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Haïti, son tourisme et la leçon belge

jeudi 12 septembre 2013 par Administrator

Mercredi 11 septembre, la délégation qui accompagne Laurent Lamothe est à Namur, la capitale de la Wallonie, à 63 kilomètres de Bruxelles, en cette fin d’après-midi mouillée comme il se doit en Belgique. L’ancienne bâtisse située dans un parc boisé, qui sert de résidence au Cercle de Wallonie, impressionne les visiteurs venus de loin.

Le premier ministre haïtien y clôt son premier jour en Belgique par une présentation, après avoir rencontré dans la journée le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et le ministre-président du gouvernement wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte.

Après une journée à courir d’un rendez-vous officiel à un autre toute sirène hurlante, ce cocktail devant des entrepreneurs intéressés à Haïti est le dernier acte officiel de sa journée. La prestation est rodée. Les clips vidéo se succèdent. Les images bien choisies d’un pays en chantier défilent.
Au détour d’une question sur la politique énergétique d’Haïti, le PM précise que le gouvernement souhaite se désengager de la subvention à outrance du secteur électrique, mais accueillera tout investisseur intéressé à produire, à distribuer et à commercialiser le fameux courant électrique qui nous fait si souvent défaut.

Sur une demande de 500 mégawatts, explique le patron de la primature, 160 seulement sont produits par l’EDH, les Vénézuéliens et trois compagnies privées qui se partagent le marché. L’entrepreneur belge, fort de son expérience en Afrique, qu’il a déclinée avant de prendre la parole, repart dans des réflexions sur le marché haïtien.

Alors que, déjà, tout le monde pense à la fin de la journée qui a débuté tôt à Paris, un personnage haut en couleur redemande la parole. Lui, il connaît Haïti, y a fait de fréquents séjours dans les années 70 et 80, au temps des belles années du tourisme. Il cite les noms de ses interlocuteurs de la période Duvalier et garde un bon souvenir de Stéphanie Balmir Villedrouin, l’actuelle ministre du Tourisme rencontrée il n’y a pas longtemps a Paris.
Il a vu naître Magic Haïti, ancienne implantation du Club Med, géant du tourisme de loisir, sur la Côte des Arcadins dans les années 80. Il parle en connaisseur. D’ailleurs, sa question concerne les choix du gouvernement après avoir entendu le premier ministre parler de Jacmel et surtout vanter les charmes de l’Ile-a-Vache.

« J’avais visité le pays en long et en large et seule la Côte des Arcadins répondait aux critères pour implanter un Club Med. Il y a aussi d’autres établissements hôteliers. Vous allez laisser tomber cette région ? demande Jean-Robert Reznik.

Laurent Lamothe le rassure. Non. Les potentialités de la Côte des Arcadins seront encore mises en valeur. Le pays veut simplement développer de nouveaux pôles.

Reznik ne se contente pas de cette réponse, rebondit dessus et fait pendant quelques minutes un cours sur le tourisme, fort de son expérience dans tous les segments du secteur sur plusieurs continents.

A 68 ans, celui qui dirige aujourd’hui sa firme d’experts-conseils, depuis Hong-Kong et Marrakech, ne mâche pas ses mots. La première clé de la réussite d’un projet touristique d’envergure est l’identification de la population au projet. Les gens du pays doivent se sentir concernés, s’en approprier, être les premiers publicitaires d’une destination, selon Reznik.
Hors de cela point de salut. Point de salut non plus pour les décideurs qui oublient leurs racines. « Perdre ses racines, c’est perdre tout intérêt », insiste celui qui passe pour un fort en thème qui connaît bien son sujet quand on cherche son nom sur Google.

Selon lui, Haïti doit bien identifier ses atouts, bien choisir ses partenaires, se méfier d’un tourisme à la sauce vénézuélienne, rester accolée à ses racines, ne pas oublier son passé, apprendre de l’expérience dominicaine, bien comprendre les goûts des touristes actuels qui ne veulent plus bronzer idiot.
L’ancien d’Air France, du groupe Accor, du Club Med, le conseiller de plusieurs gouvernements, dont celui du Maroc, comme il se présente lui-même, dira au Nouvelliste qu’il y a des expériences que l’on ne peut plus renouveler dans le secteur touristique.

« La modernité oui, mais en restant authentique », prône-t-il. Haïti est déjà connue à travers le monde, elle ne doit pas chercher à s’inventer une façade artificielle.

A écouter celui de qui Jacques Séguéla, le grand publicitaire, a dit : « Il est tout ce que j’aime et son contraire, la rigueur imaginaire, l’aventure maîtrisée, la folie sage et le talent en plus », il faudra bien plus de travail pour inventer le produit touristique Haïti que de construire aéroports et hôtels, un peu de sable et une mer bleue.

Reznik, dans la foule de ceux venus écouter le premier ministre Laurent Lamothe, avait la dégaine de celui qui cherche un nouveau contrat tout en posant ses conditions avant d’accepter tout engagement.

Les derniers mots de Reznik interrogé par Le Nouvelliste furent : « Haïti a une histoire formidable, ne la laissez pas tomber ; l’écotourisme est aussi votre chance car vous êtes encore vierge ».

Qu’il doit être difficile de trouver dans la faune des experts de tout poil, ceux qui ont l’expérience et la jugeote ! "Sommes-nous prêts à laisser bousculer nos convictions mal ficelées ?" est une question que, chaque matin, le secteur touristique en plein renouvellement devrait se poser. Reznik l’y invite.
La leçon belge sur le tourisme en Haïti fut des plus inattendues.

Frantz Duval

duval@lenouvelliste.com








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