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Les deux faces de Janus - Par : Jean Erich René

jeudi 11 décembre 2008 par Erich Jean René

Les deux faces de Janus - Par : Jean Erich René

Une certaine ambivalence se dégage de la conception même de la politique
considérée comme la science du gouvernement des États ou l’art et la
pratique du gouvernement des sociétés humaines. Selon Maurice Duverger la
politique sert d’une part à maintenir les privilèges d’une minorité sur la
majorité et d’autre part à réaliser l’intégration de tous les individus
dans la communauté afin de créer la Cité juste dont parlait Aristote. Cette
vision dualiste de la politique s’harmonise avec le degré d’avancement des
sociétés. Dans les pays sous-développés on remarque une lutte acharnée
entre les individus pour le pouvoir afin de tirer des profits immédiats de
leurs fonctions. Sous ce chapeau, le pouvoir politique est surtout
caractérisé par une faiblesse d’organisation, une distinction élémentaire,
purement matérielle entre gouvernants et gouvernés, justifiée par des abus
inconsidérables et surtout le pillage systématique des caisses publiques.
Dans les pays développés, le pouvoir englobe toutes les composantes
sociales. Il est organisé, structuré, hiérarchisé et tend à faire régner
l’ordre et la justice au profit du bien-être collectif.

L’image de Janus, ce dieu à double face, est perçue selon l’angle de vision
sous lequel on l’observe. Compte tenu des conjonctures politiques, le
pouvoir peut être à la portée d’une famille politique ou encore au service
du peuple. Dans le premier cas, la politique devient un instrument de
domination et dans le second un levier d’intégration sociale au profit de
toute une collectivité. La bissectrice du pouvoir change avec les acteurs
en place. Cependant la dynamique de la lutte politique exige une constance
dans l’effort étayée de réalisations concrètes pour ne pas perdre la face
et rester à la surface. Toute lutte politique doit viser un objectif et
tendre vers l’amélioration des conditions de vie de la masse. C’est à ce
prix et à ce prix seulement que sera assuré l’avènement de la cité
harmonieuse prônée par la doctrine aristotélicienne.

La propulsion de la machine sociale nécessite un apport constant d’essence
et de lubrifiant, sans quoi le moteur risque de s’enrayer. Au fil du temps
les horizons se déplacent avec l’augmentation de la population, d’où la
nécessité d’aménager un nouvel espace pour répondre aux exigences de
l’heure. Toute rigidité, toute fixité, toute immuabilité sont à exclure. Au
dire des Marxistes la lutte est le moteur de l’évolution des sociétés et le
progrès matériel est sa raison d’être. Si après 18 ans de Gouvernance de
la même engeance politique, la masse nécessiteuse vogue en pleine misère
sans rien attraper dans ses filets, on doit arrêter le combat. Comme
Dartagnan, les partisans deviennent bredouilles et se voient obligés de
déposer leurs épées pour gagner le vestiaire. Si en 1994 il a pris le
pouvoir CharlemagnePéraltement, c’est une preuve de reniement de le
reprendre en 1994 Clintonnement. Antoine Izmery et Jean Marie Vincent sont
tombés parce qu’ils étaient contre l’Accord de Governor’s Island signé sous
la pression de Pezzulo et Boutros Boutros Ghali. En 2006, il revenait à
Edmond Mulet, sous les ordres de l’ONU, de parachuter le Baron de Marmelade
au Palais national. Une fois de plus le peuple est cocu.

Une analyse fine du cambouis politique haïtien révèle une flagrante
contradiction entre le dire et le faire. Pour tirer un tantinet
d’explications, les esprits lucides font abstraction des discours cousus
de menteries en ciblant les réalisations concrètes. La sécurité « Gratis Ti
Chéri » était le cri de guerre qui a déclenché une avalanche de chimères,
zenglendos, kidnappeurs sur la société haïtienne. Nous ne savons plus de
quel côté se trouve l’autorité aujourd’hui. Une minorité empoisonne
l’existence nationale par des actes barbares mais autorisés. Les publicains
du Club de Bourdon perçoivent les impôts au nom de la République. Ce drame
national a causé bien des fuites de devises et paupérisé davantage la
Nation.

Combien de nos paysans sont obligés de traverser la frontière pour mener
une vie de martyr dans les bateys dominicains, à cause de
l’irresponsabilité et de l’insouciance de nos dirigeants. Malgré tout, ils
préfèrent se faire couper les deux bras, assassiner leurs femmes et leurs
enfants au lieu de retourner sur leur terre natale. Le Gouvernement haïtien
fait semblant d’ignorer leur tragédie à Santo Domingo. Pourtant le sucre
amer faisait partie de la panoplie des armes qu’ils ont brandies pour
arriver au Palais national. 18 ans après il est triste de constater que nos
compatriotes gravissent le même calvaire. Aujourd’hui ils sont proches du
Golgotha et ne tarderont pas à expirer, sous les regards indifférents des
pourfendeurs de la Nation. Il revient aux élus du Peuple de soulager sa
misère afin de racheter notre dignité bafouée.

Un rapatriement intégral de nos frères et sœurs haïtiens de St Domingue
n’appartient pas au domaine du possible. Ils ne viendront certainement pas
grossir la bande des affamés et augmenter notre misère. Mais pendant que la
société haïtienne confronte un problème aigu d’approvisionnement en
nourriture on peut renverser les vapeurs en utilisant cet apport
considérable de travailleurs agricoles. Ce n’est pas l’espace cultivable
qui manque pour inviter ces laissés-pour-compte à fructifier nos propres
sols et augmenter la production nationale. La souffrance de nos frères là
bas ne peut plus continuer. Il faut s’atteler tout de suite à la tâche. On
peut aménager aisément les structures d’accueil nécessaires sur les terres
vacantes de Biliguy, Savanne Diane, Potosuel, Los Cacaos, Plaine des
Baconnois etc.

Il ne suffit pas de pleurer, baver, tempêter, protester, il faut relever ce
défi. Des projets d’urbanisation, des écoles publiques, des cliniques
populaires, de nouvelles routes etc. doivent être implantées dans les zones
ciblées, pour attirer cette vaillante cohorte haïtiano-dominicaine qu’on
estime à plus de 1 million. Il n’est plus question de voter tant au niveau
de l’Exécutif que du Législatif des représentants qui ne peuvent pas
résoudre nos problèmes. Après 18 ans, le régime politique en place ne fait
que procrastiner. Son rituel est désormais connu. Pour une coloration
démocratique, les officiants font appel au peuple pour prendre le pouvoir
mais ils le maintiennent avec la complicité de la Classe Possédante et la
présence des Forces étrangères. Tandis qu’ils fredonnent : « Bêchons joyeux
 » ils demandent au Peuple de chanter : « Mourir est beau ».Les virages
aigus qu’engendrent les contradictions politiques de ces 18 dernières
années nous montrent clairement les deux faces de Janus.








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