnels étaient à l’abri des besoins élémentaires (manger, boire, école…) qui furent pendant un temps pour la famille de Mathias un vrai luxe.

Un parcours mouvementé…
Vingt ans plus tard, malgré les difficultés, Mathias a accompli le rêve de son père et se fixe de nouveaux défis. Ce ne fut pas facile. Sur sa route, il a tout rencontré, la joie intense des objectifs atteints ainsi que la déception générée par le rejet et la privation. À l’âge où les jeunes s’adonnaient pleinement à leurs études, Mathias commençait déjà à travailler. Sa carrière professionnelle débute en 1992.

Il fut alors stagiaire à la succursale de la Téléco à Sans-Fil (Delmas 18). Il ne gagnait que 250 gourdes par mois. Une pitance. Ce qui n’a toutefois pas entamé son courage et sa volonté de réussir. Trois mois après, il fut employé comme ingénieur programmeur en informatique pour un salaire de 2 750 gourdes. Ce nouveau poste lui permit de disposer de ressources pour continuer et boucler ses études universitaires en 1994. Il a passé en tout trois ans à la Téléco. Ce fut suffisant pour qu’il y laisse sa trace, en construisant un réseau informatique qui a servi à la gestion du réseau du câblage de la compagnie.

Coup du sort, peu de temps après, en 1995, la maison de sa mère brûla et il perdit le minimum qu’il possédait. Ce fut un autre coup dur. Mais l’âme du guerrier restait la même. Mathias continuait de se battre contre les aléas de la vie. Il ne s’est jamais découragé.

Après ce passage à la Téléco, il s’est mis à œuvrer dans le privé. Dans un premier temps, il travailla pour une firme spécialisée en informatique dénommée Delta Ware. Dans un second temps, pour une organisation non gouvernementale. Son dernier poste fut à la BNC où il a démarré avec l’informatisation et l’interconnexion des différentes succursales. Il est parti en décembre 2000. Toutefois, il a continué à jouer le rôle de consultant auprès de cette banque durant une période de trois mois. Ensuite, il a décidé de se consacrer entièrement à sa compagnie : Gama. Acronyme formé de son nom et de celui de sa femme Gaël, qui fut de sa promotion en électrotechnique à la Faculté des sciences.

Gama : le grand départ
Avec Gama, la carrière d’entrepreneur de Mathias fut finalement lancée. Il voulait d’abord créer un nom et faire de son entreprise une référence dans la technologie informatique en Haïti. « Ce que je voulais faire au départ, c’était récupérer des trucs, les transformer afin de les revendre à ceux qui en avaient besoin », rapporte-il. Dans ce périple, il a pris des jeunes pour alliés et les a orientés afin qu’ils deviennent également propriétaires de l’entreprise. Ce fut un pari réussi. Aujourd’hui, ils sont environ une quinzaine les actionnaires de Gama.

Entre autres objectifs, Mathias voulait que son entreprise réalise un chiffre d’affaires d’un million de dollars. Pari qu’il a une nouvelle fois réussi au cours de l’année 2006. Ses objectifs atteints, il s’en fixe rapidement d’autres, notamment faire de Gama un symbole afin de devenir le plus beau magasin en technologie du pays. À cet effet, il a entrepris la construction de son magasin et showroom qui se trouve sur l’autoroute de Delmas (au niveau de Delmas 64) en 2007.

La manifestation contre la faim en avril 2008 a quelque peu coupé l’élan du jeune entrepreneur. Les protestataires contre la mauvaise gestion du gouvernement d’alors ont cassé les vitres du magasin fraîchement construit. Mathias ne s’est toutefois pas laissé envahir par la haine de ses bourreaux. Au contraire, il s’est voulu philosophe et tenta de conter à travers son premier livre sa vie à la jeunesse haïtienne. « Le pouvoir du rêve » fut également une manière pour lui de dire aux jeunes : « Malgré vos origines modestes vous êtes capables d’accomplir de grandes choses. » La vie n’a pas arrêtée de sourire au jeune Capois. En cette même année 2008, Mathias est devenu membre de la Chambre américaine de commerce. Puis, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ouest, membre du conseil-bord de Union School et trésorier de la Chambre chinoise. En dernier lieu, il fut président de l’Association haïtienne pour le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Un grand rêveur…
Le rêve est l’une des sources d’inspiration de Mathias. Il lui permet de se projeter. Certains disent qu’un rêveur est un fou. Mathias Pierre, lui, croit que celui qui rêve et qui définit ses objectifs est capable de grandes choses. Tout ce que conçoit l’esprit humain peut-être matérialisé, explique-t-il. À chaque étape de la vie, vous vous rendez compte que vous devez aller plus loin. Pour réussir il faut donc de la discipline et de la vision. Il faut se projeter, insiste Mathias.

