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La politique de reboisement de l’administration Martelly/ Lamothe en panne de stratégies politiques et économiques ?

lundi 5 août 2013 par Administrator

Le reboisement et la conservation des sols en Haïti sont les frères siamois d’une nation vulnérable, mal prise en charge par un Etat délinquant. Pour n’avoir pas respecté l’enseignement
général sur les bassins versants, à
savoir la gestion d’un bassin versant repose sur 3 piliers fondamentaux : la planification intégrée, la responsabilisation territoriale et la prise en compte des contraintes paysannes dans l’élaboration de la politique nationale, notre énergie est dépensée en vain.

Le pays compte trente bassins versants totalisant 2 177 000 ha .De cette superficie, 1 749 900 ha de terre ayant plus de 20% de pente nécessitent une intervention urgente de l’Etat haïtien dans un contexte hautement démocratique. Hautement démocratique signifie la recherche d’un consensus politique entre les trois grands pouvoirs de l’Etat, le quatrième pouvoir et l’opposition politique pour approcher la nébuleuse du reboisement du pays. Compris entre 100 000 et 300 000 gourdes à l’ha, le coût des modèles de mise en défense et de reboisement des terres pratiqué dans les projets à financement étranger n’est pas répétitif. Avec les prix exorbitants de vente à la république des plantules forestières et fruitières pays entre vingt et quarante gourdes l’unité, les gouvernements haïtiens n’ont pas opté pour le reboisement ordonné et planifié du pays. Ils ont plutôt opté pour un marché de plantules et d’expérimentation des structures anti érosives coûteuses, profitables aux ayants droit.

Parallèlement, le pouvoir de Martelly depuis son arrivée aux affaires fait face aux doléances d’une population chauffée à blanc par une presse qui projette dans le politique la réalité économique de la rue et qui exprime le ras le bol d’une opposition qui ne s’attendait pas du tout au retour d’un régime politique proche du duvaliérisme. Le pouvoir de Martelly, en s’attaquant à n’importe quelle priorité des cinq E choisies, a d’abord un problème de perception politique à résoudre. Pour le résoudre, il devra s’appuyer sur l’aile démocratique de l’opposition humiliée et affaiblie par le pouvoir de Lavalas et INITE au cours des vingt-cinq dernières années. Des ministères comme l’Agriculture, l’Environnement ,les Affaires Sociales, l’Education nationale et l’Intérieur doivent être gérés par l’OPL, la fusion la KID ,le RDNP et Acaau, comme preuve de sincérité du mikisme à l’opposition anti duvaliériste que son pouvoir n’est pas un retour au duvaliérisme révolu. Ce nouveau pouvoir jettera les bases d’un programme idéologique de reboisement problématique, parce que son exécution aura exigé l’utilisation de la carotte et du bâton légal. Entendez par l’expression bâton légal une entente politique sur les institutions à mettre en place, sur les programmes et projets à réaliser et sur un arsenal de lois organiques et du code pénal révisé à la lumière des technologies du vingt et unième siècle et des piliers fondamentaux ci-dessus évoqués.

Le pouvoir de Martelly a choisi le slogan « chak ayisyen yon pye bwa ». C’est bien, mais on n’y a pas trouvé la motivation à la fois nationaliste et économique des élites urbaines et des paysans qui vivent dans le bassin versant à reboiser. Encore moins un désir ardent de participation en masse de la jeunesse des écoles qui bénéficient du PSUGO. Ironiquement, le PSUGO divise plus qu’il n’unit. On ne sent pas la volonté du gouvernement de forcer le reboisement depuis la collectivité territoriale. Dans les modèles récents de reboisement, tous les gouvernements haïtiens sont en panne de stratégies politiques et économiques. Aujourd’hui le problème haïtien n’est pas de planter des arbres, mais de trouver chaque jour à manger et de quoi à entretenir sa famille. Si le reboisement lui offre cette alternative, sa participation est acquise déjà aux idées du pouvoir.

Si le pouvoir fait du reboisement un programme prioritaire, alors il devra démontrer qu’il est sérieux et qu’il entend que tout le monde fasse de l’argent y compris le groupe politique qui manoeuvre derrière cette idée. Produire des plantules et les mettre en terre sont une face de la médaille. Le suivi permanent donné aux plantules mises en terre à travers les structures mixtes Etat /société civile est l’autre face de la médaille. Il n’y a pas de stratégie ni en amont ni en aval . C’est aussi le sérieux du gouvernement et des hommes d’affaires qui doit prévaloir dans le choix des politiques énergétiques publiques comme alternatives à l’utilisation du charbon de bois pour permettre aux investisseurs de faire de l’argent à moyen et à long terme et non à très court terme comme c’est le cas actuel.

