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L’ED’H veut acheter le courant moins cher, toutes les options sont sur la table

jeudi 24 janvier 2013 par Administrator

L’Electricité d’Haïti (ED’H) paye chaque mois entre 10 à 12 millions de dollars pour l’achat d’électricité à ses trois fournisseurs privés alors que l’ED’H perçoit mensuellement moins de 5 millions de dollars de ses clients. Une situation insoutenable qui pousse Andress Appolon, la directrice générale de cette entreprise publique, à revoir les contrats signés avec ces firmes.

Les services des fournisseurs privés coûtent trop cher à l’ED’H. C’est la directrice générale de cette entreprise publique qui le dit. « Au cours des cinq dernières années, l’EDH a payé aux opérateurs privés 440 millions de dollars », indique Andress Appolon dans une interview accordée au Nouvelliste. Selon elle, le problème de l’achat d’énergie ne date pas d’hier, comme beaucoup le pensent. « Depuis 2006, l’achat d’énergie auprès des opérateurs privés a été priorisé au détriment des infrastructures de la compagnie », se plaint-elle, indiquant que les centrales appartenant à l’Etat, comme Péligre, sont laissées sans entretien, encore moins d’innovation, depuis plus de 40 ans.

Une façon pour madame Appolon de dire que l’Electricité d’Haïti a hérité d’une politique énergétique mal adaptée aux besoins de sa clientèle, « cette politique a créé une charge fiscale, réduisant les fonds disponibles à l’amélioration des infrastructures de l’institution. Cette situation occasionnée un abandon des investissements sur le réseau électrique de l’ED’H, de sa production et une banalisation de sa politique globale, empêchant ainsi l’entreprise de répondre correctement aux exigences de ses fournisseurs et évidemment de ses clients », explique-t-elle au journal.

Réviser les contrats ou acheter du courant en République dominicaine...

Diminuer le coût d’achat de l’électricité des fournisseurs privés, tel est l’un des objectifs des dirigeants de l’ED’H. « Les trois fournisseurs privés de l’ED’H, Sogener, E-Power, Haytrac, nous coûtent chaque mois entre 10 à 12 millions de dollars américains pour 88 mégawatts alors que nous devons aussi dépenser pour faire fonctionner nos différentes centrales, insiste Andress Apollon. Et nous ne percevons que moins de 5 millions par mois de recettes brutes... »

Pour arriver à faire baisser le prix de l’achat l’électricité, l’ED’H veut renégocier les contrats avec ses trois fournisseurs privés. « Nous ne pourrons pas continuer à ce rythme de 12 millions de dollars par mois. Dans n’importe quel marché, quand on a de la compétition, les prix baissent. Ce qui serait dans l’intérêt de la population, c’est que l’Etat puisse acheter l’électricité au plus bas coût possible », ajoute-t-elle. « Nous avons hérité de contrats léonins qui nous coûtent la peau des fesses, révèle une source très bien placée au ministère de l’Economie et des Finances. Le projet d’acheter de l’électricité en République dominicaine existe depuis bien des années.

Nous n’avons pas avancé sur le projet parce que nous voulions protéger l’industrie locale. En ce moment, les fournisseurs privés nous mettent le couteau sous la gorge... » indique cette source sans cacher que toutes les solutions sont envisagées.

Andress Appolon n’a pas voulu clairement dire si l’ED’H compte acheter de l’énergie en République dominicaine. « Toutes les options qui tendent vers une baisse des prix seront considérées », dit-elle.

Pour sa part, le coordonnateur du comité multisectoriel pour la sécurité alimentaire et ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de l’Energie, René Jean-Jumeaux, est plus direct. Actuellement, il n’y a aucune interconnexion entre les réseaux électriques d’Haïti et de la République dominicaine, dit-il au Nouvelliste.

