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Spectacle

Les prostituées : ce n’est pas que le sexe

mardi 25 mars 2014 par Administrator

Pour la deuxième fois qu’elle investit les jardins de l’Institut français en Haïti, la compagnie de théâtre Comédiens et plus n’y va pas avec le dos de la cuillère. Après avoir braqué les projecteurs sur les intellectuels ratés, il a offert le vendredi 21 mars « Kalfou lakwa ». Lever de rideau sur les prostituées…

Ils veulent aller au-delà des lieux communs, ces sept comédiens recueillis en plein air. Dans cette cour qui abrite les salles de formation à l’Institut français en Haïti, ils transcendent des clichés. Sur un sol jonché de cailloux, cinq garçons et deux filles partagent la scène. L’objectif : libérer des revendications. Mesurer la valeur des femmes de trottoir. À travers textes et musique, le tableau est dressé. Mais il a fallu 45 minutes d’horloge pour que l’idée maîtresse du spectacle prenne corps.

Les scènes sont pourtant bien définies. Toutes, charriant un fait réel. On se souviendra longtemps de cette jeune prostituée qui, drapée d’un tissu noir, récite le Notre Père, avant de dévoiler son corps quasiment nu au public. De ces manifestants qui investissent les rues sans crier gare. De ces passagers qui, à défaut de trouver une place dans une camionnette, parcourent le trajet debout en exhibant leurs aisselles, et en dérangeant les privilégiés à coups de coude. Les chauffeurs n’en sont pas exempts. Véritable garant de cette galère quotidienne, le chauffeur de la pièce malmène les voyageurs, double le prix de la course, en vient aux mains avec un homme qui refuse de payer parce que sa mère eut à le mettre au monde dans un petit camion…

Le public rit de tout. Entourant de part et d’autre les comédiens, il s’oublie sous le soleil, cartable rangé sous le bras. L’on admet donc l’habileté des acteurs. Mais à l’avenir, certains jeux mériteront d’être plus expressifs. Car si Joana Dorcéus chante et charme, elle n’est adepte du théâtre. Son rôle de pute, l’essence du spectacle, n’accroche pas. On retiendra par contre quelques manières. Son sexe qu’elle veut offrir au plus convaincant. Son embarras. Ces artistes qu’elle finit par aimer malgré l’autorité de l’homme à la poche pleine.

« L’idée est de rappeler qu’une prostituée est une femme comme toute autre, qu’elle reste un être humain doté de sentiments et de dignité », précise James Fleurissaint, l’un des comédiens du spectacle. Aux côtés de ses frères de scène, dont Pascal Joseph, Kenny Laguerre et Dominique Désima, il refuse de prendre pour acquis les bravos du spectateur. La pièce est à comprendre. Création collective montée en trois semaines, « Kalfou lakwa » se propose de dévoiler certaines choses dans d’autres langages. En l’occurrence, ces manifestants qui revendiquent, feuille blanche en main, c’est pour signifier que les marches de protestation ne sont pas souvent définies en Haïti. Que l’on peut investir les rues pour n’importe quoi, n’importe quand, n’importe comment...

Accueilli par la médiathèque dans le cadre de la semaine de la francophonie, « Kalfou lakwa » a eu un effet mitigé. De petites idées pour de belles cibles. Quelques actes manqués envers un public plus comique qu’averti. D’autant plus qu’il n’y a eu aucune femme de trottoir à y assister. Qu’en sait-on ? Rien n’est gratuit au théâtre. Et dire que la prostitution ne se lit pas sur le visage…
Martine Fidèle
martinefidele@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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