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L’effet Laferrière

mercredi 12 mars 2014 par Administrator

Laferrière comme la citadelle, fin d’année comme en 1803 ! Impressionnant, n’est-ce pas ? Un nom prédestiné pour nous sortir de notre torpeur ? Une date symbolique pour nous rappeler que nous sommes un peuple de résistants ?

Dany Laferrière est élu au premier tour à l’Académie française ! Quel baume sur notre interminable chapelet de doutes, d’incertitudes et d’anxiétés ! Merci Dany Laferrière d’être si brillamment exceptionnel. Merci surtout d’être venu recevoir cet honneur chez nous. “Nou pran yo !” Bravo et merci.

L’Académie française, en recevant Dany Laferrière, s’offre une bouffée d’air pur, un vent frais d’Amérique, un rayon de soleil caribéen. Toujours auréolée de son prestige séculaire, la vieille institution entre résolument dans la modernité.

A Port-au-Prince, le nom de Dany Laferrière à la une de tous les médias, son image rayonnante sur tous les écrans remplissent d’émotion et de fierté tous ceux qui peuvent comprendre la portée de cet évènement extraordinaire. Saurons-nous profiter de l’effet revigorant que produit sur nous la gloire de cet écrivain ?

Neuf prix littéraires prestigieux gagnés par nos compatriotes en 2009 dans le monde de la francophonie, cinq médailles d’or remportées par nos chefs cuisiniers à la compétition internationale de Floride en 2011, le prestige de notre troupe folklorique à travers le monde, les nombreux Haïtiens de la diaspora qui s’imposent par leur compétence, les prodiges de débrouillardise de notre population pour survivre dans l’abandon et le mépris, les distinctions souvent obtenues, dans les championats étrangers, par nos sportifs en arts martiaux, nos danseurs modernes qui reviennent avec les premiers prix des concours internationaux, n’ont pas eu grand impact sur notre société. Nous continuons obstinément à nous tourner vers l’étranger avec un sentiment de défaite.

Toutes ces prouesses, tous ces talents en plus d’un cardinal à l’Église catholique romaine et Dany Laferrière à l’Académie française, ne sont-ce pas des signes qui évoquent la vocation de grandeur de notre nation ? N’est-ce pas le moment de retrouver notre fierté perdue ?

Tous ces motifs d’orgueil devraient au moins nous porter à bannir désormais de notre vocabulaire des expressions réductrices que nous avons inventées ou que nous répétons allègrement après d’autres pour nous avilir :
-  Ne parlons plus “d’école borlette”, puisqu’elle existe par notre négligence . Nous pouvons la réformer au lieu de la ridiculiser ;
-  Ne parlons plus du “seul PMA de l’Amérique”, puisque nous sommes un peuple riche qui l’ignore. Nous pouvons nous organiser ;
-  Ne parlons plus de “l’Ile d’Hispañola”, puisqu’elle n’existe sur aucune carte géographique. Ce nom évoque tant de malheurs !
-  Ne parlons plus du “plus grand bidonville du pays” comme une publicité pour la meilleure parmi d’autres réalisations.

Tous ces exemples pour dire que nous ne savons pas quel peuple vaillant nous sommes, et pour cause : qui garde la mémoire collective nationale ? Dany Laferrière deviendra-t-il un jour en Haïti un nom vaguement connu devant une entreprise quelconque, comme tant d’autres avant lui qui ont porté haut le nom du pays ? Ou bien sera-t-il un buste oublié en plein soleil comme celui du pont Morin emprisonné par des barbelés minables ?

Ainsi, chez nous, sont vouées à l’abandon toutes nos richesses humaines, historiques et naturelles : nos forts qui évoquent tant de combats et tant de gloire ; nos grands musiciens qui, au début du XXe siècle, nous avaient placés parmi les “ten tops” des orchestres philarmoniques mondiaux.

Combien de citoyens haïtiens aujourd’hui savent que notre drapeau a flotté aux Jeux Olympiques de 1937 en Europe, à la Coupe du monde de football de 1974, lors des quarts de finale de Roland-Garros dans les années 80, sur le podium du concours Miss Univers avec la première dauphine dans les années 70 ?

Combien d’Haïtiens se figent encore pour saluer notre bicolore ? Combien connaissent les symboles des armes de la République ? Combien de recettes culinaires savoureuses, de beaux chants traditionnels, de contes merveilleux se perdent ? On a même vu ces dernières années (ô sacrilêge !) des écoles travailler le 17 octobre et le 18 novembre comme en un jour quelconque.

Beaucoup d’entre nous ignorent, hélas ! que chez nous, en Haïti – en Haïti seulement ! – par la seule magie de leur intelligence, des gueux sont devenus généraux invincibles ; des esclaves sont devenus rois...Ainsi a commencé notre histoire de nation par un épisode d’actions sanglantes qui se termina par un vrai conte de fées, conte de fées vite transformé en scénario tragique qui menace aujourd’hui de tourner au film d’horreur.

Un film macabre, heureusement entrecoupé de scènes lumineuses qui nous permettent de rêver. A partir de tous les succès cités plus haut, pourquoi ne pas transformer l’Effet Laferrière en Rêve Laferrière ?

Rêve d’une Haiti grande, belle, sereine, prestigieuse, où s’épanouissent librement l’intelligence et la créativité étonnante de tous les citoyens ;

Rêve d’une Haïti où, à l’image de Da, tous les parents élèvent leurs enfants dans l’amour, les vertus traditionnelles, le respect de soi et des autres, le goût du beau et de la culture.

Rêve de citoyennes et citoyens haïtiens éduqués, conscients de l’ampleur et de la valeur de leur héritage historique unique au monde.

Rêve d’une Haïti juste, organisée, authentique, agréable à vivre pour toutes ses filles et tous ses fils.

Mais le rêve n’a de pouvoir que s’il se transforme en résolution et très vite en action qui l’impose à la réalité. La Résolution Laferrière ? Peut-être une nouvelle attitude mentale : sortir de l’individualisme, du chacun pour soi, pour regarder autour de nous afin de repérer les éléments positifs qui caractérisent notre pays, notre histoire, nos compatriotes quelles que soient leurs conditions de vie. Ce serait le comportement propice à l’éclosion d’une citoyenneté faite d’amour de notre pays, de respect de ses valeurs, de solidarité entre tous ses nationaux.

Seule cette volonté de compréhension mutuelle, cette foi en notre génie nous amèneraient à réaliser enfin l’unité nécessaire à la renaissance de notre nation sur les bases du développement. La Résolution Lafferrière deviendrait alors l’Action Laferrière entreprise par tous les Haïtiens pour remettre dans la lumière Haïti, notre seul bien commun.

Que ce serait beau !
Mme Franck Paul

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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