Cependant, « nous regardons pour l’avenir l’interconnexion avec la République dominicaine. Cela va prendre plusieurs années, puisqu’il faut voir tous les accords, les études d’ingénierie et qu’il faut ensuite s’assurer que toutes les lois sont respectées », précise le ministre joint au téléphone par le journal. Selon lui, l’idée d’importer de l’électricité de la République voisine est bien réelle. « Comme toute bonne planification, nous devons commencer aujourd’hui afin de la réaliser d’ici trois à cinq ans. On en parle depuis deux ans et on va continuer à le faire », indique-t-il.

Il ne s’agit pas d’être totalement dépendants de nos voisins en énergie électrique, souligne le ministre. Stratégiquement, ce ne serait pas correct... L’Etat haïtien n’a pas encore établi la quantité de mégawatts qu’il compte acheter de l’autre côté de l’île. Mais selon M. Jean-Jumeaux, cette proportion devrait se situer entre 10 et 20% de notre consommation.

Par contre, il faudra construire une ligne à haute tension traversant la frontière et dont le coût, qui peut être élevé, reste à déterminer.

Révision des contrats : les avis divergent chez les fournisseurs.

La question de révision de contrats est accueillie différemment chez les fournisseurs privés de l’ED’H. Cependant, ils sont tous ouverts au dialogue. « Comment nous demander de diminuer le prix du kilowatt/heure alors que 75% de notre facture va à l’Etat sous forme d’achat de fuel. Cela veut dire que sur chaque 10 dollars que nous recevons, 7.5 dollars retournent à l’Etat. Il ne nous reste que 2.5 dollars, soit 25% pour payer nos employés, la banque, la DGI, entre autres », s’insurge au Nouvelliste un responsable de la Sogener, indiquant que la meilleure manière de baisser le coût est de baisser le coût d’achat du fuel.

Selon un partenariat public/privé, la Sogener a un contrat avec l’Etat et à la fin de ce contrat tous les matériels de la compagnie deviendront propriété de l’Etat, a-t-elle dit. « On est disposé à rencontrer les autorités pour discuter sur ce contrat, selon les intérêts des deux parties. Mais on ne nous a pas encore contacté en ce sens », affirme notre source, insistant sur la volonté de la compagnie de dialoguer.

Parallèlement, réagissant sur le même sujet, un autre responsable d’un des trois fournisseurs souligne au Nouvelliste qu’il est déjà en pourparlers avec l’ED’H sur la révision du contrat. Mais...« Ils veulent revoir les contrats afin de rendre similaires les clauses sur la question du fuel et aussi revoir à la baisse certains points pour arriver à réduire le coût du kilowatt/heure. Mais écoutez, ils ne peuvent pas le faire comme ils veulent », déclare ce responsable qui requiert l’anonymat. « 

Notre mission est de réduire le coût kilowatt/heure autant que possible, mais cela doit se faire sur la base d’un consensus. Nous sommes disponibles et ouverts à cette révision de contrat », dit-il.

L’ED’H doit de l’argent aux fournisseurs privés.

L’ED’H n’est jamais arrivée à payer ses dettes (arriérés et intérêts) qui s’accumulent de plus en plus, contribuant ainsi à la « faillite » de l’entreprise, comme le dit d’ailleurs Andress Appolon. « Bien que l’achat d’énergie auprès des fournisseurs ait permis à l’Etat de répondre à ses obligations, la dynamisation de l’autoproduction de l’EDH s’avère nécessaire. La renégociation devrait donc confirmer la réduction du fardeau fiscal », dit-elle, soulignant que la participation du privé dans l’énergie est nécessaire et appréciée. Selon madame Appolon, les pourparlers pour la révision des contrats sont bien accueillis chez les fournisseurs privés qui, indique-t-elle, sont très ouverts.

La directrice générale d’ED’H a reconnu que la société qu’elle dirige a effectivement des retards de paiement pour ses fournisseurs Sogener, E-Power et Haytrac pour les mois de novembre et de décembre 2012.

