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Inoubliable carnaval pour Gonaïves

vendredi 7 mars 2014 par Administrator

Par Claude Bernard Sérant

Le cœur d’Haïti battait aux Gonaïves. Les jours et les nuits se confondaient dans l’esprit du carnavalier. Les 2, 3 et 4 mars avaient le goût du mardi gras. Il n’y avait qu’une nuit, une nuit de plaisir qui blanchissait au soleil de la cité de l’indépendance. Long et réjouissant était le temps du plaisir dans une ville qui ne dormait jamais. Placé sous haute sécurité (1 300 agents de la Police nationale d’Haïti déployés), la ville s’ouvrait à la fête comme un rêve éveillé. Le natif de la ville d’Emeline Michel ne voulait pas croire ses yeux, se demandant : Est-ce que, bien des décennies plus tard, un événement d’une telle ampleur pourra se reproduire ?

Du jamais vu pour le Gonaïvien

Autant de véhicules faisant route vers un point, un cœur en transe, c’est fou ! Le natif de la cité de l’indépendance n’en croit pas ses yeux. Le vrombissement des moteurs, le tintamarre des motos dans l’épicentre des grandes folies. Des cylindrés arrivent par vague, ronronnant. Un beau raffut ! Tous ces bruits dans une ville debout mettent le fêtard dans un état d’excitation, l’invitant constamment à marcher dans des rues remplies d’odeurs. Tout monte dans l’air par grandes bouffées : fritures, soupe fumante, riz arrosé, lalo truffé de crabes, griot de porc, tassot de bœuf, barbecue ; d’un autre côté, l’arôme enivrant des spiritueux remplit les narines : tranpe, bwa kochon, rhum et autres excitants frayent une place dans ce concert d’odeurs sur les trottoirs de chaque rue, dans l’espace de chaque place publique, sur les galeries de plusieurs maisons.

La musique saoule

La musique tape fort en plein midi comme le soleil aveuglant qui cingle les mornes nus environnants témoignant de l’aridité de cette ville à la maigre végétation.

La musique saoule les tympans. Ça casse la baraque. Des jeunes filles au pantalon « san fouk » aiguisent la curiosité. Dans les gargotes débitant clairin et méringues, les gens discutent sur les prestations d’Anbyans, de Djakout et de T-Vice ; dans les hôtels, sur les consoles des DJ mixant un nombre impressionnant de méringues carnavalesques, la musique occupe continuellement l’espace. Définitivement, pour le carnaval national des Gonaïves au slogan « Tèt kole pou yon Ayiti pi djanm », l’imagination de nos artistes a explosé ! Plus de deux cents méringues ont été composées. Le numéro 1046 de Ticket Magazine du 1er mars en a publié 196.

Double regard sur le carnaval

Gonaïves n’arrivait pas à fermer l’œil de la nuit et le gardait grand ouvert le jour. Sur les stands bordant le parcours, un charpentier tapait toujours sur une planche, un électricien branchait un fil électrique, un peintre avait encore une dernière touche à mettre sur la surface de son œuvre qui se refuse au fini.

Tandis que la fièvre montait au thermomètre, la ville se remplissait à ras bord. Pour changer d’air, les touristes prenaient d’autres chemins ouvrant le patrimoine culturel et historique de l’Artibonite. On allait à Lakou Soukri, Nan Souvnans et Lakou Badjo. On prenait le chemin de Sources-Chaudes aux Gonaïves, on partait pour l’habitation Toussaint Louverture à Ennery. Ces sites ne désemplissaient pas durant la journée. Question de prendre une pause pour mieux se déhancher sous les étoiles, les décibels et les feux d’artifice.

Une nuit d’hôtel en temps normal se payant à quarante dollars US, montait rapidement à deux cent dollars. Les écoles ouvraient leurs portes ; même une entreprise funéraire à la rue Jean-Jacques s’était débarrassée de ses morts pour accueillir des vivants. Une anecdote veut qu’on ait appris à la femme d’un carnavalier que son mari est dans une morgue privée aux Gonaïves. Elle s’est calmée seulement lorsque son mari lui a téléphoné.

Gonaïves n’a jamais vécu une ambiance pareille. Autant de groupes, autant de séquences dans un défilé artistique. Même en rêve, le Gonaïvien n’imaginait pas une telle fête sur son sol. Il voyait des chars allégoriques, des princes accompagnant des reines se figeant dans une position hiératique. Chapeau, redingote, canne à la main, posture de dandy du début du siècle dernier. Des princes plantés sur des chars où s’épanouissent des belles créoles dans des habits somptueux faisaient plaisir à regarder. Alors que le Gonaïvien rêvait les yeux ouverts, le Port-au-Princien, aux dents dures, plutôt critique, se souvenait des défilés où se succédaient, au bon vieux temps, des chars musicaux et une pléiade de chars allégoriques ; un arc-en-ciel de couleurs déployant Indiens, Affranchis, colons, des groupes de trese riban, des masques de toutes dimensions, des bœufs et gwo dada et toute une clique d’anges et de diablotins.

Plusieurs séquences ont capté l’attention du Port-au-Princien pendant le défilé artistique : maîtres d’armes, amazones, chorégraphies de Milocan et du ballet du Théâtre national, représentation de toutes les couches sociales du pays : médecins, avocats, agronomes, marchands, politiciens, pasteurs, hougans. Les handicapés aussi ont fait partie du grand tableau festif. On retrouvait des cavaliers au visage masqué, des zoros, des souffleurs de lambi, etc.

Messages de sensibilisation au carnaval

Sur le parcours s’est déployée toute une flotte de véhicules du Centre ambulancier national. Longtemps après ces ambulances, un mobile doté d’un système de sonorisation du Réseau haïtien de journalistes en santé (RHJS) diffusait des messages de sensibilisation aux IST/VIH/SIDA, à des questions liées au viol, à la drogue et à la violence. Sur ce mobile, des journalistes vêtus au maillot portant le slogan « K-naval se twa jou, lasante se pou lavi » distribuaient des préservatifs aux fêtards. Dans le même registre de prévention, le centre de premiers soins de la première dame accueillait des patients dans une structure aménagée d’un bloc opératoire et de 15 lits.

Les chars musicaux des grands ténors du carnaval défilaient comme à Port-au-Prince, aux Cayes ou au Cap-Haïtien. T-Vice en compétition avec Djakout. Cela donnait un goût appréciable de la délocalisation du carnaval national. C’était des jours et nuits à rendre fous une bonne centaine de milliers de carnavaliers. Sur un même parcours, Team Lòbèy, Kreyòl La, K-Zino, Vwadèzil, Rockfam, Le compas, T-Micky, Boukman Eksperyans, Carimi & Mikaben, Chachou Boys, Simbie Xtra, Bèl plezi, Anbyans, BBM, Compas au féminin… toute cette parade de stars sous les feux d’artifice marquera encore longtemps la cité de l’indépendance.
Claude Bernard Sérant

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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