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La formation des professeurs reléguée au second plan

jeudi 13 septembre 2012 par Administrator

Le mois prochain, ce sera la rentrée à l’Université d’Etat d’Haïti (UEH). Malgré les nombreuses protestations des professeurs et des étudiants, les conditions de fonctionnement de l’Ecole normale supérieure (ENS) laissent toujours à désirer. La seule véritable institution du pays où l’on forme des professeurs est comme une savane abandonnée. Reportage.

Pas joli à voir. Le constat est dur. Des mauvaises herbes poussent pratiquement partout. De chaises usées et des débris de béton entreposés ici et là. La carcasse hideuse d’un véhicule en stationnement permanent dans la cour de l’Ecole normale supérieure indique, explicitement, que les choses vont mal. Un tableau qui met en évidence la dure réalité du fonctionnement de l’ENS depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Tous les soirs, des individus viennent dormir dans les salles de cours de l’ENS. Pas besoin d’avoir une autorisation ou un laissez-passer pour rentrer dans l’enceinte de l’institution. Une partie de la clôture en tôle qui devait garantir un minimum de sécurité est tombée depuis des jours. Ce qui permet à quelqu’un se trouvant à la rue de la Réunion d’entrer facilement dans la cour de l’ENS. Faute d’argent, les responsables sont dans l’impossibilité d’achever la reconstruction de la clôture détruite par le tremblement de terre. « Nous n’avons disposé que de 50 pour cent du coût des travaux », se plaint le Dr Jean Fritzner Etienne, l’un des trois membres du conseil d’administration qui gère l’ENS.

Malgré son état lamentable, beaucoup de jeunes qui viennent de terminer leurs études classiques manifestent le désir d’entrer à l’ENS. Ils sont plusieurs dizaines à venir s’inscrire ce mercredi matin. « C’est vrai que l’Ecole normale se trouve dans une situation difficile pour le moment, mais j’espère que les choses vont changer », déclare une demoiselle dans la vingtaine venue faire le dépôt de ses pièces pour le concours d’admission.

Comme elle, des centaines de postulants espèrent que les choses vont changer. Ils seront surpris et déçus de savoir que l’ENS ne sortira pas de sitôt de la situation où elle se trouve actuellement, puisque le rectorat de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) n’a aucun projet particulier pour cette entité. Selon le Dr Etienne, les responsables de l’UEH ont un projet général pour l’ensemble des facultés qui est de les reloger toutes dans un seul campus à Damien. Un projet qui ne date pas d’hier.

Avec son maigre budget d’investissement, l’ENS ne peut pas faire grand-chose de par elle-même. Cependant, les responsables tentent de préparer la nouvelle rentrée universitaire. Une partie de l’institution endommagéee par le tremblement de terre est en chantier. Elle va loger des laboratoires de langues vivantes, de physique, l’informatique et la bibliothèque. Un petit pas, mais très important pour la bonne marche de l’ENS.

Pour suivre les cours, les 500 étudiants de l’Ecole normale sont obligés de se partager trois hangars construits en bois et en tôle. Chaque hangar est divisé en trois salles de cours. Visiblement pas appropriées pour l’apprentissage. « On peut facilement, mais sans le vouloir, entendre ce que le professeur dans l’autre salle dit à ses étudiants. Il n’y a aucun moyen de se concentrer », explique au Nouvelliste un étudiant de l’ENS.

« Nous fonctionnons dans des conditions extrêmement difficiles, lance le Dr Jean Fritzner Etienne. Deux ans après le séisme, nous continuons de fonctionner dans des hangars. Les salles de classe aménagées sont largement insuffisantes », fait-il remarquer.

Pour fonctionner normalement, l’ENS a besoin d’une trentaine de salles de cours. Actuellement, elle ne dispose que de dix salles. Construites en forme de grand hangar avec du bois et une toiture en tôle qui laisse traverser facilement la chaleur des rayons du soleil. L’eau quant il pleut. Le bruit, tout le temps.

« Tous les responsables du pays savent où se trouve l’ENS. Mais l’Ecole normale n’est pas une priorité peur eux. Je trouve que c’est dommage qu’on parle d’éducation pour tous, alors que la seule institution du pays qui forme des enseignants du secondaire est abandonnée », dénonce le professeur Etienne. Toutefois, il souligne la volonté des dirigeants de l’ENS de ne pas s’apitoyer sur leur sort, mais de continuer à lutter pour la survie de l’institution.

Le Dr Jean Fritzner Etienne se dit conscient du fait que la formation dispensée aux futurs maitres pendant ces deux dernières années comporte beaucoup de lacunes. Pour tenter de palier ces manquements, les responsables de l’ENS font venir régulièrement au pays des professeurs étrangers pour dispenser des cours bien spécifiques sous forme de séminaire.

Mais cela ne suffit pas. Le professeur John Picard Biron estime de son côté que les conditions élémentaires de fonctionnement n’existent pas à l’ENS. Les professeurs de l’Ecole normale avaient déjà observé un arrêt de travail pour exiger de meilleures conditions de travail. Parce que leurs revendications n’ont pas été prises en considération, la réouverture de l’Université d’Etat d’Haïti se fera sur fond de crise, annonce le professeur Biron. Ils entendent forcer les autorités étatiques à assumer leurs responsabilités envers l’Université.

Selon le professeur Biron, les autorités ne se soucient guère de la situation de l’Université d’Etat en général, encore moins de l’ENS. « On ne peut pas parler de l’accès à l’enseignement gratuit sans parler des conditions fondamentales de la formation des professeurs à travers l’Ecole normale », fulmine-t-il.

Le Dr Jean Fritzner Etienne dit craindre que les professeurs n’observent à nouveau un arrêt de travail après la rentrée, puisque aucune réponse n’a été apportée à leurs revendications.

Ce sont pratiquement toutes les onze facultés de l’Université d’Etat d’Haïti qui font face à de sérieux problèmes de toutes sortes. L’ENS a la chance du fait que ses matériels de laboratoire de langues vivantes, de chimie, de physique ou d’informatique n’ont pas tous été détruits par le tremblement de terre. Ils ont été mis dans des boîtes et entreposés dans une salle, provisoirement.

Parallèlement aux sept sections de l’ENS ; langues vivantes, mathématiques, physique, chimie, biologie, histoire, géographie, une centaine d’étudiants ont accès à trois programmes de maîtrise en histoire, géographie et en philosophie. Chaque année, l’ENS accueille environ 200 nouveaux jeunes en niveau licence.

Robenson Geffrard,

rgeffrard@lenouvelliste.com








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