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Les propriétaires exigent un dédommagement équitable

mardi 24 septembre 2013 par Administrator

Confusion, frustration, questions sans réponse et propositions de solutions, voilà à quoi se résume la rencontre de la commission municipale de Port-au-Prince avec les propriétaires de maisons du centre-ville. Réunis vendredi à l’hôtel Le Plaza, une centaine d’entre eux ont clamé haut et fort qu’ils voulaient leur intégration dans le projet de reconstruction du centre-ville.

La réunion a débuté peu après 17 heures. Assis comme des fidèles dans une église, les propriétaires ont d’abord écouté poliment les organisateurs de la rencontre qui, selon eux, refusaient de dire clairement ce qu’ils entendent faire d’eux, propriétaires du centre-ville. Le mécontentement se lisait sur les visages. Plusieurs ont pris la parole pour tenter d’aller au fond des choses tout en vidant leur trop-plein d’indignation.

« Je félicite les responsables de la mairie d’avoir pris l’initiative de venir discuter avec nous, a dit Johnny Charles, 49 ans. Mais je suis déçu de constater qu’on n’a tenu que des discours en évitant d’agiter la question centrale, : qu’entend faire la commission communale des propriétaires du centre-ville ? »

Johnny Charles est propriétaire d’un établissement commercial à la rue des Magasins de l’Etat. Il a grandi dans ce quartier et ses parents y possèdent un magasin depuis plus de 50 ans. Devenu maire de Port-au-Prince en 96-2001, Johnny Charles dit qu’il s’est toujours comporté en bon citoyen. Comme les autres propriétaires de la zone, il dit qu’il paie toujours ses taxes et qu’il n’a jamais eu de problème ni avec la police ni avec la justice.

Comme la plupart des maisons des hommes d’affaires du centre-ville, la sienne a été détruite lors du séisme du 12 janvier 2010. Avec l’autorisation de la mairie, il l’a déjà reconstruite et a repris ses activités, grâce à des prêts bancaires aux taux exorbitants.

L’homme d’affaires ne digère pas qu’on veuille détruire des immeubles au centre-ville. Il croit qu’on est en train de chasser les commerçants au profit d’un autre groupe de gens, qu’il se garde de nommer. L’ex-maire se demande pourquoi eux, qui sont là depuis plus de 50 ans, ne peuvent pas faire partie de ce projet de reconstruction.

Conscient de l’état de délabrement actuel du centre-ville, Cayo Jean Bernard, président de l’Association des propriétaires et des hommes d’affaires du centre-ville (APHACEV), préconise sa modernisation tout en exigeant l’intégration des anciens propriétaires. « Le centre-ville est peut-être laid mais nous sommes là, dit-il. Mais c’est comme si, reconstruit et modernisé, nous n’aurons plus le droit d’y être... »

Le président de l’APHACEV identifie plusieurs catégories de propriétaires au centre-ville et propose une solution pour chacune. « Premièrement, il y a une catégorie de petits commerçants et de démolisseurs, explique-t-il. Nous proposons à l’Etat de trouver un espace pas trop éloigné pour construire un gros « Junk Yard » (cour pour la récupération des matières recyclables) sécurisé pour loger les démolisseurs. Ce qui va permettre à l’Etat non seulement de gagner de l’argent, mais aussi à ces gens de passer du secteur informel au secteur formel. »

Jean Bernard identifie une deuxième catégorie de propriétaires composée de moyens et de grands entrepreneurs. Il croit que l’Etat peut faire un centre d’affaires pour cette catégorie. Il explique que le peu d’argent que l’Etat va leur donner en guise de dédommagement ne pourra pas les aider à reconstruire un immeuble. « Cependant, nous pourrons louer un espace dans ce centre d’affaires et continuer à mener notre business. »

Et enfin, Cayo Jean Bernard identifie une dernière catégorie composée de gens qui résident au centre-ville. Pour celle-ci, il propose à l’Etat de trouver un accord avec eux afin de les reloger dans un endroit décent et propre. « Ainsi, tout le monde en sortira gagnant. »

Sachant que lorsque l’Etat décide, il n’y a guère de recours possible et ne voulant pas de toute façon contrevenir à la loi, Jean Bernard affirme que les propriétaires qu’il représente sont prêts à accepter toute décision éclairée. Il exige cependant un dédommagement équitable pour les immeubles expropriés.

Sibylle Théard Mevs, qui a parlé au nom de SOS centre-ville - une autre association de propriétaires qui luttent depuis 2010 pour la levée des expropriations -, est contente que le nouvel agent exécutif intérimaire écoute les propriétaires afin de s’informer de leurs problèmes. Elle croit qu’avec une telle attitude, on va arriver à des formules et des solutions au bénéfice de tous.

Qualifiant de grande première cette rencontre avec les propriétaires, le président de la commission municipale, Joseph Pierre Richard Duplan, a fait savoir qu’elle concernait uniquement les propriétaires de bâtiments qui ne se trouvent pas dans la zone d’expropriation. « L’idée, a-t-il expliqué, c’était d’inviter les propriétaires du centre-ville qui ne se trouvent pas dans la zone d’expropriation pour leur dire qu’il y a des bâtiments qui représentent un danger pour des marchands informels qui commercent sur les galeries de ces bâtiments. Nous sommes conscients de ce problème. Nous cherchons à éviter que, en cas d’une nouvelle secousse tellurique, ces gens ne risquent leur vie. »

L’agent intérimaire a rappelé que la zone d’expropriation comprend la rue du Champ de Mars sur les deux bords et que le reste du centre-ville n’en fait pas partie. « A partir de la rue St-Honoré, dit-il, on n’est pas dans la zone d’expropriation. Les gens pensaient que tout le bas de la ville était encore sous l’empire du décret pris par le président Préval après le tremblement de terre, déclarant le centre-ville d’utilité publique. Ce n’est pas le cas, chacun peut retourner sur son terrain et reconstruire, moyennant son titre de propriété en main. »

Richard Duplan indique que la réunion a été positive en ce sens qu’elle lui a permis de comprendre la frustration des propriétaires. « Je ne pensais pas voir le groupe des expropriés à la rencontre. Nous allons voir comment nous allons procéder pour que tout le monde en sorte gagnant et faire revivre un autre Port-au-Prince », déclare-t-il, promettant que d’autres réunions semblables seront tenues prochainement sans donner de date.

Bertrand Mercéus








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