CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com

L’entreprenariat en Haïti

samedi 15 novembre 2008 par Erich Jean René

L’entreprenariat en Haïti - Par : Jean Erich René

Se lancer en affaires c’est le rêve de tout le monde. Mais être Chef
d’Entreprise exige des qualités exceptionnelles. Malheureusement en Haïti
nous n’avons pas la culture de l’entreprenariat. Nous avons surtout été
éduqués pour être des fonctionnaires même lorsque nous sommes des
professionnels. Nous nous sentons plus confortables de recevoir un salaire
afin de nous soulager du stress d’un lendemain sans pain que souvent les
aléas de la vie imposent. Le mot entrepreneur vient du latin « pendere »
dont le correspondant français est : prendre des risques calculés,
c’est-à-dire frapper la balle au bon moment afin d’ouvrir le score et
l’aggraver davantage. Une telle prouesse requiert une vivacité d’esprit et
une capacité d’organisation qu’on n’acquiert pas par hasard.

Dans un pays comme Haïti, ce ne sont pas les occasions qui manquent. Il y a
beaucoup de besoins insatisfaits. Nous pouvons produire des biens et des
services capables de répondre à la demande latente. Tout d’abord nous nous
trouvons en face d’un dilemme que nous pouvons expliciter par les questions
suivantes :

- Que faut-il produire et pour quel marché ?
- Comment acquérir la technologie nécessaire ou bien ouvrir un comptoir de
vente ?
- Quels sont les mécanismes de fonctionnement du marché ciblé ?
- Quelles sont les lois qui régissent la matière ?
- Où trouver le financement nécessaire ?

Comme vous pouvez le remarquer le financement représente le dernier palier
de l’échafaudage. Par déformation nous accordons souvent à l’argent la
première place en pensant que le reste viendra par enchantement. Erreur !
Nous devons d’abord nous connecter à la réalité afin de faire l’inventaire
des actions à entreprendre pour camper nos projets. Avec le progrès de la
communication, les structures traditionnelles des entreprises commerciales
et industrielles deviennent obsolètes. Aujourd’hui on peut brasser de
grosses affaires virtuellement. On peut aisément dépasser le cadre
restreint du territoire d’Haïti en accordant une dimension internationale à
une entreprise locale grâce à des pôles de contact via Internet. On ne
s’improvise pas entrepreneur. Il faut être imbu des Accords Internationaux
signés entre les nations, des types de biens et de services
commercialisables aussi bien que des frais de transport, les assurances,
les taxes et les tarifs douaniers à payer. La General Agreement on Tariffs
and Trade : GATT et l’Accord du Libre Échange Nord Américain : ALENA
ouvrent la voie à tous les entrepreneurs sans distinction de race, de
couleur ni de nationalité. Ils nous affranchissent des tutelles de certains
hommes d’affaires haïtiens rongés par le sectarisme et l’esprit de clan.

A cause de l’étroitesse du marché national, il y a une lutte implacable
entre les entrepreneurs de la place. Que dire des jeunes pousses qui sont
appelées à languir puis à périr à l’ombre du Mapou qui ne leur accorde
même pas la chance d’entrer dans le circuit. Le manque d’esprit de
créativité nous porte à marcher sur les brisées de nos prédécesseurs en
diminuant leurs marges bénéficiaires. Ils n’hésitent pas un instant à
éteindre dans l’œuf nos velléités entrepreneuriales. Aussi
s’impliquent-ils dans la politique en s’associant aux dirigeants en selle
afin d’obtenir la part du lion. Cette imbrication encourage les
concurrences déloyales, engonce la machine économique en ne favorisant que
certains privilégiés. De plus ces derniers ne réinvestissent par leurs
profits afin d’augmenter le capital national et le nombre d’emplois. C’est
la triste situation dans laquelle nous implique actuellement le
Gouvernement de Préval dont le népotisme et le clientélisme ne sont plus à
démontrer.

A cause de l’étroitesse du marché national, la compétition est très serrée.
La saturation oblige les entrepreneurs à porter des coups bas à leurs
compétiteurs. Par manque de flair et aussi par paresse les nouveaux
promoteurs ne font que marcher sur les plates bandes de leurs
prédécesseurs. Ils n’arrivent pas à créer leurs propres chemins en
innovant. Pourtant, la technologie de l’informatique a révolutionné le
monde des affaires en apportant un changement de taille extraordinaire par
l’élargissement de ses frontières. Des banques de données, des logiciels
spécialisés et des moteurs de recherche très performants apportent de
précieuses informations en faisant appel à la magie de l’image et du son
pour capter notre attention. De tels atouts autrefois n’étaient que le
privilège exclusif de certains initiés. Ainsi ont-ils pu obtenir de juteux
contrats avec les Multinationales. Des avances sur la production ou arrhes
pour les entreprises agricoles, leur permettent de couvrir les coûts de
production. Souvent ils n’utilisent pas leurs capitaux propres pour faire
démarrer leurs entreprises. Ils savent bien comment jongler avec le système
et frapper à la bonne porte.

