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La pointe de l’iceberg - Par : Nathalie Elgrably-Lévy, 22 octobre 2009

dimanche 25 octobre 2009 par William Toussaint

Plus que jamais, les affaires de corruption accaparent la scène médiatique. Après la célèbre saga Mulroney-Schreiber, c’est au tour de Sylvie St-Jean, de Frank Zampino et de Benoit Labonté de faire la une des quotidiens.

Bien que les questions d’éthique soient au cœur de l’actualité, les comportements douteux, les malversations, les pots-de-vin et autres comportements illicites ne datent pas d’hier. En 1872, John A. Macdonald, premier ministre du Canada, a été contraint de démissionner à la suite du scandale du Canadien Pacifique. En 1892, Honoré Mercier, premier ministre du Québec, fut démis de ses fonctions en raison de l’affaire de la Baie des Chaleurs. Plus ça change…

Pourquoi tant de corruption ? Pourquoi les élus et les fonctionnaires fricotent-ils avec les gens d’affaires ? On nous dit qu’il faudrait plus de gens honnêtes en politique et dans le secteur public. On nous dit également qu’on devrait voter des lois plus strictes, resserrer les mécanismes de contrôle, revoir la loi sur le financement des activités politiques, etc. Peut-être… mais est-ce la solution ?

Pour combattre efficacement la corruption, il faut d’abord identifier ce qui l’engendre. Or, personne ne résume le phénomène mieux que Lord Acton, un historien britannique du 19e siècle. Son travail d’observation l’avait amené à déclarer que si « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».

Politiciens et fonctionnaires n’ont jamais eu autant de pouvoir qu’actuellement. Ils ont la liberté de voter des lois, de protéger des marchés, d’accorder des privilèges et, bien entendu, de dépenser des fonds publics. Ils peuvent permettre ou interdire. Ils peuvent exproprier, taxer, subventionner et réglementer. Cette année, la Ville de Montréal va dépenser 4,1 milliards $. À l’échelle provinciale, ce chiffre augmente à 57,4 milliards $, tandis qu’il atteint 237 milliards $ à l’échelle fédérale. Argent, pouvoir et arbitraire créent d’irrésistibles occasions de corruption. Faut-il donc être surpris si quelques personnes tentent d’obtenir des faveurs en recourant à des moyens immoraux ?

Certains jouent les vierges offensées face aux récents scandales. D’autres nous parlent d’enquêtes policières ou réclament une commission d’enquête. Ces efforts permettront sans doute de punir les coupables, mais ils n’enrayeront jamais le phénomène, car ils s’attaquent au symptôme et non à la racine du problème. Au mieux, ils forceront les délinquants à raffiner leurs tactiques et à user d’imagination pour éviter de se faire prendre. Mais dans les faits, tant que le monde politique aura le pouvoir de s’immiscer dans les affaires, les gens d’affaires voudront s’immiscer dans le monde politique, et aucune enquête ne rompra cette symbiose !

Les malversations qui occupent actuellement les médias sont désolantes, mais il y a pire encore. Il y a la corruption légale et officielle qui se produit sur une base quotidienne et qui devrait nous scandaliser tout autant, sinon plus ! Quand des milliers de lobbyistes travaillent à temps plein pour influencer en leur faveur les décisions de politiciens et obtenir l’argent des contribuables, n’est-ce pas de la corruption ? Quand ils subordonnent leurs votes à un quelconque traitement de faveur, n’est-ce pas de la corruption ? Quand le Trésor québécois dilapide les fonds publics pour financer des projets qui n’avantagent que quelques intérêts particuliers, n’est-ce pas de la corruption ? Et la Loi de l’impôt sur le revenu canadienne, qui compte 2848 pages parce qu’elle contient une série de privilèges, d’exceptions et de cas particuliers, n’est-elle pas une forme de corruption ?

Dénoncer les comportements illégaux, d’accord ! Mais ne perdons pas de vue la corruption légale engendrée par les immenses pouvoirs que l’État possède, car c’est elle le véritable cancer de l’économie !

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l’Institut économique de Montréal








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