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Interdit de parler des classes moyennes !

lundi 17 décembre 2012 par Administrator

Il est interdit de parler des classes moyennes en Haïti depuis 1986. Directeur général du journal d’État L’Union, sous le gouvernement provisoire d’Ertha Pascal Trouillot, j’avais initié une rubrique intitulée : Le pays qui vous attend, Monsieur le Président.

Dans l’une de ces rubriques, un de mes rédacteurs avait développé de manière intelligente la nécessité d’une prospérité des classes moyennes comme fondement même de la nation. Je me souviens, encore, des beuglements hystériques d’un bourgeois, directeur d’opinion, qui menaçait de me prendre à partie si je ne faisais pas attention… Attention Gary Victor ! hurlait-il, agressif, à la radio dans son émission matinale.

Pourtant, dans tous les pays, les politiques courtisent les classes moyennes. Ce sont les classes moyennes les piliers de l’économie. Ce sont les classes moyennes qui consomment. Ce sont les classes moyennes qui délivrent en grande partie les cerveaux, les talents. Chez nous, on fait comme si les classes moyennes n’existent pas. Parler des classes moyennes, c’est courir le risque de se faire traiter de makout ou de réactionnaire.

Pendant ce temps, nos classes moyennes sont courtisées par les pays développés. Un grand nombre d’Haïtiens, souvent formés aux frais de l’État, ont émigré et continuent d’émigrer. Ici, les classes moyennes pâtissent des politiques publiques parce qu’elles sont toujours oubliées. La haute donne la main au lumpen pour pouvoir faire des affaires. Elle engage des chefs de gang pour sa sécurité. L’international ne connaît que le lumpen dans les rues pour légitimer les pouvoirs lors d’élections souvent bidon. On sait comment un pouvoir populiste a pourri la police nationale dès le départ en y infiltrant des activistes de rue et d’organisations populaires, souvent de véritables malandrins. Et jusqu’à présent, nos politiques actuels n’arrivent pas à se dégager de la folie des années lavalas.

On chercherait longtemps, dans le discours politique de ces dernières années, une référence aux classes moyennes. Il n’existerait dans ce pays que la haute et les pauvres, et la pratique politique s’organise autour de ces deux pôles. Or, le vieil adage affirme, avec raison, que la richesse corrompt autant que la faim et l’ignorance. Prise en étau entre ce haut méprisant et ce bas majoritaire, mais manipulable à merci à cause des impératifs du ventre, notre classe moyenne, l’ossature de toutes les sociétés, se débat pour ne pas rendre l’âme, incapable, faute d’appui, de jouer le rôle qui lui est cependant dévolu dans toutes les autres communautés.

On sait que François Duvalier identifiait son régime à un pouvoir de classes moyennes. Ce n’était qu’un discours. Duvalier était un fou, un satrape, qui a plongé notre pays dans des ténèbres si épaisses que, jusqu’à présent, sa queue obscurcit notre soleil. L’autre côté de l’île a eu un dictateur d’une autre envergure. La démocratie dominicaine s’implante grâce à la vigueur des classes moyennes. La folie duvaliérienne, utilisée par nos faux idéologues prétendus de gauche, ne devrait pas nous empêcher d’avoir des vues et des pensées plus saines sur notre société. Nous avons tous été piégés pendant ces dernières décennies. Sortir du piège sera difficile, surtout que nos grands manipulateurs ont toujours eu l’appui de puissants secteurs de l’étranger. Mais nous n’aurons pas d’autre choix, un jour ou l’autre, que de reprendre notre destin en main.

Gary Victor








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