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La quasi-inexistence de l’autorité de l’État

mercredi 2 novembre 2011 par Wadner Isidor

Depuis plus de vingt ans l’État haïtien n’arrive pas à se prendre en charge et, en conséquence il n’est pas capable de faire régner l’ordre public dans le pays voire faire respecter ses décisions. Devant son incapacité de satisfaire ses obligations envers la population, l’autorité de l’État devient quasi-inexistante.

Depuis plus d’une vingtaine d’années on assiste à une baisse considérable de l’autorité de l’État sous toutes ses formes. La crise politique est devenue à bout de la souveraineté étatique. L’Etat haïtien, face à son incapacité de répondre aux besoins de la population, d’assurer efficacement ses fonctions de régulateur et ses missions économiques, sociales et sanitaires indispensables, devient totalement impuissant. Les deux occupations américaines en moins de dix ans sont la preuve que l’État haïtien perd tout contrôle ainsi que toute son autorité, et devant les défis de la mondialisation et les avancées socio-économiques qui s’y rattachent il reste inefficace.

Depuis, les principes de gouvernance ainsi que les nouvelles lois et les amendements semblent être inapplicables voire respectés. Le peuple haïtien arrive à un point où il n’a plus confiance en ses dirigeants qui font tout le temps des promesses qu’ils n’honorent pas. Les avis publics, les arrêtés présidentiels sont souvent boycottés. De fait, l’État haïtien n’a aucun moyen légal pour faire respecter ses ordres. A tous les points de vue et à tous les niveaux son autorité est piétinée. La désobéissance continuelle des citoyens face aux dispositions et aux avertissements pour des raisons dites civiques démontre un certain laxisme du côté de l’État qui ne dispose aucun garde-fou pour faire appliquer la loi dans le pays. Le grand phénomène auquel des gouvernements au cours des vingt dernières années se retrouvent incapables de freiner c’est le commerce informel en particulier l’étalage des marchandises sur les trottoirs et sur les grandes rues, et cela, dans toutes les villes du pays. Faudrait-il un accident mortel pour ralentir un peu la vague de commerçants s’installant tout au long d’une rue en particulier. En dépit des panneaux d’interdiction il ne reste pas de passage pour les piétons sur les trottoirs dans toute la zone métropolitaine particulièrement.

La gabegie administrative et le détournement de fonds connus de tout temps dans l’administration publique ont grand effet sur le comportement et les attitudes de la population haïtienne. En conséquence, ils se montrent très réticents quant aux décisions des gouvernements. Au fait, cette indifférence pourrait exacerber une situation chaotique dans tout le pays. De plus, la dépendance politique et économique rend l’Etat haïtien plus faible encore face à ses obligations comme arbitre central dans le jeu. Sachant que plus 70% des fonds du budget national proviennent de l’aide étrangère et plus de 80% de l’économie du pays sont générés par le secteur informel sur lequel l’État n’a aucun moyen de contrôle. De surcroît, il y a une bourgeoisie commerçante qui exerce depuis une forte influence sur le pourvoir politique. Faute de moyens et de mesures de contrôle, la population est laissée à elle-même, sans aucune alternative. A cet effet, l’Etat ne donne aucune assistance à cette population dont environ 80% vivent en dessous du seuil de la pauvreté. L’avenir de ce peuple jusque là est très inquiétant. De plus, 90% des produits de consommation proviennent de l’extérieur, la couverture forestière est de -2%, et l’énergie la plus utilisée pour la cuisson à l’heure actuelle est le charbon de bois. En outre, environ 60% des familles vivent au dépend de la diaspora et, il y a un taux de chômage qui s’élève à prés de 70% aujourd’hui, sans parler du phénomène du chômage déguisé où des ouvriers qui travaillent inlassablement pour le transport et des « chenjanbe ». Devant ce triste tableau, l’Etat ne fait que se plier aux ordres de la communauté internationale et se soumettre aux caprices des secteurs qui manœuvrent l’économie du pays au détriment de l’ordre publique et l’établissement d’un état de droit.

Poser le problème de l’autorité revient à poser celui de l’État. Il ne peut y avoir d’État sans autorité ; car l’État dans le vrai sens du terme est symbole d’autorité, d’où la nécessité de renforcer les institutions étatiques dans toutes leurs dimensions. Or il revient à l’État de se prendre en charge et de se doter des ressources humaines et matérielles suffisantes devant lui permettre de remplir normalement sa mission, soit reconstruire la République d’Haïti, qui est la plus grande nécessité. Il est inconcevable de voir un État qui s’observe en train de décliner, cela, à une vitesse vertigineuse et qui n’y peut rien devant ses incapacités. La redéfinition des institutions publiques doit se faire de toute urgence pour qu’elles puissent jouer effectivement leur rôle dans la société. Entre autre, la promulgation des lois spéciales et la disposition des mesures drastiques en guise de garde-fou pour les faire appliquer en tout temps est une nécessité urgente. C’est ainsi que l’État haïtien pourrait retrouver son autorité tout en rétablissant l’ordre publique. Et, pour ce faire, les dirigeants doivent s’entendre sur un projet de société découlant des normes internationales et définir un standard de vie en se penchant vers un développement durable et multidimensionnel.

Wadner Isidor

Courriel : wadneri26@yahoo.fr








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