Mathias est un exemple vivant. Sa vie n’est qu’initiative. Au début, avec Gama, il faisait du commerce, en achetant aux États-Unis et en revendant sur le marché local. Mais il ne donnait pas beaucoup de travail et n’aidait en rien le pays, sinon sa propre personne. Alors il a décidé de créer une fondation pour apprendre aux jeunes à faire du business.

Une chance pour les jeunes…
Après la publication de son livre en 2009, Mathias pensait qu’il fallait mettre en place une institution pour soutenir les jeunes. C’est ainsi qu’il a lancé la fondation « Être Haïtien ». Il a fallu huit ans de grands efforts pour que les banques acceptent de lui accorder des crédits. En créant cet espace de travail, le PDG de Gama a voulu changer de paradigme et offrir une opportunité aux jeunes dans ce monde injuste.

C’est quoi Être Haïtien ? La fondation devait également répondre à cette interrogation. Aujourd’hui, l’Haïtien, aux yeux de l’international, symbolise la misère et la négativité. Mathias veut contribuer à changer cette image. Il faut une révolution mentale afin de transformer l’Haïtien, croit-il. Reconstruire le nouvel être haïtien implique un retour à nos origines afin de mieux nous connaître.

C’est dans « Penser en riche » de Napoléon Hill que Mathias Pierre a appris à nettoyer ses pensées de certains complexes qui veulent que la richesse soit une mauvaise chose. Il a donc connu une nouvelle naissance et est devenu incontournable dans son domaine.

En réfléchissant sur la manière de lier la fondation à cette idée de faire du business, il est parvenu à former environ 800 jeunes en matière d’entreprenariat. Et il a déjà reçu de ces jeunes plus de 30 plans d’affaires. Au début de 2012, plus d’une dizaine recevront une prime de 5 000 dollars américains pour démarrer leurs propres affaires. Mais ce n’est pas suffisant. Il a voulu aller plus loin.

Kaytec, le dernier né…
Sa dernière trouvaille, Kaytech. Constatant les méfaits des blocs en maçonnerie lors du dernier grand séisme, Mathias Pierre a voulu innové dans le secteur. Il a fondé cette nouvelle compagnie qui crée à partir de tôle transformée des pièces pour des maisons préfabriquées. Il produit, en un mot, des kits de maison. Environ 100 ingénieurs ont été formés par Mathias et initiés à cette nouvelle technique de construction. Une manière de leur apprendre à mieux construire en prévision des dangers que représentent les tremblements de terre et les cyclones. Après qu’ils auront maîtrisé cette nouvelle technologie, Mathias promet de leur donner un business, car ce sont eux qui auront à faire la promotion et à vendre le produit. Ils seront des entrepreneurs dans la construction. Il n’aura qu’à acheter une maison à l’usine qu’il aura à revendre ensuite, a expliqué Mathias.

Plus d’une cinquantaine d’employés directs bénéficieront de la compagnie. De manière indirecte, 100 ingénieurs sont formés. Cent autres seront formés sur un an. Chaque ingénieur devrait avoir une équipe de six personnes capable de construire une maison en six jours.

Au niveau de Gama, Mathias Pierre emploie plus d’une trentaine de personnes. La fondation, pour sa part, compte plus d’une vingtaine d’employés, sans compter les emplois indirects générés à travers ses activités.

E2 TECH : la confirmation…
Le salon technologique organisé annuellement à l’hôtel Karibe Convention Center a donné encore plus de relief à la carrière de Mathias Pierre. C’est l’un des podiums où le public a pu apprécier la dimension et l’importance du travail de cet homme. Devenu trésorier de cette association, il était quasiment impossible pour l’ATIC de promouvoir l’usage des technologies dans le pays. L’association ne disposait que 20 mille dollars dans ses caisses. L’idée de cette foire technologique et environnementale était d’abord de renflouer les caisses et assurer le fonctionnement de l’association.

La première foire organisée en 2009 avait permis de mobiliser environ 200 mille dollars américains. Pour la 2e édition, plus de 150 mille dollars ont été mobilisés. Cette initiative avait poussé les dirigeants à sortir de leur léthargie. René Préval, alors président de la République, a même crée une commission pour travailler et proposer des projets de loi relatifs au secteur.

Offrir une alternative aux nécessiteux, voilà le grand combat de Mathias Pierre aujourd’hui. Il s’attèle déjà à réussir et c’est en ce sens qu’il représente un vrai modèle pour la jeunesse haïtienne.

Lionel Edouard

doulion29@yahoo.fr








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