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Homophobie/ Journée mondiale : Des homosexuels haïtiens réclament leurs droits

lundi 20 mai 2013 par Administrator

Depuis quelque temps, les homosexuels en Haïti multiplient des actions pour être reconnus légalement par la société haïtienne. Ils sont supportés par des institutions haïtiennes et étrangères qui se démènent comme des diables dans un bénitier pour leur venir en aide face aux stigmatisations. Pourtant, des citoyens avisés estiment qu’il est inacceptable que cette pratique soit approuvée par notre société.

Pedro*, un adolescent - les sourcils rasés, les doigts bosselés de bijoux - , confie au Nouvelliste qu’il est devenu gay depuis trois ans. C’est un ami de son école qui l’a initié après avoir visualisé un film pornographique avec lui. Et depuis, il est devenu homo. « Ne me prend pas en photo parce que mes parents ne savent pas que je suis gay », dit-il, lors d’une rencontre organisée jeudi à l’hôtel Le Plaza.

Charlot Jeudy, président du mouvement KOURAJ, qui supporte les homosexuels, raconte que la Journée mondiale contre l’homophobie, célébrée le 17 mai en Haïti, est une avancée pour la communauté gay, qui est stigmatisée par les violences faites à son égard.

« La raison d’être de la Journée internationale contre l’homophobie est l’occasion pour nous de réfléchir sur cette question qui demeure un phénomène universel, polymorphe et historique : l’homophobie. Nous voulons participer à l’éradication de l’homophobie et la transphobie en Haïti afin qu’aucune personne ne soit discriminée en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Nous travaillons sur une loi qui devrait être acheminée bientôt au Parlement haïtien pour que nos droits soient respectés », a déclaré M. Jeudy, soulignant que beaucoup d’autorités et de hautes personnalités du pays, notamment des parlementaires, des avocats, des ministres, et de hauts fonctionnaires publics, des entrepreneurs, des prêtres sont des homosexuels mais ils ne s’affichent pas.

Costaud et musclé, Jean-Pierre*, un jeune dans la vingtaine, a affirmé qu’il est né ainsi. Étudiant dans une université de la capitale, il confie que ses parents et sa petite amie ne savent pas qu’il est homosexuel. Ancien élève d’un prestigieux établissement scolaire de la capitale, il précise qu’il a tout fait pour gérer son orientation sexuelle, mais le destin a voulu qu’il soit ainsi.

Affirmant son homosexualité Alexander*, estime que cette journée donne la possibilité aux gays de s’affirmer, de prendre leurs responsabilités en main. « C’est une révolution ! dans cinq ans, peut-être dix ans, on finira par atteindre nos objectifs », déclare-t-il en esquissant les gestes et roucoulent de plaisir.

Des points de vue partagés sur cette question

Contactés par le journal, des citoyens avisés affirment qu’il serait anormal que cette pratique devienne légale en Haïti comme le font les États-Unis, la France et d’autres pays de la planète. Pour le professeur d’université Jean Abner Charles, la question du « mariage pour tous » est un phénomène mondial. Il rappelle que cela a provoqué un tollé au Parlement en France lorsqu’il s’agissait de voter la loi du mariage entre les personnes du même sexe. Tôt ou tard, la société haïtienne devra se positionner sur la question. Par contre, les Haïtiens n’ont pas la largesse de vue suffisante pour entrer dans une telle dynamique.

« Je suis fondamentalement contre l’homosexualité. Toutefois, je crois qu’au nom de la tolérance, les individus doivent être libres de leur orientation sexuelle... Mais quand on est homo, on devrait respecter les autres qui ne le sont pas et éviter par-dessus tout le harcèlement sur eux. Les homos devraient pouvoir se reconnaître entre eux, par un signe distinctif connu d’eux seuls. Ce, pour éviter d’approcher quelqu’un qui ne l’est pas », précise M. Charles.

Quant au jeune écrivain Léo De Rome, qui a produit un roman sur l’homosexualité « Je suis aux maux », il affirme que être homosexuel c’est comme être noir, cela attire des préjugés de toutes sortes et c’est un fait généralisé. Il est difficile de dire qu’Haïti est prêt à accepter ce mode de vie, car nous avons déjà assez de problèmes sur les bras que nous n’arrivons pas à gérer. L’homosexualité n’est pas une maladie et c’est loin d’être un choix, si une famille se voit confronté à cela, la meilleure attitude c’est la tolérance et l’écoute.