Quid du consommateur ? « Jodi a, pou nenpòt teknisyen repare yon tib an kwiv nan yon fou /recho a gaz pwopan, pi piti kòb li mande se senk mil goud. Yon ti recho 2 plas a gaz pwopàn koute 2 500 goud. Yon bonbònn gaz 22 liv koute 600 goud. Yon pano sole 250 wat koute tèt nèg, paske wap peye 1,75 dola ameriken, pou chak wat. Pa gen sekirite. Yap volè yo.Pa gen kredi pou malerèz yo achte teknoloji sa yo. Answit malerèz sa yo pa idantifyab nenpòt kote yo ale, pou pèmèt kredi a swiv yo tou patou. Et alors !

Quels sont les facteurs explicatifs du déboisement ? Quelles sont les politiques facilitatrices du reboisement ? Quelles sont les conséquences du non-reboisement ? On ne trouve aucune réponse à ces questions dans le programme triennal de 116 millions de plantules du MDE. Comme si le reboisement se ramenait seulement à placer des commandes de plantules, à les payer, à faire des commissions puis à les donner pour être plantées. !
Coût d’un ha de terrain protégé et reboisé

Aujourd’hui, jusqu’à preuve du contraire, ni le ministère de l’Agriculture , ni le ministère de l’Environnement ne dispose de coût réel et pratique pour un ha protégé et reboisé. Un ha de terre protégé et reboisé en montagne était de quarante mille gourdes, il y a quelque vingt années. Aujourd’hui, dépendant de la nature des structures mécano-végétatives de défense et de restauration de sol établies et du type d’essences forestières ou fruitières adaptées à l’écologie, le coût d’un ha protégé et reboisé peut varier de cent mille à trois cent mille gourdes. Un seul seuil en béton peut coûter jusqu’à 250 000 gdes. Une plantule de bambou est achetée par l’Etat entre 50 et 300 gourdes, dépendant de sa hauteur. Un fruitier coûte entre 30 et 40 gourdes l’unité. Une plantule forestière de vingt cm de hauteur coûte entre vingt et trente gourdes. Une plantule de benzoliv coûte dix gourdes à la pépinière.

La plantule de benzoliv est livrable sur un mois et demi (lajan an fèt vit vit, men li pa rive nan pòch moun kote ki bezwen benzoliv la ). En reboisant les terres avec une densité clairsemée de 40 à 50 arbres à l’ha pour permettre temporairement les cultures vivrières sarclées et en prévoyant un taux de 10% de rejets (leftover), il faudrait quatre-vingt-six millions six cent vingt mille plantules .Imagine-t-on le montant astronomique que l’Etat aurait à dépenser pour produire simplement cette quantité de plantules achetées même aux prix de la pépinière à 15 gourdes l’unité. On aura besoin d’un milliard deux cent quatre-vingt-dix-neuf millions de gourdes (1 299 000 000 ).

Quid du coût des seuils en béton, des seuils en murs secs, des haies vives, du transport, de la plantation, de l’entretien, des pots-de-vins, en plus de la surveillance permanente des plantules ? N’en parlons même pas. Que d’économie on aura faite par plantules ! en donnant ces contrats aux écoles de la section communale. Combien d’argent la république aurait économisé et quelle somme du budget serait alloué aux collectivités et aux écoles en plus du PSUGO ?

Conclusion

Depuis tantôt une vingtaine d’années, le reboisement est devenu la « nuestra causa » ou l’affaire de la « familia politica » des ONG internationales et des amis du cercle du pouvoir exécutif. Le reboisement tel qu’il est organisé aujourd’hui est un processus de racket programmé dans le budget des ministères ou des ONG dans le simple but de faire des commissions lucratives sur chaque plantule commandée.

Le pouvoir de Martelly et le Parlement ne réalisent pas que les citoyens sont parvenus à identifier les vrais problèmes du reboisement, et qu’ils les enjoignent de mettre fin à la valse des millions, qu’ils ne veulent plus danser. Pour aider le reboisement à trouver sa voie, mentionnons deux mesures prises dans un autre domaine par la PNH et qui ont marché très bien. La première était le remorquage des voitures en bon état mal stationnées sur le trottoir (les voitures en mauvais état ne l’étaient pas). Le second est le port obligatoire du casque par les motocyclistes. La première mesure fut rapportée parce que les pénalités payées par les contrevenants n’allaient pas dans les caisses de l’Etat. La seconde est légitimement observée parce que les contraventions, qui se paient chères, sont distribuées par la police au premier venu qui s’aventure à circuler en moto sans le port du casque dans les rues des grandes villes. Si la gestion économique de ces deux mesures est questionnable, il n’en reste pas moins vrai que leur application avait porté des fruits. Il faut simplement corriger les déviations. La même approche est suggérée pour compléter le paquet de mesures motivationnelles et contraignantes qui conditionnent la réussite d’un projet de reboisement.