Il n’y a pas de générations spontanées. On doit commencer quelque part !
Nous sommes suffisamment dotés en facteurs de production pour les produits
en céramique tels que matériels sanitaires, électriques et l’artisanat
grâce à nos importantes mines de kaolin de Mirebalais et de Latibolière.
Nous pouvons aisément actionner l’industrie immobilière et des biens
d’équipement grâce à nos importantes ressources en carbonate de calcium,
nos minerais de fer et de bauxite. Malheureusement les industriels haïtiens
ne font qu’imiter l’abeille en butinant nos fleurs pour fabriquer leur
miel. Ils n’investissent pas dans les recherches ni l’exploitation des
ressources du sol et du sous-sol. L’économie haïtienne demeure encore au
stade de spéculation donnant lieu à une nuée de compétiteurs salopes.

La faute revient surtout au Gouvernement en place qui devrait aménager le
cadre légal adéquat et faire respecter les lois existantes afin de limiter
les dégâts au niveau des différentes branches de production. L’incitation à
l’investissement par le biais de l’imposition est un atout majeur.
L’effondrement de certains bâtiments d’école occasionnant des morts, des
blessés en laissant des séquelles psychologues graves au sein de la
jeunesse estudiantine, suffit pour mettre en évidence le degré de
permissivité en cours en Haïti. Le Gouvernement ne gouverne rien. Le
Président ne préside que ses intérêts personnels. Ce laxisme est une
conséquence directe de la politique de la militance suivie pendant 18 ans
par les Spécialistes de la destruction d’Haïti : Jean Bertrand Aristide et
René Préval. Point n’est besoin d’avoir une formation pour s’acquitter
d’une tâche. On ramasse toutes les connaissances souhaitables sur le béton.
Dans un pays où n’importe qui peut remplir n’importe quelle fonction,
n’importe comment, n’importe quoi peut arriver à n’importe quel moment. Nos
pasteurs d’église s’improvisent Ingénieurs et se foutent des autorisations
de construction que délivrent ordinairement nos Mairies qu’appuyait
autrefois l’OFATMA pour couvrir les frais d’accident. L’ONA s’est
transformé en une véritable caverne d’Alibaba. Il suffit de dire : « 
Sésame ouvre-toi » pour que les Grands Commis de l’État obtiennent des
prêts de 10 millions. Nos fantaisistes constructeurs prennent congé de la
loi de la résistance des matériaux en ignorant la répartition des charges
sur les poteaux et le flambage etc.

La même gargote s’observe davantage dans le monde des affaires. C’est
l’anarchie totale ! Pour protéger l’industrie naissante certaines mesures
légales doivent être prises. Depuis l’antiquité il y avait toujours des
lois qui régissent la matière. A Babylone, nous pouvons mentionner le Code
d’Hammiras sur les échanges commerciaux. En Haïti la demande globale est
tributaire de la tyrannie du Club de Bourdon qui finance les manifestations
et asservit la presse en menaçant de retraire ses publicités. La rareté
artificielle des biens pour provoquer une augmentation subite des prix est
une pratique courante chez nos hommes d’affaires sans vergogne. Pour comble
de malheur les guichets de nos Banques sont fermés aux jeunes
entrepreneurs. Une vingtaine de familles financent les élections
présidentielles pour avoir leur poulain au Palais national et maîtriser la
circulation monétaire.

Il n’est pas nécessaire d’être né dans une famille d’entrepreneurs, on peut
le devenir. La réussite en affaires n’est pas du tout l’apanage des fils
des entrepreneurs traditionnels, selon le préjugé mesquin qu’on fait
circuler dans le milieu haïtien et qui tente de faire tâche d’huile.
Parfois les enfants dont les parents et les grands parents étaient des
entrepreneurs ont une forte probabilité d’hériter la veine de
l’entrepreneurship. Ils sont imbus sur le tas du modèle de gestion de
l’entreprise familiale. Le savoir-faire est indispensable pour les nouveaux
arrivés qui doivent emprunter certains créneaux. C’est de là que découle le
rôle prépondérant de l’État en instaurant des Centres de Formation
adéquats. Par le biais du Ministère du Commerce et de l’Industrie devraient
s’organiser périodiquement des séminaires, des colloques pour lancer nos
jeunes sur de bonnes pistes. C’est la pédagogie utilisée par les NPI ou
Nouveaux Pays Industrialisés. La Banque Centrale, la Banque de toutes les
Banques doit réviser sa politique de crédit en ouvrant leurs caisses aux
jeunes entrepreneurs. En renonçant à l’esprit de clan, grâce à
l’entreprenariat nous briserons le carcan du sous-développement en Haïti.
Oui Nou Kapab.








Accueil | Plan du site | info visites 315034

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site LES AFFAIRES  Suivre la vie du site Entreprenariat   Politique de publication

Haitimonde Network