CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com

Haïti reste un environnement difficile pour les investisseurs

mardi 27 août 2013 par Administrator

Nickson Toussaint est retourné en Haïti en provenance de Washington, DC, avec le rêve d’ouvrir un petit hôtel le long de la côte nord chatoyante de la capitale du pays. Il a acheté 2,6 hectares de terrain pour un montant de 70 000 dollars américains et se mit en quête d’un prêt ou de potentiels investisseurs.

Cependant, comme d’autres expatriés et citoyens d’origine haïtienne qui ont envisagé un tel moyen pour aider à reconstruire le pays appauvri, Toussaint a eu un réveil brutal. Une institution financière haïtienne qui offre du financement aux entrepreneurs débutants lui a refusé un prêt.

Le citoyen américain également s’est vu confronter à une montagne de paperasserie et à d’autres héritiers du terrain qu’il a acheté à prix fort. Son projet a dû être bloqué pendant près de deux ans.

« Ça n’a été qu’une énorme migraine », a déclaré Toussaint.

De nouvelles entreprises ont ouvert leurs portes partout en Haïti depuis que le séisme du 12 janvier 2010 a dévasté une grande partie du pays, et le gouvernement a promis plus de développement dans les jours à venir. L’administration Martelly/Lamothe a fait des investissements étrangers une priorité, en témoigne le slogan « Haïti est ouverte aux affaires ».

Cependant, les expériences de Toussaint, 28 ans, et d’autres démontrent les défis auxquels les futurs propriétaires d’entreprises font face, même lorsque le gouvernement haïtien courtise les entreprises.

Nigel Fisher, ancien émissaire de l’ONU en Haïti, a déclaré en février que le pays n’était pas encore « Open for Business ». Une telle déclaration a eu pour effet d’exaspérer les responsables haïtiens. Selon M. Fisher, le retard de près de deux ans dans l’organisation des élections législatives et locales avait créé trop d’incertitudes chez certains investisseurs.

De son côté, le président Martelly avait laissé entendre que les élections se tiendront avant la fin de cette année, sinon il va gouverner par décret lorsque les mandats de 10 sénateurs arriveront à expiration en janvier prochain.

La corruption, autre obstacle.

Un rapport du Département d’Etat américain sur les droits de l’homme souligne que la législation haïtienne "prévoit des sanctions pénales contre la corruption des fonctionnaires publics. Cependant, dans la pratique, la corruption était généralisée et endémique."

La même étude a révélé qu’en 2012, Martelly a publié un décret autorisant des fonctionnaires à se « procurer des biens et des services en dessous d’une valeur déterminée par un fournisseur unique et des processus d’appels d’offres limités, ainsi que des contrats sans appel d’offres ».

La Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement ont déclaré que la nouvelle loi découragerait la responsabilité et la transparence du gouvernement. Mais les responsables de l’administration ont défendu les nouvelles lois d’acquisition si nécessaire pour accélérer les projets de reconstruction et les opérations de base du gouvernement.

Pour Toussaint, les obstacles qu’il a rencontrés reflètent un système qui favorise les grandes sociétés multinationales telles que Best Western, qui a récemment ouvert un hôtel dans le pays, ou Marriott International, qui a un autre en chantier.

Il n’a pas réussi à obtenir son prêt de 248 000 dollars, avec un taux d’intérêt de 10 à 12% de la SOFIHDES, une institution de financement du développement haïtien que l’Agence américaine pour le développement international a contribué à créer en 1983. Elle fait partie de ces institutions de financement haïtiennes qui accordent des prêts aux start-up de moins de 100 salariés et moins de 1,25 million de dollars d’actifs.

Toussaint a affirmé qu’il a offert le terrain qu’il a acheté à titre de garantie. "Toutefois, écrit-il, je ne pense pas qu’ils nous considèrent comme des investisseurs importants."
Le porte-parole de la SOFIHDES, Serge Richard Petit-Frère, a nié que la demande de Toussaint ait été rejetée.

Il a expliqué que la lettre envoyée par la SOFIHDES décrit le prêt comme « reportée » et a mis en relief quelques problèmes relatifs au modèle d’entreprise envisagé par Toussaint et le « manque d’expérience pertinente ».
« La porte est toujours ouverte », dit Petit-Frère. Cependant, la SOFIHDES était parmi plusieurs prêteurs haïtiens critiqués dans un audit de l’USAID cette année pour ne pas accorder suffisamment de prêts à des emprunteurs novices ou à des petites entreprises de la campagne.