Interrogée sur la réduction de la subvention de l’Etat haïtien à l’ED’H alors que cette institution publique a augmenté sa production depuis l’arrivée de Michel Martelly au pouvoir, la jeune directrice répond : « C’est une réduction qui a été faite parce que, premièrement, déjà 30% du budget national est alloué à l’électricité. Deuxièmement, depuis ces cinq dernières années, il y avait eu une subvention qui allait vers l’ED’H sans contrôle ni vérification ni état financier. Alors je me suis fait l’obligation non seulement d’auditer les années fiscales de 2005 à aujourd’hui, mais aussi la subvention va être mieux utilisée... »

« Si nous utilisons les fonds de l’Etat qui vont uniquement dans les dépenses courantes d’une entreprise, alors on n’aura jamais les résultats escomptés. Il faut utiliser ces fonds dans l’investissement. Pour la première fois en 20 ans, l’Etat a mis 45 millions de dollars provenant de PetroCaribe dans l’ED’H pour l’investissement », se félicite-t-elle, soulignant que c’est avec cet argent que se réalisent les travaux de réhabilition dans le réseau.

’ED’H veut augmenter ses recettes.

La directrice de l’ED’H veut collecter 13 milliards de gourdes cette année. Seule la vente d’électricité peut permettre à la compagnie d’atteindre cet objectif. Andress Appolon le sait très bien. « Il est nécessaire d’augmenter nos heures de distribution électrique afin d’augmenter nos recettes », dit-elle. Le problème, c’est que sur chaque 100 gourdes dépensées par l’ED’H pour produire et distribuer de l’électricité, elle n’en recouvre que 30. Les 70 autres sont volées sur le réseau.

Rien que pour l’aire métropolitaine, l’ED’H avait dix mille demandes d’installation de compteurs en décembre dernier. Les responsables ont fait venir un premier lot de 8 100 compteurs. « Ils sont pratiquement tous installés », dit la directrice générale. « Le but collectif de l’Etat, c’est d’arriver à un réseau national qui livre une électricité de qualité en quantité et avec une bonne stabilité. Le but, ce n’est pas de produire 1 000 mégawatts car cela ne rapporterait rien si personne n’est branché », avance madame Appolon.

L’ED’H a une capacité de 256 mégawatts dans l’ensemble des centrales installées à travers tout le pays. « De ces 256 mégawatts, l’année dernière, nous n’avons utilisé que 196 mégawatts parce qu’on n’a pas les infrastructures fiables pour transporter et distribuer cette énergie. En outre, nous dépendons beaucoup de la production thermique... », se désole Andress Appolon, précisant que la compagnie achète 88 mégawatts des fournisseurs privés.

Electricité 24/24 : « yes we can » !

Qu’en est-il de l’annonce - plutôt la promesse - du Premier ministre Laurent Lamothe de faire briller l’aire métropolitaine avec de l’électricité sans les interminables coupures ? « C’est l’objectif de l’ED’H, soutient Andress Appolon. Selon elle, en décembre dernier, la compagnie est arrivée à 18 heures en moyenne. A la suite de difficultés techniques et d’un problème avec E-power qui avait diminué sa production, on est revenu à plus de 16 heures, dit-elle. « Pour aller vers la vingtaine d’heures, on termine le mois prochain la réhabilitation de 7 sous-stations dans l’aire métropolitaine, on commence la réhabilitation de 13 des 32 circuits... »

La directrice n’a pas voulu être aussi directe et précise que le Premier ministre qui s’était fixé un échéancier avant la fin de l’année pour arriver à l’électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre. « Les moyens et les projets sont en place. De manière progressive, on va vers les 24 heures », a-t-elle avancé.

Arrivée à la tête de l’ED’H le 16 août 2012, Andress Appolon estime que la compagnie a assumé son engagement. « D’abord, en insistant sur le fait que la production, la distribution et la commercialisation, soient les trois axes stratégiques du redressement de l’entreprise. Puis, en lançant, depuis novembre 2012, une série d’échanges constructifs avec les fournisseurs eux-mêmes, puis l’Etat en particulier, pour des suivis et analyses technico-économiques nous suggérant la nécessité de la renégociation des contrats », conclut-elle.

Robenson Geffrard,

rgeffrard@lenouvelliste.com








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