Pour sa part, l’avocat Camille Édouard Jr, professeur, chercheur en droit public et politique, estime que l’homosexualité participe dans la transformation du monde d’aujourd’hui. Certes, elle a existé pendant longtemps, mais suscite de plus en plus de débats lorsque, formant une communauté, les homosexuels sont devenus suffisamment forts pour sortir du domaine du tabou, de la clandestinité et s’ancrer à l’enseigne de la diversité et de la respectabilité. Disons qu’aujourd’hui, avec la doctrine de la tolérance et de la diversité, on veut considérer la peur, le refus et les critiques portées sur l’homosexualité comme "l’homophobie" et la condamner sur l’autel de la diversité à grand renfort de publicité.

« Personnellement, je priorise une approche spirituelle de la question, et je crois fondamentalement que l’homosexualité est contraire à l’ordre naturel établi par le Dieu créateur et est interdite. A ce titre, la foi chrétienne dénonce l’homosexualité comme un péché abominable. Par ailleurs, sur le plan personnel, étant entendu que chacun dispose d’une liberté certaine sur son corps, d’autant plus si celui-ci n’est pas chrétien, il est totalement libre de l’asservir à toutes les pratiques compatibles à sa liberté pourvu que celles-ci ne mettent pas en danger la vie et la liberté d’autrui. »

Néanmoins, venant à l’idée de reconnaître aux homosexuels le droit de déployer, conjointement ou non, des actes de la vie civile et opposables aux tiers, pose un problème majeur de société, de droit, de repères et d’avenir. Selon l’homme de loi, cela va engager des dynamiques sociétales susceptibles de bousculer de manière irréversible toute notre conception sociale et humaine du pays tel que nous le connaissons présentement. « Je souligne en effet, qu’il y a une telle relativité dans la pensée humaine que l’homme renonce à la connaissance intrinsèque du mal pour le substantifier au gré des circonstances, des avantages, des progrès et de l’universalité. En outre, la question fondamentale demeure la suivante : quel doit être le seuil des droits susceptibles d’être accordés et/ou reconnus aux homosexuels, notamment face à l’adoption, la procréation, la succession, le divorce, etc. ?! »

Aussi, il va être question de vulnérabilité sociale multi-niveaux au regard de toutes les difficultés auxquelles fait face l’État haïtien dans le contrôle du régime matrimonial des hétérosexuels. Ne devrait-on pas légitimement s’interroger : pourra-t-il exercer un contrôle véritable et éviter des abus inhérents à la situation où deux personnes de même sexe souhaitent des enfants, alors que même pour les hétérosexuels il reste déficient ?

De son côté, l’artiste peintre Arthur Cedrick Auguste précise que l’homosexualité pour ne pas trop tourner autour du pot n’est pas de notre pratique. Ce vice importé par les étrangers est pour notre société pire qu’un cancer ! Donc, légaliser une telle pratique serait un TGV (Train à grande vitesse) luxueux pour la propagation du sida ou d’autres maladies sexuellement transmissibles. « Je prie constamment pour que ce train n’atteigne les rives de Kiskeya encore en ruine. Autant dire qu’a mes yeux et pour ceux des générations à venir je suis contre ça ! »

Un linguiste-écrivain de la diaspora croit qu’il est normal de respecter les droits de l’homme partout et ailleurs. « Je n’ai jusqu’à présent rien saisi dans la démarche du respect des droits des homosexuels parce qu’ils n’ont pas besoin de toute une propagande politique pour fonctionner. Ils sont libres dans leur peau, et n’ont besoin d’aucune loi pour légaliser leur fonctionnement. Jusqu’à présent, il n’existe aucune loi-cadre qui empêche le fonctionnement d’un homo mais tout simplement des principes religieux ».

D’après Meschac Gervais, un professionnel en urbanisme, son intellect ne saurait dépasser son croyance en Dieu pour appuyer une telle démarche. Pour ce qui est du droit, on est tous libres et égaux. Le droit n’est pas un acte de jugement de valeur. « Personnellement, je ne vais pas lutter contre l’homophobie. Cependant, je ne donne pas non plus appui. Donc, j’observe et je prie afin que la loi divine puisse guider la loi civile. »

Un religieux abordé sur la question a indiqué que Dieu a détruit Sodome et Gomorrhe à cause de l’homosexualité. Ces pratiques sont à l’encontre des principes divins. « Selon la Bible : tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination (Lévitique 18-Verset 22) », dit-il.

