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"Le monde prend une autre dimension" - Le Nouvelliste

samedi 17 janvier 2009 par William Toussaint

Barack Obama est le petit fils de Rosa Parks. Elle était à la base de la campagne pour les droits civils qui a créé beaucoup de leaders comme Martin Luther King, Malcom X, Mohamed Ali, des musiciens comme James Brown et autres. La campagne pour les droits civils a été à l’origine de toutes sortes d’union entre noirs et blancs, amies et amis, maris et épouses, unions politiques et économiques.Le professeur Alix Louis fait le point sur le parcours de Barack Obama et le combat culturel et politique des noirs aux Etats-Unis d’Amérique.

Le Nouvelliste. : Nous allons tous assister à un évènement inédit : l’entrée d’ un président afro-américain à la Maison Blanche. Vous vous attendiez-vous à un tel évènement en regard de ce que vous savez de l’histoire américaine ?

A.L. : Le grand Phaaron "Piyé", souverrain du royaume nubien en 730 B.C. a dû descendre sur le haut et le bas Egypte pour leur rappeler que c’était lui le roi des rois, le phaaron des phaarons et qu’ils devraient cesser leurs rivalités qui détruisaient l’empire.

Nos ancêtres qui avaient été colonisés par les arabes après 560 AD sont arrivés en Haiti avec l’arabe comme langue commune, et ils nous ont laissé une expression extraordinaire : "Neg sa se ou Barack", Barack mot arabe qui signifie : bénit, fort, intelligent, astucieux, ingénieux, etc." Alors nous les haitiens auraient dû savoir que le 20 janvier 2009, Barack Obama prendrait les rennes des Etats Unis d’Amérique. Le commandeur en chef héritant les déboires de huit ans de gachis.

Barack est le fruit même de la campagne des droits civils des années 60 où des descendants d’ africains dont les rangs étaient renforcés par des caucassiens ayant une vision différente réclamaient leurs droits de l’Oncle Sam. Ces pionniers comme Moses, Dr. King, Malcom X, ne se sont pas sacrifiés en vain. Il a fallu attendre presqu’un demi siècle pour que les "baby boomers", leurs enfants et leurs petits enfants, aient l’opportunité de prouver qu’ils avaient raison de croire qu’un homme ne peut être jugé que sur le contenu de son caractère et de donner aux E.U.A. une chance de redorer son blason avec cet afro-américain élu non nommé par des démagogues politiques. Lauriers aux E.U.A. pour être encore une fois à l’avant garde du monde.

Le plus dur reste à faire

L.N. : Quel impact pensez-vous que la présidence d’Obama peut avoir sur la situation socio-économique aux Etats Unis d’Amérique ?

A.L. : Il faut préciser que non seulement les Etats Unis d’Amérique, mais aussi le reste du monde attendent l’arrivée du Barack à la maison blanche. Après avoir terrassé les divisions sociales existant aux E.U. A. durant sa campagne électorale, le Barack doit éviter le piège des scandales vrais ou faux qui l’empêchera de se concentrer sur les objectifs importants.

Le peuple Américain hormis les archi- conservateurs s’est prononçé haut et fort, ils sont 100% avec le Barack. Maintenenat, le plus dur reste à faire. Il doit prendre le gouvernail et redresser ce navire en dérive. Il va falloir une campagne de conscientisation et de la bonne volonté chez les républicains et les démocrates afin que les décisions fiables et lucides sont acceptées et ratifiées par le Congrès. Le gouvernement du Barack devra aussi trouver un moyen de combattre le "outsourcing" qui est un fléau pour les E. U. A. Rapatrier les compagnies qui sont à l’extérieur va être extrêmement diffiçile et peut être que les E.U.A. n’auront jamais plus leur splendeur d’antan. Il y a un prix à payer pour la globalisation et le néolibéralisme.

L.N.:Quelle est votre lecture des choix faits par le président élu pour former son cabinet ?

A.L. :" On ne change pas une équipe qui gagne". Barack, un avide fan et joueur de basketball, connait très bien cet adage et il n’a pas hésité à l’appliquer dans la création de son cabinet. La grande majorité de son entourage a déjà fait ses preuves pendant l’ère de Bill. L’enjeu est trop important, l’avenir des E.U. comme puissance économique sinon militaire est sérieusement menaçé et de nos jours, il est très difficile d’emporter chez soi le butin de la guerre.
Le Barack ne va pas jouer au népotisme, dans le macrocosme il détient le futur d’un des plus grands empires dans l’histoire du monde ; dans le microcosme il est la lumière, l’espoir et la fierté de chaque pays noir, chaque communauté noire, de tous les descendants d’africains et même des créoles.

L.N.:Quelle est, selon vous, la raison qui a été à la base de l’ascendance d’un afro-américain à la présidence américaine ?

