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La fuite constante des cerveaux haïtiens

mercredi 5 octobre 2011 par Wadner Isidor

Haïti : La fuite constante des cerveaux haïtiens est un déficit intellectuel considérable pour le pays qui vient d’enclencher un processus de reconstruction après la catastrophe de janvier 2010. Que faire afin de provoquer le retour de ces cerveaux qui ont leur part à jouer dans ce vaste projet qui a tant besoin de bras ?

Nombreux sont ceux qui affirment que le président François Duvalier était l’ennemi acharné des intellectuels et, c’est ce qui explique la fuite de beaucoup d’intellectuels du pays au cours des années 60 et 70 pour se refugier dans certains pays d’Europe, d’Afrique et surtout en Amérique du Nord. La chute du régime duvaliériste en 1986, qui allait tourner une page d’histoire du pays a déclenché une autre forme de lutte et de revendication sociales, celle de la démocratie et de la liberté d’expression. Ceci étant dit, Haïti a connu sa deuxième indépendance après 29 ans de répression sous le régime des Tontons macoutes. Faute de vision et de leadership, qui d’ailleurs sont des faiblesses haïtiennes, la vague de violence due au laxisme des moins-disant révolutionnaires vient ajouter aux maux de cette population inoffensive. Depuis, on constate l’intensification de la fuite des cerveaux en raison de l’incertitude d’un changement tant attendu. Aujourd’hui, près de 70% des intellectuels formés en Haïti se retrouvent à l’étranger en quête d’un avenir meilleur. Que faut-il faire pour freiner ou ralentir ce phénomène ?

Il est pourtant clair que si ce phénomène continue encore à ce même rythme la rareté des ressources humaines en Haïti sera plutôt alarmante. Un pays en stade de reconstruction avec près de 70% de ses ressources à l’extérieur, ce projet, ne serait-il pas hypothétique ? Au cours de ces vingt dernières années le nombre d’applications pour des visas immigrants dans les ambassades des États-Unis, de France et du Canada s’est élevé considérablement, et la majorité des demandeurs sont des intellectuels et des cadres formés dans les écoles et les universités haïtiennes et, une grande partie sont des diplômés et boursiers de l’université d’Etat d’Haïti ; malheureusement ce sont leurs dossiers qui sont vite pris en considération. Tous, ils se plaignent du chaos qui s’installe dans le pays depuis 1986 et, de fait, ils n’espèrent aucun changement. Universitaires comme travailleurs disent que le pays n’offre aucune garantie et en conséquence, ils n’ont aucune envie d’y rester.

Quant aux avantages socio-économiques, Haïti n’offre réellement pas grand-chose surtout avec la dévalorisation de la gourde par rapport au dollar. En conséquence, universitaires, techniciens, travailleurs sans métiers, ils sont tous dans le même panier, sans assurance ni fonds de retraite. Dans un pareil cas chacun vit au quotidien, sans possibilité d’épargne. Cette situation d’incertitude a forcé beaucoup de cerveaux haïtiens à quitter le pays ces dernières années et c’est le cas par exemple de beaucoup de médecins, d’infirmières, d’ingénieurs, d’agronomes, d’avocats, de sociologues, de professeurs et tant d’autres professionnels qualifiés qui sont formés dans le pays et, dont la présence est indispensable dans la reconstruction d’Haïti. Le pire, c’est que beaucoup d’entre eux une fois arrivés en terre étrangère sont obligés, nonobstant leur qualification, d’aller travailler dans les manufactures afin de prendre soin de leur famille, la plupart sont devenues comme des travailleurs sans métiers touchant à la pièce, au gré d’un système dévalorisant la formation intellectuelle et les compétences techniques en vue d’enrichir les employeurs occidentaux, et d’autres sont devenus des chauffeurs de taxi, cela, malgré eux. On ne sait le nombre de ceux qui s’apprêtent à quitter le pays un jour ou l’autre, sans savoir ce qui les attend dans la nouvelle société.

Au regard de ce sentiment commun où chaque citoyen rêve de quitter le pays un jour par quel que soit le moyen, un plan devrait être mis en place en vue de parvenir à des alternatives non de survie, mais d’amélioration des conditions de vie de la population vivant à l’extrémité du monde moderne. Toutefois, d’où peut provenir cette solution au problème de fuite en grand nombre des cerveaux haïtiens si les dirigeants eux-mêmes n’espèrent aucun changement dans le pays de par leurs discours et leurs actions ?

Combien parmi des dirigeants du pays, pour préparer leur demain et celui de leurs enfants ont acheté des propriétés dans d’autres pays où demeure, d’ailleurs, leur famille. Cette tendance fait naître un désespoir qui ne fait qu’empirer la situation des Haïtiens qui ont de très loin un standard de vie. A entendre un dirigeant qui se plaint des conditions du pays et, qui pourtant a le mandat d’établir l’ordre des choses, on se demande à quel saint se vouer dans un pareil cas. Ces dernières années, Haïti a battu le record dans la Caraïbe en matière de voyages clandestins. Nonobstant les mesures prises par les gouvernements suite aux multiples naufrages enregistrés, cela n’empêche pas l’organisation continue de ces voyages, en dépit des risques et des menaces. Cette population désespérée, devant cet abîme invivable, se dit prête à tout pour échapper à cet enfer. La classe politique haïtienne qui ne peut pas se prendre en charge est très loin de satisfaire aux attentes peu nombreuses de la population. Aujourd’hui encore, ce phénomène est de plus en plus inquiétant et préoccupe énormément les citoyens, en particulier les intellectuels.

Faudrait-il espérer un changement au sens positif ? Il vaudrait quand même la peine d’espérer ; car la vie est faite d’espoir. Toutefois, d’autres pays sont passés par là au cours de leur histoire, mais la grande question est : comment arrêter ce phénomène dégradant ? Il est clair que ce problème ne peut être résolu par le sentiment individualiste qui s’installe il y a longtemps au pays et qui ne fait qu’empirer la situation. Pour y parvenir, cela doit impliquer démesurément l’action collective et la responsabilité citoyenne. Garantir la sécurité sociale et la réussite professionnelle des citoyens est un élément indispensable pour freiner la fuite continuelle des cerveaux en Haïti. Il est unanime que la principale cause de ce phénomène est l’incertitude liée à la désorganisation ; car depuis quelques temps la vie en Haïti est comme jouer à pile ou face, et chacun se débrouille pour s’en sortir.

Wadner Isidor

Wadneri26@yahoo.fr








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