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Le grand Nord face à la menace sismique

vendredi 21 février 2014 par Administrator

En attendant le Plan de prévention séisme grand Nord, en cours d’élaboration par le Pnud, les habitants, du Cap-Haïtien (Nord), de Port-de-Paix (Nord-Ouest), de Fort-Liberté et de Ouanaminthe (Nord-Est) apprennent à prendre conscience de la menace sismique qui plane sur cette région. Les premiers résultats des études sur la cartographie des sols, dans le cadre des travaux de microzonage, sont inquiétants. A l’image bien sûr des constructions des quartiers terriblement denses et dangereux.

Cap-Haïtien. A 200 mètres de la mer. Sur le balcon d’un bâtiment colonial, on observe ce mercredi, avant la rentrée des classes, une fourmilière d’écoliers dans les rues. A l’instar de Port-au-Prince, les usagers de la route font face, eux aussi, au fameux problème des embouteillages. Mais, contrairement à Port-au-Prince, les villes du grand Nord sont dotées de panneaux pour le moins originaux. Ils ne concernent pas uniquement les automobilistes. Ces panneaux attirent l’attention de toute la population sur la direction à prendre en cas de tremblement de terre suivi d’un tsunami. Aller dans les hauteurs. Le message (en créole) – placé par l’Unesco – est visible un peu partout dans les villes du Cap-Haïtien, de Ouanaminthe ou de Fort-Liberté. Les habitants apprennent à vivre avec le phénomène. Ils apprennent à en prendre conscience.

Cathie, rencontrée dans un restaurant au boulevard de la mer, se montre préoccupée. « Si un séisme se produit au Cap-Haïtien, il y aura beaucoup de morts, soutient l’étudiante en gestion de 23 ans, vivant dans un quartier très dense. Avec une multitude de constructions anarchiques un peu partout, il ne faut pas se faire d’illusion, en cas de catastrophe, les conséquences seront fatales. »

« A certains endroits, les gens ont repoussé la mer avec des tonnes de déchets et autres pour construire des maisons, enchaîne Fabrice Turenne, l’air triste. Il est donc évident que n’importe quelle catastrophe détruira ces habitations construites sur du sable. Seul Dieu pourra limiter les dégâts car le mal est déjà fait. »

En contemplant des maisons perchées sur des montagnes ou implantées sur les sols sablonneux, sauf un miracle contredirait Cathie et Fabrice. Et dire que les études sur le premier volet du Plan de prévention séisme, à savoir le microzonage, révèle des données techniques inquiétantes sur la nature des sols. « Le sol longeant le boulevard jusqu’à Petite-Anse est liquéfiable (sol mou et sablonneux), confie Ntenda Kamina, responsable du projet. Si on construit dans cette zone, il faut que les bases soient vraiment solides. Le périmètre autour de l’aéroport est aussi liquéfiable. S’il y a de grands chantiers dans cette zone avec des projets d’urbanisation, on devrait tenir compte de la structure des sols pour adapter les infrastructures. »

Selon Ntenda Kamina, s’il y a un tremblement de terre, il est fort probable que beaucoup de maisons construites sur des sols liquéfiables soient complètement submergées. L’essentiel n’est pas cependant de s’alarmer, mais de se préparer. « La population doit se rappeler qu’un tremblement de terre peut passer à n’importe quel moment, dit-il. La vulnérabilité du grand Nord est assez élevée. »

Des plans d’urgence en préparation

Ce n’est pas pour rien que Patricia Balandier, experte en construction parasismique, anime un atelier ce jour-là à Fort-Liberté pour une quinzaine de cadres issus de différentes institutions publiques de la région. Embauchée par le Pnud, Patricia Balandier s’attèle à la rédaction des plans d’urgence pour les trois départements du grand Nord. Selon Patricia Balandier, qui a travaillé durant une quinzaine d’années sur la prévention des risques sismiques en Guadeloupe et Martinique, en situation de séisme, on ne va pas recevoir des directives de Port-au-Prince tout de suite après une catastrophe. Les autorités locales seront les seules à prendre des décisions.

« Nous savons scientifiquement qu’un tremblement de terre de la même magnitude peut se reproduire dans la zone, on ne sait pas si c’est demain, dans 10 ans, dans 100 ans (…), souligne Mme Balandier. Les trois départements doivent préparer des stratégies pour faire face à ce problème. »

Les plus grands dangers ne sont pas à Fort-Liberté, encore moins à Port-de-Paix ou à Ouanaminthe, mais au Cap-Haïtien. « On n’aura pas forcément le même plan dans les trois départements, fait remarquer Patricia Balandier. Le fait qu’il y a moins de quartiers terriblement denses et dangereux dans le Nord-Est doit faciliter la gestion de crise ici. Ce qui ne sera pas le cas pour le Cap-Haïtien. »

Les villes se préparent. Lentement. Pour le Pnud, le défi le plus important concerne la nécessité d’accélérer les activités liées à l’évaluation des bâtiments et infrastructures critiques (port, centrales électriques, châteaux d’eau, ponts, usines). Pour l’instant, des bâtiments publics à forts enjeux sont déjà évalués. Ils représentent tous des risques pour la population et doivent en conséquence être renforcés. L’inventaire des écoles et des églises, où beaucoup de gens se rassemblent, doit être aussi fait. « On est conscient des grands dangers qu’ils représentent », indique le chef du projet Plan prévention séisme.

En avril prochain, les travaux de microzonage pour les villes du Cap-Haïtien et de Ouanaminthe, effectués par des techniciens du Pnud et du Bureau des mines, seront achevés. Pour le document final du Plan de prévention – financé par le Fonds de Reconstruction d’Haïti à hauteur de 10 millions de dollars américains –, on devra attendre cependant jusqu’à la fin de l’année 2015. « Pour que le plan soit utile, il doit être utilisé par les autorités locales, comme dans des travaux d’aménagement du territoire, des gestions des risques et désastres qu’elles auront à réaliser, déclare Ntenda Kamina. Ce sera un outil qui leur donnera la position géographique des endroits vraiment à risque, des descriptions de la nature du sol, et surtout les données techniques ou scientifiques pour les pousser à prendre les décisions qu’il faut. »

On n’est pas encore là. Quelle sera la réalité au cas où un séisme se produit aujourd’hui dans le grand Nord ? Quelle sera la réaction de la population ? « Dire que les gens sont totalement conscients du phénomène de tremblement de terre serait prétentieux, mais on peut dire qu’ils commencent à en prendre conscience », balance Ntenda Kamina.

Se préparer, voilà le verbe à conjuguer !
Valéry Daudier
vdaudier@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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