A.L.:Le temps des miracles est révolu, et le succès dans tous les domaines a toujours été le résultat d’un travail collectif. Comme tout enfant doit avoir une maman, Barack Obama est le petit fils de Rosa Parks. Elle était à la base de la campagne pour les droits civils qui a créé beaucoup de leaders comme Martin Luther King, Malcom X, Mohamed Ali, des musiciens comme James Brown et autres. La campagne pour les droits civils a été à l’origine de toutes sortes d’union entre noirs et blancs, amies et amis, maris et épouses, unions politiques et économiques. Dans ces nouveaux types d’union, il existait cette grande différence où les deux parties se croyaient égales contrairement aux unions interraciales avant la campagne pour les droits civils où il existait toujours un flatteur et un flatté.

La génération actuelle pour qui les différences raciales sont presqu’inexistantes a été le "icing on the cake". Elle a presque tous voté le Barack et a participé activement dans sa campagne comme le rappeur "I Am", qui a composé la chanson de la campagne, est à la base de millions de votes chez les jeunes en faveur du Barack.

Il ne faut pas oublier que le Barack est à la hauteur de la tache et a brillé de mille feux durant sa campagne, spécialement après les primaires.

Une image plus conciliante

L.N. : Pensez-vous que les démocrates feront la différence tant sur le plan de la politique interne que sur le plan international ?

A.L. : La nature égoiste de l’humain a toujours été cause de destruction, d’atrocités et de misères de par le monde. Barack le "quaterback", le capitaine et le "point guard" de l’équipe doit exiger 150% des membres de son cabinet. Il doit étendre les bras aux républicains et appliquer un système bipartisan.

La machine républicaine est déjà en mouvement parce qu’ils doivent se préparer pour 2012. Sur le plan interne, les démocrates doivent avoir une politique conciliatoire pour garder dans leur rang les "cross-vote" républicains qui ont voté contre le parti républicain. Alors, le peuple américain doit nécessairement voir un changement dans l’orientation politique et autres parce qu’ils ont voté "Change we can believe in".
Sur la plan international, je pense que les homologues de Barack Obama auront une bien meilleure disposition parce qu’il projette une image beaucoup plus conciliante que celle de son prédécesseur, et Hillary comme Secrétaire d’Etat accomplira beaucoup plus que celle qui est en exercice, un sourire est toujours mieux qu’un rictus. Cependant, il faudra utiliser beaucoup de diplomatie pour amadouer ceux qui pensent qu’ils ont été lésés par l’administration sortante. A partir du 20 janvier, le reste du monde verra les E.U. différemment, non comme un tyran, mais comme quelqu’un avec qui on peut s’asseoir pour trouver une entente. Le nouveau gouvernement doit utiliser cet avantage tant il y a de conflits à résoudre de par le monde (Iraq, Afganistan, Israelo-Arab et, plus près de nous, Venezuela et Cuba).

L.N. : Selon vos analyses, prévoyez-vous des incidences de la présidence d’Obama sur Cuba et Haiti, par exemple ?

A.L. : Concernant Cuba, le nouveau président devra chercher la voie de la communication avec Raoul qui est un peu plus vers le centre que son frère Fidel. Il est grand temps que les puissances avec leurs intellectuels comprennent que chaque peuple et chaque race a une culture et que tout modèle doit être adapté aux conditions de vie et à la culture des citoyens, à leur environnement. Le système cubain ne marche pas à merveille, mais ça marche. Alors, ce serait une erreur si on essayait d’imposer une démocratie à l’américaine aux cubains. Dans mon humble opinion, Le Barack aurait tout intérêt à desserrer l’étau de la gorge de Cuba, ce, en éliminant même en partie l’embargo. L’exposition des cubains au mode de fonctionnement d’autres pays ferait le reste de par lui-même. Non seulement en Haiti, mais aussi à travers la planète, les E.U. doivent essayer de projeter une autre image après ces 8 dernières années.

Peut être que les E. U. doivent émuler la République de Taiwan qui supervise directement ses propres projets en Haiti, au lieu de les laisser aux caprices des ONG et du gouvernement. Si la durée de vie d’un ONG dans une région dépasse 10 ans, il faut avouer que cette ONG a échoué parce qu’avant tout l’ONG est une entreprise suicide si le travail n’est pas fait correctement.

De la crise économique

L.N.:Barack Obama est arrivé à la maison blanche avec une crise économique qui peut déboucher sur une grande dépression pareille à celle de 1929. Pensez-vous que l’effet électoral d’Obama pourra atténuer la gravité de la situation ?

A.L.:L’arrivée d’Obama va diminuer l’appréhension qui existe de par le monde concernant la crise économique. La situation est aussi grave en Angleterre, en France, au Japon, etc. L’humain ne vit pas seulement de parole, mais aussi de pain. La confiance plaçée en Obama va lui donner une bonne période pour redresser le navire, mais ça va prendre du temps et peut être plus qu’un mandat avant que les E.U. et le reste du monde commençe à voir des jours meilleurs. Barack devra tout faire pour sauver l’industrie automobile américaine sinon c’est la fin. L’infusion financière doit venir avec des conditions de supervision par le gouvernement et des sanctions contre ceux qui ne suivent pas à la lettre les recommendations des experts économiques du gouvernement. Il faut aussi créer de nouveaux emplois pour remettre le peuple au travail.
S’il est clair que les actions du gouvernement tendent vers une résolution de la situation, le peuple sera un peu plus patient.

