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Haïti vivra-t-elle ? Par : Jean Erich René

lundi 8 décembre 2008 par Erich Jean René

Haïti vivra-t-elle ? --- Par : Jean Erich René

La nomenclature budgétaire haïtienne souffre d’un déséquilibre chronique au
niveau des recettes et des dépenses. Cette discordance a pour cause
principale des anomalies relevées au niveau des dépenses gouvernementales
assimilables à une véritable caverne d’Alibaba. Il suffit de dire : « Sésame
ouvre-toi » pour que les caisses de l’État soient siphonnées par les
privilégiés du régime. Les dons reçus des pays amis et les prêts consentis
par les bailleurs de fons internationaux s’ajoutent à nos recettes en
Capital tirées de nos communes et de nos collectivités territoriales. Si la
Constitution du 29 Mars 1987 dans ses articles 222 et 227-2 incombe au
ministre des Finances la responsabilité de gérer les comptes des recettes
et des dépenses publiques, il convient de reconnaître en toute objectivité
que certaines pédales échappent complètement à son contrôle. Le titulaire
du Ministère des Finances devient une simple marionnette.

Lorsque nous creusons le déficit de trésorerie dont parle le ministre
Daniel Dorsainvil, cette carence mesure l’écart entre les prélèvements
prévus et les transferts financiers réels. Cette hémorragie s’explique
surtout par des fuites dont le circuit de la collecte des recettes
fiscales est souvent victime de la part de certains acolytes. Quand nos
ports et aéroports sont sous le contrôle strict du Club de Bourdon, nos
dépenses ne peuvent pas être conçues dans le cadre d’un budget équilibré.
Une élasticité budgétaire tronquée n’accorde pas aux responsables nationaux
la marge de manœuvre nécessaire pour financer nos projets d’investissement.
Sans un contrôle strict de nos recettes et de nos dépenses la croissance
endogène d’Haïti restera au stade de vœux pieux.

Avec la présence de certains parasites sur le système fiscal, l’atrophie du
multiplicateur budgétaire demeure au centre des débats. Si nous voulons
vraiment activer notre croissance économique et sociale par le truchement
d’une politique budgétaire il nous faut suivre les coordonnées suivantes :

1.- La stabilisation de la demande

L’équilibre macro-économique de l’État haïtien a comme corollaire obligé un
changement notable dans notre système de fonctionnement afin de stabiliser
la demande globale. Il nous faut arriver coûte que coûte à une estimation
très rapprochée de la demande globale afin de déterminer la quantité de
biens et de services agrégés. Sans une prévision comptabilisée des demandes
par les agents économiques, le budget est déjà voué à l’échec. En
conséquence les interventions inopportunes mais autorisées de certains
agents externes nous condamnent à rester définitivement sous la barre de
l’insuffisance.

2.- L’effet d’encaisse

L’augmentation de prix des biens et des services au cours de l’exercice
fiscal a pour effet de réduire la consommation locale suite à un manque
d’actifs financiers. Ce vide est à l’origine des soulèvements populaires.
L’augmentation subséquente du taux d’inflation va rompre l’équilibre
macro-économique tributaire de la sensibilité du PIB réel relativement à
la demande. Toute inadéquation entre l’Offre globale et la Demande agrégée
conduit inexorablement vers un déséquilibre budgétaire et par conséquent à
une augmentation insupportable de la misère de la masse. Pour éviter toute
crise économique regrettable il faut parer aux effets d’éviction en
activant les multiplicateurs budgétaires.

Xavier Greffe dans « Économie des politiques publiques » nous livre le
champ et la saisie des interventions publiques à travers un modèle
englobant les multiplicateurs de dépenses et d’impôt exprimés par la
fonction suivante :

Y = C + I + G (équation1)

Y = revenu ou encore PIB

C = consommation des ménages

G = dépenses du Gouvernement

Remarque : la consommation des ménages dépend de leur pouvoir d’achat
c’est-à-dire du revenu qu’ils gagnent (Y) soustrait des taxes qu’ils paient
(T) à la DGI mais qui rentrent en Haïti, depuis la Douane, dans les poches
de certains hommes d’affaires cupides qui à leur tour sont exempts d’impôt.
Une telle saignée anémie l’économie nationale. Qui pis est, même lorsqu’on
n’a pas de revenu on est obligé de consommer de manière minimale sans quoi
c’est la mort. Il faut manger, se vêtir et se loger. Cette consommation
incompressible (b) , le grand drame de la masse nécessiteuse, est mise
clairement en évidence grâce à la fonction suivante :

C = a (Y – T ) + b (équation 2)

C = la consommation des ménages

Y-T = le revenu disponible après la perception des taxes.

a = la propension à consommer. Plus élevées sont les taxes moindres sont
nos revenus et moins nous pouvons consommer et vice versa

b = la consommation incompressible c’est-à-dire avec ou sans revenu , en
filigrane : la pauvreté, la famine, le vol, le kidnapping.

Pour comprendre le mal causé à notre développement économique et social
évoquons l’article 18 de la loi du 11 Septembre 1985 qui stipule :

"Toutes les ressources de l’État provenant des impôts, taxes ou d’autres
sources de revenus publics sont, de droit, des recettes budgétaires et
doivent être versées au Trésor Public"

La dimension de la poche de misère créée au niveau du budget de chaque
ménage, peut être explicitée en remplaçant C (équation 2) dans l’équation 1

On obtient :

Y= a(Y-T) +b + I + G

En chassant les parenthèses :

Y = aY- aT + b + I + G

En faisant passer les termes semblable en Y du côté gauche, il change de
signe

D’où : Y – aY = - aT + b + I + G

Mettons Y en facteur au premier membre on obtient :

Y(1-a) = - aT + b + I + G

La fonction de revenu ou PIB est :

Y = 1/ 1-aG – a/1-aT + I - b/1-a ( équation 3)

/ est une barre de fraction

Selon l’équation (3), le financement des projets d’investissement dépend
de la variation du revenu Y du Gouvernement ou PIB compte tenu de la
différence des recettes fiscales. et de ses dépenses. Pour calculer la
croissance possible calculons les dérivées partielles du revenu Y par
rapport aux dépenses du Gouvernement (G), aux recettes fiscales selon les
taxes perçues (T)

a) Le différentiel des dépenses du Gouvernement est :

dY/dG = 1/1-a = multiplicateur des dépenses du Gouvernement

b) le différentiel des recettes imposables est :

dY/dT = -a/1-a = multiplicateur des recettes du gouvernement

Selon le Théorème de Haavelmo, ou l’effet multiplicateur du budget : -a/1-a
> 1/1-a c’est-à-dire que le multiplicateur des recettes doit être supérieur
au multiplicateur des dépenses. Or le ministre des Finances Daniel
Dorsainvil vient de déclarer urbi et orbi que les recettes prévues étaient
de 30 milliards de gourdes, il n’a pu collecter que 26 milliards de
gourdes. L’anatomie des multiplicateurs budgétaires accuse un trou béant,
annonciateur de conditions économiques pires pour l’exercice fiscal
2008-2009. L’imputation des recettes perçues par la DGI, la Douane et bien
d’autres Services de l’Etat échappe au contrôle d’une économie
rationnelle. Nous sommes hors des sentiers de l’Espoir. Haïti vivra-t-elle
avec ces sangsues ?








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