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L’autre visage d’Haïti - par : Yves Therrien, Le Soleil

vendredi 20 août 2010 par Administrator

Mercredi, j’ai pu voir l’autre visage Haïti, celui des paysans, pas celui de Port-au-Prince auquel nous, les Occidentaux, faisons tous référence en pensant qu’il n’y a rien ailleurs.

C’est un visage plus paisible, plus serein même. Contrairement, à Port-au-Prince et à Pétion-Ville où nous logeons, Sébastien et moi, sortir le soir dans Baptiste ne représente aucun danger. Les gens sont aimables. Ils nous sourient et sont même étonnés lorsqu’on lance : Bonsoir, kouman ou yé !

Ici, les distances ne se calculent pas tout à fait à la manière québécoise. Dans ma tête, 100 km, c’est une heure de route. Pour le trajet de Port-au-Prince vers Baptiste, dans le centre-est du pays, il aura fallu plus de quatre heures sur des routes défoncées pour parcourir la distance.

Les routes, ou les pistes, ne sont pas entretenues ou si peu. S’il y a un ministère de la voirie, il est invisible, mais pas les trous. Je n’irai pas à la Ronde dans les montagnes russes, j’ai eu ma dose.

D’ailleurs, sans l’aide des villageois et de quelques bonnes paires de bras, nous serions encore à Baptiste, car un flanc de montagne s’est affaissé pour bloquer la seule route menant à la capitale.

David Nicolas, agronome pour l’ICEF (l’Institut de Consultation, d’évaluation et de formation pour le développement agricole) a envoyé Rosevelt, le chauffeur voir de quoi il en retournait. « Demain, ça passera », nous a-t-il dit.

La mairie n’a pas d’équipement. Et les routes sont à l’avenant.

Il y a bien une cinquantaine de kilomètres en bitume, mais le tracé en lacet dans le Morne Capri et le Morne Blanc ne permettent pas des pointes de vitesse au-dessus de 50 km/h. Et la circulation des camions lourds sortant des carrières calme toute témérité.

Mais au bout de la route, c’est un autre visage que je découvre : sécurité, affabilité, confiance et débrouillardise.

Jean Jonas, maître greffeur pour l’ICEF, nous a fait visiter sa ferme après la visite officielle des laboratoires de l’organisation qui supporte logistiquement les six coopératives de production de café.

Avec David Nicolas et Sébastien, je le suis en longeant un long champ de maïs avant d’arriver dans le secteur où il effectue des greffes pour améliorer la production des agrumes et des avocats. Sur un tronc d’oranger qui donne des fruits amers, il fait pousser la variété d’oranges Washington. Délicieuses !

Il fait la même chose avec des avocatiers à petits fruits pour y implanter une variété plus intéressante. Plus loin, il cultive différentes variétés d’igname. Et dans sa cabane, il va chercher des bananes mûres.

Il est fier de ses travaux et de ses réalisations, car cela fait partie de la diversification des cultures pour les producteurs de café de la région. Le café rapportera de l’argent si la production est bonne, mais les fruits assurent la subsistance de la famille et le surplus sera vendu au marché, apportant des revenus additionnels.

Mais, en soirée, j’ai eu un choc, un profond désarroi en rencontrant le directeur de l’école. Le bâtiment fait un peu plus de 50 mètres de longueur, il est d’une laideur à faire frémir.

Lorsque le directeur Villus Ednel ouvre la porte de la classe principale, les bras me tombent. L’école communale (sous la responsabilité de l’État) a été inaugurée en 1948 sans jamais avoir été entretenue. Le mobilier tombe en ruine, c’est incroyable.

Il y a trois salles grandes comme rien, mais où circulent selon les années entre 500 et 700 élèves. Ici au Québec, on aurait trois classes de 30 élèves, pas plus. Il y a une salle pour le préscolaire en alternance avec la 6e année, une autre pour les niveaux 1 et 2, et la plus grande des salles pour les 3e, 4e et 5e années.

En 2008, l’État a entrepris un agrandissement qui aurait quadruplé l’espace de l’école, mais le chantier a pris fin sans que personne sache pourquoi. La population de Baptiste veut une école potable, avec une bibliothèque, des vrais pupitres, des ordinateurs. Pour l’instant, le seul livre de la bibliothèque est un dictionnaire Larousse 2010, donné par d’une policière de Montréal, Marie-Ève Tremblay. J’ai lu sa lettre. C’est touchant.

Quand je pense à cette école, j’ai les larmes aux yeux. Mais mon sang n’a fait qu’un tour lorsqu’on m’a montré le nouveau commissariat de police dont la restauration s’est faite en quelques semaines avec des dons de la MINUSTAH et du Canada. Je n’arrive pas à comprendre toutes les subtilités étatiques.

Demain, nous partons avant l’aube pour les montagnes à l’Est, vers Labrousse, vers une autre portion du visage d’Haïti.








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