L.N. : Vous avez vécu aux E.U., vous avez écrit des livres sur l’histoire d’Haiti et celle des noirs américains. Pensez vous que de nouvelles relations seront établies entre les deux pays sur les plans culturels, économiques et politiques ?

A.L. : L’approche du Barack comme j’ai déjà dit doit être et sera différente de celle de ces prédécesseurs. Il devra s’éloigner de l’adage d’un des plus grands hommes d’Etat américain sinon le plus grand . Il avait recommandé, à propos d’Haiti, qu’il faut toujours créer une situation où les va-nu-pieds se battent contre les intellectuels,provoquer des conflits entre les intellectuels et faire croire aux mulatres et aux noirs qu’ils sont différents. Les activités culturelles entre les deux nations doivent s’intensifier considérablement. Quant aux relations économiques et politiques, "change we can...", nous n’avons qu’à attendre.

Technologie et modernité

L.N. : La victoire d’Obama est aussi celle de la modernité technologique sur la tradition. Que pouvez vous en dire ?

A.L. : Cette victoire va révolutionner les campagnes électorales de par le monde. Aujourd’hui les jeunes et les moins jeunes sont constamment sur l’internet et avec les "chat rooms" la propagation des idées se fait à une vitesse vertigineuse. Au surplus, la majorité de la génération X ne croit pas dans les différences de classe ou de race. Nous sommes en train de voir le monde prendre une autre direction. Les politiciens traditionels devront s’adapter parce que l’ère est à la technologie.

L.N. : Qu’ en sera-t-il, selon vous, de la situation des nombreux immigrants haitiens aux E.U.?

A.L. : Avant tout, il faut nous rappeler qu’ aux E. U. A., les choses ne se font pas au petit bonheur. Le gouvernement d’ Obama aura une attitude beaucoup plus humaine vis à vis des immigrants haitiens ou autres parce qu’un immigrant reste un immigrant quelque soit sa nationalité. Je ne pense pas qu’il y aura une amnistie massive comme beaucoup le prévoit, surtout avec la grande diminution d’emplois, comme les grandes usines qui ont été transférées (outsourcing), là où la main d’oeuvre est moins coûteuse.

L.N.:Dans l’idéal, quelles doivent être les premières mesures à prendre par le nouveau président américain ?

A.L. : La mesure la plus importante est de regénérer l’économie. L’infusion des billions de dollars des citoyens à la rescousse des grandes entreprises doit être systématique contrairement aux premiers 350 billions pour lesquels les bénéficiaires n’ont donné aucun détail. Le déficit est de 1.5 trillion de dollars ou plus, la situation est très grave, alors toutes les autres issues deviennent secondaires.

L.N.:La nouvelle administration héritera de la guerre en Irak. Qu’en dites-vous ?

A.L. : Au début comme tout le monde j’étais pour la guerre, ensuite après une plus profonde analyse des faits, j’ai réalisé que la guerre n’était pas justifiée. C’est un fiasco total de tous les points de vue, et aussi la cause de la crise économique mondiale. Je ne veux pas en parler.

Similitudes avec Kennedy

L.N. : Y aurait-il une similitude entre John F. Kennedy et Barack Obama ?

A.L.:A première vue, le président Kennedy caucassien millionaire semble très différent de Barack Obama. Cependant, les parallèles sont vraiment frappants. Kennedy a visité les 50 états durant sa campagne comme Barack. Comme Obama il était à son premier mandat comme sénateur et il était très jeune.
Les gens pensaient qu’il était trop jeune et manquait d’expérience comme le Barack. L’expérience, comme les phares arrières d’une voiture, dit seulement les sites que vous avez visité, mais la vision d’un président doit être vers l’avant. Kennedy avait aussi l’obstacle de la religion(Catholique) à franchir, Barack lui devrait franchir l’obstacle musulman et racial.
Au surplus des handicaps qu’ils avaient à franchir, Kennedy et Obama ont d’autres similitudes, tous les deux ont été éduqués à harvard, ils se sont fait une place au soleil après une convention démocratique Kennedy en 1956 et Barack en 2004. Finalement comme Kennedy, Barack a été élu président des Etats Unis d’Amérique.

L.N. : Terminera-t-il son mandat sans incident majeur ?

A.L.:En 2009 il ya certaines pratiques qui sont révolues et c’est presque sur qu’Obama complêtera son premier mandat sans incident majeur et sera réélu pour un second mandat.

Jacques-Alix Louis est scientiste et analyste. Il est professeur de mathématiques, d’informatique et d’anglais. Il est l’auteur de plusieurs livres didactiques sur le Visual Basic. Il a écrit aussi des romans tels que ’the Seventh Spirit’, ’Emakly’s son 1 et 2’, ’Monicarre’. Son essai ’The wretched of the world, why do they still exist’ a été classé le meilleur à la (ICCL) Conférence Internationale sur la Littérature Caraibéene.

Le président élu Barak Obama : le mot "barack" en arabe signifie bénit, ingénieux

Rosa Park : pionnière de la lutte des droits humains aux Etats Unis

James Brown : chanteur très connu par la génération des années 80








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