La SOFIHDES, elle-même, s’identifie comme une « success story », compte tenu de ses plus de 30 années en Haïti dans « un sous-secteur financier aussi difficile. »

L’entrepreneur Steven Giese a expliqué, pour sa part, qu’il a été pris au piège dans la bureaucratie du pays quand lui et son fils de 27 ans ont tenté de mettre en place une société d’import-export de fruits de mer, il y a deux étés. Ils ont quitté Haïti trois mois plus tard, après un débours de 49 000 dollars et sans une entreprise.
Giese dit qu’il a payé 12 000 dollars pour expédier un conteneur de 40 pieds rempli de glacières en polystyrène de Miami à Haïti, y compris une "taxe de gestionnaire" de 5000 dollars pour l’empêcher d’être retenu par les douaniers jusqu’à six mois.

« Ils avaient épuisé nos ressources financières", a déclaré Giese, 54 ans, originaire de Mount Pleasant, Caroline du Sud. « A longueur de journée, vous flirtez avec la corruption, la grande corruption. »
Le gouvernement a fait des progrès pour améliorer la vie des entreprises.

Il a lancé un Conseil consultatif présidentiel avec le soutien de l’ancien président américain Bill Clinton et une subvention de 250 000 dollars de la fondation. Coprésidé par Clinton, le groupe et ses 35 membres conseillent Martelly sur les questions commerciales, tandis que les membres servent de mini-ambassadeurs pour le pays.

Une entité publique-privée appelée le Centre pour la facilitation des investissements rapporte également que 33 entreprises ont soit investi ou ont pris l’engagement d’investir 693 millions de dollars en Haïti, la création de près de 23 000 emplois depuis que Martelly a pris ses fonctions en mai 2011. Ces projets vont d’un hôtel de 3,4 millions de dollars à l’extrémité nord de la vallée centrale d’Haïti pour un chemin de fer qui relierait les différentes communes qui composent la circulation embrouillée de Port-au-Prince.

"Nous aimerions voir un grand nombre de grues dans le ciel et les bâtiments qui sortent de terre », a déclaré Georges Andy René, directeur général du CFI, qui relève du ministère du Commerce.

Créé en 2006, le centre a également proposé six lois sur l’investissement qui, entre autres choses, nécessiterait le temps qu’ un notaire signe toutes les bonnes transactions, a souligné Georges Andy René. Déjà un projet de loi anti-blanchiment est déjà voté au niveau de la Chambre basse du Parlement haïtien. Les fonctionnaires placent leurs espoirs dans une loi sur l’investissement qui offre 15 ans d’allégements fiscaux aux hôtels.

Malgré ces efforts, la Banque mondiale a classé Haïti parmi les 10 derniers pays de sa liste annuelle des meilleurs endroits au monde pour faire des affaires. Haïti se classe 174e sur 183 pays, sur la base de critères tels la facilité de gagner des permis de construire, l’obtention d’électricité, de sécurisation du crédit et le transfert de propriété.

« Il y a des choses que nous devons nous engager définitivement à mieux faire », a déclaré Grégory Mevs, un éminent homme d’affaires qui a coprésidé le groupe consultatif avec Clinton. Toutefois, a-t-il ajouté "nous ne devons pas nous laisser piéger par un classement de la Banque mondiale."

René affirme que le CFI tend la main à ceux qui ne prennent pas le rapport de la Banque mondiale comme un évangile."
Toussaint est clairement parmi eux, et pour l’instant il n’est pas abandonné.
Bien qu’il n’ait pas obtenu le prêt, lui et sa femme américano-haïtienne croient toujours dans leur rêve d’ouvrir une auberge de charme. Il a rencontré trois investisseurs potentiels, et a bon espoir que chacun d’eux sera en charge du projet.
« Je suis déterminé », a déclaré Toussaint. "Il est vraiment important pour nous de créer une marque d’hospitalité haïtienne propre.

Source AP Traduit de l’anglais par Cyprien L. Gary








Accueil | Plan du site | info visites 275013

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site LES AFFAIRES  Suivre la vie du site Entreprenariat   Politique de publication

Haitimonde Network