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MCJM quitte son siège au gouvernement

jeudi 11 avril 2013 par Administrator

"Ce n’est qu’un au revoir. Un nouveau ministre de l’Économie et des Finances sera nommé ce jeudi." C’est en ces mots que le Premier ministre Laurent Lamothe a pris acte de la démission de Marie Carmelle Jean-Marie de son poste à l’issue d’un très long conseil de gouvernement où l’absente a brillé plus que ceux qui y ont pris part, tant tout le monde attendait de voir si elle y serait présente. MCJM a claqué la porte du gouvernement tôt mercredi après avoir adressé une lettre pimentée au Premier ministre.

Marie Carmelle Jean-Marie (MCJM) a jeté l’éponge après une nouvelle escarmouche avec le Premier ministre Laurent Lamothe. Celle qui menaçait de donner sa démission depuis des semaines est passée à l’acte. Dans sa lettre de démission, MCJM confie avoir été lâchée par ses chefs et par ses pairs au gouvernement dans l’effort d’imposer la rigueur, la transparence dans la gestion des fonds publics. Son départ, qui a eu l’effet d’une bombe dans la société haïtienne, ne dérange pas grand monde au gouvernement. "Ma démission a été reçue comme une lettre à la poste", révèle-t-elle au journal alors que la presse commence à gratter, à déterrer quelques dossiers qui pourraient expliquer son geste...

Quand mardi soir un « tweet » scoop de Juno 7 annonce la démission de la ministre de l’Economie et des Finances, le gratin du monde des affaires est encore au Karibe participant aux dernières minutes des agapes de la soirée de gala du 3e Sommet sur la Finance et la Technologie. C’est une surprise. Quelques minutes avant, Marie Carmelle Jean-Marie devisait avec des membres de l’assistance en compagnie de Laurent Lamothe. Certains ont d’abord cru au canular. Mais, tôt ce mercredi, jointe par Le Nouvelliste, la ministre de l’Economie et des Finances a confié avoir remis sa démission, sans spécifier les motifs. Entre surprise et confirmation au détour des conversations avec ceux qui sont au parfum des grandes affaires de la République, c’est une longue journée que vécut la presse avant que l’on finisse par apprendre que la ministre avait de grandes difficultés à imposer la rigueur dans les dépenses publiques.

MCJM, au fait, au regard de tout ce qui se dit, a plutôt jeté l’éponge. Elle le confirme dans sa lettre de « démission à effet immédiat » acheminée au chef du gouvernement.

« ...Nous ne pouvons nous contenter de pratiques désuètes et hier sanctionnées par une évaluation conduite selon les standards internationaux de l’évaluation PEFA et qui nous classe parmi les moins vertueux des États en matière de gestion des finances publiques », a écrit, sévère, Marie Carmelle Jean-Marie, ajoutant avoir « tenu à poursuivre une réforme conséquente et courageuse des administrations fiscale et douanière, qu’il s’agisse des politiques, des structures, de leur organisation et de leurs pratiques ».

« C’est pourquoi également, a poursuivi MCJM, j’ai tenu à initier une réforme de grande ampleur au niveau de la gestion des finances publiques, dans ses règles, dans ses instruments, dans ses pratiques, y compris au niveau si sensible de la transparence, notamment en matière d’allocation des fonds budgétaires comme de la passation des marchés publics ».

Et comme un couperet, sa prochaine phrase révèle son constat d’avoir été lâchée : « Arrivée à ce stade, je ne peux que constater que je n’ai plus le soutien attendu sur l’ensemble de ces points. Je peux me battre contre l’adversité ou contre les aléas externes qui frappent avec régularité notre pays, mais pas contre le manque de solidarité de mes propres pairs ».

« L’exercice de ministre de l’Economie et des Finances dans tout gouvernement démocratique requiert beaucoup de rigueur et d’abnégation. C’est là un rôle très ingrat mais que j’ai assumé dès le premier jour avec coeur et conviction », a écrit MCJM qui ne manquera pas à grand monde au gouvernement.

Comment votre démission a été reçue ? "Comme une lettre à la poste", a confié MCJM au journal mercredi en fin de soirée. "Je ne liquide même pas les affaires courantes. Le gouvernement n’a pas été l’objet d’un vote de censure au Parlement, on peut désigner n’importe quel ministre pour assurer l’intérim en attendant mon remplacement", a ajouté Marie Carmelle Jean Marie.
Entre-temps, le Miami Herald, dans un article posté mercredi en milieu d’après-midi, a révélé que Laurent Lamothe a sorti des contrats de gré à gré, sans appel d’offres, pour un montant de 432 millions de dollars après le passage de la tempête Sandy

D’autres sources, cette fois du Nouvelliste, ont confié une détérioration des relations entre MCJM et le PM Laurent S. Lamothe autour de certains dossiers, dont la réaffectation de fonds du Ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales en faveur de la Primature.

" Elle a finalement fait le choix de protéger son avenir, le reste de sa carrière parce qu’elle se faisait tranquillement le complice de certains agissements opaques, dans certains cas scabreux, de ses chefs", selon un sénateur qui a préféré s’exprimer en "off".
Comme c’est souvent le cas ici, le pouvoir exécutif ne résiste pas à la tentation d’utiliser les fonds publics pour financer la campagne électorale de leurs affidés et d’autres dépenses non justifiées. Il y a d’énormes pressions pour se servir de l’argent venant du Fonds de développement des collectivités territoriales et du FAES à des fins qui ne sont pas leur destination, a confié une source haut placée au sein du gouvernement.

Marie Carmelle Jean-Marie, "Mme Rigueur" aura imposé, pas dans tous les cas, la cure de "rationalité dans les dépenses publiques". L’Etat haïtien est pauvre mais tout est prioritaire. "Des fois, il faut faire le difficile arbitrage dans la répartition des ressources disponibles", avait-t-elle confié à Ticket Magazine fin mars 2013.
Dans cette interview présentée sous forme de portrait, la ministre estimait avoir le soutien de ses chefs : le PM Lamothe et le président Martelly lui-même.

Sans attendre, alors que l’encre de la lettre de démission de MCJM est encore fraîche, le sénateur Edwin Zenny est monté au créneau pour expliquer qu’elle "ne devait pas être au gouvernement parce qu’elle avait fait campagne contre Martelly pendant la présidentielle de 2010.
L’ancien sénateur du Parti Inite aujourd’hui proche de Tèt Kale descend en flamme l’une des figures, hier encore, les plus respectées du gouvernement et gardienne du Trésor de la République.
La démission de Marie Carmelle Jean-Marie est "un set back" qui tombe à un mauvais moment, a analysé en "off" un économiste très avisé. Cela envoie un très mauvais signal à la communauté internationale et aux investisseurs.

" L’éditorial du Bloomberg.com invitant l’administration Martelly à respecter les échéances constitutionnelles pour la tenue des élections était adressé spécifiquement aux investisseurs", a indiqué cet économiste, ajoutant que cette démission envoie aussi un signal d’instabilité et avertit du refus de l’équipe au pouvoir de respecter les normes de la bonne gouvernance.

On sait que le successeur de MCJM sera désigné jeudi. On ne sait pas de qui il s’agira. Un fait est certain, la succession sera un défi ; le premier : refaire la crédibilité de l’équipe au pouvoir.

Roberson Alphonse

roberson_alphonse@yahoo.com








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