Nous n’avons pas, nous n’aurons jamais assez d’argent pour mener à terme un projet de reboisement dans les 30 bassins versants dont les eaux en furie dévastent à chaque averse tout sur leur passage. Au prix magouilleur des contrats de plantules signés entre l’Etat et les pépiniéristes, il faudra huit milliards de gourdes pour les produire. Avec une fraction du budget d’investissement demandé de 1 552 142 521 de gourdes pour le MDE, ou de 6 409 316 728 de gourdes pour le MARNDR, combien d’années mettrait chacun de ces ministères pour reboiser les basins versants et pour les protéger ? Dire que les prévisions budgétaires faites par l’Etat et par la communauté internationale sont généralement décaissées en fin d’exercice à hauteur de 60% pour le gouvernement et de 41% pour l’étranger est encore un autre sujet d’inquiétudes dans l’étude et dans la distribution du budget. Et si, là encore, avec ces huit milliards de gourdes il y avait une chance sur mille que le reboisement réussisse, les haïtiens n’auraient qu’à attendre l’arrivée de ce jour pour rendre grâce à Dieu..

Non ! non ! Il n’y a aucune chance que le reboisement du pays réussisse dans ces conditions. Il faut rejeter ces projets rigolos de 116 millions de plantules et de construction de master seuil en béton non étudiés dans un plan ordonné de valorisation des ressources humaines et de renforcement des institutions étatiques de proximité qui en conditionnent leurs succès. Si nous voulons que les projets de reboisement réussissent, commençons d’abord par rétablir l’autorité de l’Etat dans les sections communales. Le reboisement du pays est un must qui incombe au premier chef au pouvoir décentralisé. Nous ne pouvons pas nous y soustraire. Organisons les pouvoirs locaux, rendons-les responsables et fonctionnels. Organisons la justice dans les sections communales.

Organisons la police environnementale ou la police communale sous le commandement de l’autorité civile locale pour punir les contrevenants. Rendons la production de pépinières obligatoire dans toutes les écoles ayant bénéficié du PSUGO. Donnons leur ces contrats de production de plantules pour que l’argent du reboisement profite aux gens des zones à reboiser. Etendons ces mesures aux lycées publics et aux collèges privés du secondaire en milieu rural en échange des services fournis par l’Etat ou par le privé. Faisons des pratiques de mise en défense des sols et de reboisement une matière de base dans les programmes annuels d’examens scolaires. Mettons dans le curriculum des examens annuels de fin d’études le reboisement et la défense -restauration des sols comme des matières de base obligatoires.

Rendons les services d’identification nationale et d’intelligence nationale fonctionnels pour pouvoir garantir le crédit donné par les banques commerciales ou par une banque de développement. Et comme toutes ces innovations demandent un consensus politique et du temps pour mettre en place une gouvernance locale fonctionnelle, votons une « loi d’expérimentation », choisissons des bassins versants pilotes dans lesquels ce paquet intégré de gouvernance et de reboisement sera expérimenté pour servir de lieux d’excursions, de démonstration et de motivation aux groupes des leaders qui ont ces mêmes problèmes de reboisement chez eux. « Politik se fè tout moun fè lajan. Martelly dwe fè lajan rebwazman an ale nan mòn kote rebwazman an ap fèt la, pou l jwenn patisipasyon pèp la
toutbon. Si Mateli eseye rale bò kote l, tout pati politik, LAVALAS ak INITE te imilye yo, lap gen yon chans, pou l sove pouvwal, ak pati politik sa yo, kap ede l nan rebwazman an, pandan lap rasire opinyon piblik la, menm si Janklod Divalye se moun pa li, pouvwa pl la, pa yon pouvwa divalyeris ki depase deja jodia. »

michelwilliam1000@hotmail.com 1er août 2013

Références :

- Le bluff du Benzoliv et des 116 millions de plantules de reboisement du MDE, Michel William Nouvelliste juin 2013
- Planter 116 000 000 d’arbres en trois ans (mai 2013 - mai 2016),
en sommes-nous prêts ? Karly Jean Jeune juillet 2013
- Le « Benzoliv » ou la plante par laquelle le président Martelly peut faire la différence , Forum internet Michel William 25 Mai 2013
- Morne L’Hôpital, les dés sont jetés, Robenson Geffrard rgeffrard@lenouvelliste.com mercredi 06 juin 2012
- Projet de reboisement d’Haïti , Michel William 30 juin 2011
- Vulnérabilité environnementale en Haïti Bassins versants, rapport USAID Haïti 20 juin 2010
- La problématique politique du traitement des basins versants, Michel William New York 13 Octobre 2011,
- Un contrat avec Ayiti en 5 points, publié dans les colonnes du journal Le Novateur #102 f Stuppard Wednesday, October 27, 2010
- Zonage Foret des pins (selon le vocabulaire en usage par les habitants de Foret des Pins/Maccaya.) Juin 2009 enquête d’opinion de Yves André Wainright
- Les actes de l’Atelier national sur les choix énergétiques MARNDR 21 janvier 2000
- Gestion des Bassins versants ,politique sous sectorielle du MARNDR Agr Paul Verlaine Jean Baptiste (Les actes de la semaine du developpent Rural 13-17 décembre 1999








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