Hetton Prophète, étudiant à l’UEH, estime que dans la culture haïtienne l’homosexualité est très mal perçue. On considère ces pratiques comme des vices contre nature et contraires à la morale. Selon lui, l’État haïtien est laïc, mais la société haïtienne est foncièrement catholique et bon nombre de gens croient que ces pratiques doivent être condamnées. « Je suis contre toute démarche visant la reconnaissance de droits des homos. "C’est contraire à notre culture". »

Élie Laforce, un jeune entrepreneur, a fait savoir que l’homosexualité est une question assez importante et sensible. Tout d’abord, il croit que dans la majorité des cas, la dérive commence durant l’adolescence qui est une tranche d’âge assez particulière pour tous les humains. Durant l’adolescence, les pulsions sexuelles sont, parfois, très intenses. Sans oublier que nous avons aujourd’hui la télévision et l’internet qui sont la plupart du temps porteurs d’images provocantes. Un adolescent qui n’a pas la chance d’être bien entouré risque de sombrer dans la débauche sexuelle. A ce moment-là, les parents doivent communiquer un peu plus avec les enfants et essayer de leur trouver des activités saines pour remplir leur esprit de choses positives, car la nature à horreur du vide.

A en croire M. Laforce, les parents doivent s’armer de courage pour faire l’éducation sexuelle de leurs progénitures, car un enfant bien éduqué sexuellement est moins vulnérable. « Si les parents haïtiens veulent que leurs enfants ne soient pas des homosexuels, ils doivent commencer de très tôt leur éducation sexuelle, pour mieux les accompagner durant cette période fragile de l’existence qu’est l’adolescence. Je dois aussi avouer que les parents peuvent se sentir dépassés par certains cas, car il y a des gens qui sont nés ainsi, ils ont naturellement une préférence pour les gens de même sexe qu’eux. Mais il en y a d’autres ; ce sont leurs fréquentations ou une quête de plaisir nouveau ou intense qui explique cette pratique sexuelle. Si les parents se sentent dépassés ils peuvent recourir à un psychologue pour mieux les aider. »

Au regard de la loi

Interrogé par le journal, Me Gédéon Jean, avocat au barreau de Port-au-Prince, tient in limine litis à souligner que l’homosexualité est un sujet multidimensionnel. Étant spécialiste en droits humains, il s’est basé sur des instruments juridiques de garantie des droits humains, en faisant remarquer que toute personne a le plein droit de choisir son « orientation sexuelle » ou d’affirmer son « identité sexuelle ». Il s’agit donc d’un droit humain à part entière.

Cependant, il affirme que l’enjeu majeur est lié surtout à la diversité culturelle et l’ordre public. Dans certains pays, par exemple, l’homosexualité est punissable et est considérée comme une atteinte grave à l’ordre public. Pour d’autres, en revanche, elle (homosexualité) est devenue légale. A titre d’exemple, il a fait mention du Conseil constitutionnel français qui vient de valider totalement la loi ouvrant le mariage et l’adoption à deux personnes de même sexe, « mariage pour tous », adoptée le 23 avril par le Parlement. La France devient le 13e pays du monde et le 8e en Europe à offrir aux couples d’homosexuels les mêmes droits conjugaux qu’aux couples hétérosexuels. Barack Obama arrivera- t- il à tenir ses promesses électorales « La cause du mariage gay » ? la Cour aura à dire le mot du droit !

Plus loin, Me Gédéon Jean indique qu’en tant que juriste, il n’est pas, a priori, le spécialiste le mieux indiqué pour affirmer catégoriquement que la société haïtienne est prête à accepter de telles pratiques. Cependant, en tant que « Ayisyen Natif Natal », le juriste a précisé que la société haïtienne n’est pas encore prête à accepter de telles pratiques.

« Sur le plan du droit, il n’y a pas encore un texte traitant de manière explicite de la question. Cependant, la Constitution fait référence à la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) et oblige l’État haïtien à prendre des mesures pour garantir la jouissance pleine et effective des droits de l’homme pour tous et sans discrimination aucune », a affirmé Me Jean, soulignant que chaque famille en fonction de son éducation, sa foi, sa religion, ses convictions intimes...saura quoi faire. Mais, l’État a une grande responsabilité par rapport aux mesures à adopter pour garantir les droits de l’homme et les valeurs intrinsèques à la société haïtienne. »

Amos Cincir

mcincir@lenouvelliste.com

N.B. : Pedro*, Jean-Pierre* et Alexander * sont des noms d’emprunt.








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