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Haïti, pays sans papier

jeudi 16 janvier 2014 par Administrator

Une copie manuscrite originale de l’acte de l’indépendance d’Haïti, retrouvée dans les archives d’un ancien colon français, sera présentée en Caroline du Nord (USA). Ce n’est pas insignifiant quand Haïti, « pays sans papier », ne dispose pas du manuscrit de sa déclaration d’indépendance, voire d’une seule copie de ce document fondateur.

Le 21 janvier 2014, le Centre John Hope Franklin pour les études internationales dans plusieurs disciplines et « Haïti Lab » de « Duke University » en Caroline du Nord, aux États-Unis, présenteront « une copie manuscrite originale de l’acte de l’indépendance d’Haïti », a appris le journal. Cette copie manuscrite, gardée actuellement à la Librairie Rubenstein, spécialisée dans les livres et les documents rares, a été retrouvée dans les papiers de Jean-Baptiste Pierre Aimé Colheux de Longpré, un colon français qui avait quitté la colonie de Saint- Domingue pendant la guerre de l’indépendance pour s’installer à la Nouvelle-Orléans en 1811. Jean-Baptiste de Longpré (1798-1846), exilé de Saint-Domingue dans son jeune âge, s’était d’abord retrouvé à Cuba en 1805, confie Deborah Jenson, professeur, co-directeur de Haiti Lab et directeur du centre d’études sur l’Amérique latine et la Caraïbe à l’université Duke. "On n’en sait rien en ce moment du contexte de la transcription de cette copie manuscrite", ajoute-t-elle.

"Parmi les copies manuscrites qu’on connaît, aux Archives nationales à Paris, aux Archives d’Outre-mer à Aix et à la Jamaïque, cette copie est remarquable par l’irrégularité de la transcription. Beaucoup de mots sont écrits de façon phonétique, c’est-à-dire par l’oreille, surtout les noms des généraux assemblés. Il n’y a pas de signatures puisque c’est une copie, mais il y a une liste de signataires. Marcajou est Macayou, Papelier est Papayer... Il y’a très peu de majuscules et l’usage de la diacritique (les accents) et minimal. La division entre les mots est idiosyncratique. Par exemple : " Les generaux penetrés de ces principes sacrés apres avoir donné d’une voix unanime leur s adhesion au projet bien manifesté dindependance, ont tous guré s alunivers de renoncer a jamais ala france et de mourir plus tot que de vivre sous sa domination", détaille Déborah Jenson, qui relève des différences dans l’épellation de Dessalines. "Le nom du Gouverneur Général Jean-Jacques Dessalines est épelé de 3 façons différentes : Desaline, Dessalines, et Dessalines", confie cette spécialiste qui voit dans cette découverte une opportunité. "C’est une opportunité précieuse pour nous à Haiti Lab de considérer la provenance et la signification de chaque détail de ce manuscrit qui nous rappelle viscéralement l’ère de l’indépendance haïtienne comme un moment d’invention au-delà des normes et des conventions, et surtout au-delà des exclusions culturelles", selon Deborah Jenson.

Deborah Jenson, le professeur Laurent Dubois, auteur de « Les vengeurs du Nouveau Monde », « L’histoire du XIXe siècle haïtien », Julia Gaffield, de Georgia State University, le professeur Richard Rabinowitz et Lynda Kaplan de l’atelier de l’histoire américaine débattront de l’histoire et de la création de cette copie manuscrite originale de l’acte de l’indépendance d’Haïti à la salle 240 du « John Hope Franklin Center for International and Interdisciplinary Studies, 2204 Erwin Road ». Le document retrouvé sera exposé au public.

« C’est une bonne chose que l’on ait trouvé cette copie », a commenté l’historien Georges Michel. Au lendemain de l’indépendance, des copies de l’acte de l’indépendance ont été faites, aux ordres de Jean- Jacques Dessalines. « L’une d’elles portant la date du 10 mars 1804 écrite à la plume se trouve au British Museum, à Londres », a confié Georges Michel, ajoutant « qu’il ne sait pas ce qu’il est advenu du manuscrit, celui signé aux Gonaïves, dans la maison appartenant à Geffrard mise à la disposition de Dessalines et des dignitaires de l’époque ». « Nous sommes des pyromanes. L’acte de l’indépendance a peut-être été brûlé », a-t-il indiqué sans certitude.

« Ceux qui disent que le manuscrit de l’acte de l’indépendance d’Haïti a été brûlé n’ont aucune preuve pour étayer cette affirmation », selon Wilfrid Bertrand, l’inusable directeur des Archives nationales. Il n’en sait pas plus par ailleurs sur le sort de ce document fondateur. « On ne sait pas où se trouve le manuscrit jusqu’à présent », a-t-il avoué .
Comme Georges Michel, Wilfrid Bertrand, le gardien de la mémoire nationale, a confirmé que Dessalines avait bien ordonné des reproductions manuscrites de la déclaration de l’indépendance. Le gouvernement britannique, selon Wilfrid Bertrand, voulait donner une copie d’une copie de l’acte de l’indépendance à Haïti. « Une copie d’une copie ne nous intéresse pas trop », a expliqué Wilfrid Bertrand.

Pendant la première moitié du XXe siècle, le gouvernement haïtien avait effectué des démarches pour récupérer ce document, a indiqué l’historien, secrétaire de la Société haïtienne d’histoire et de géographie. Pierre Buteau a, lui aussi, confirmé que plusieurs copies du manuscrit de l’acte de l’indépendance avaient existé. Ce n’est pas non plus un accident que l’on ait retrouvé des documents importants en Grande-Bretagne. Des pères fondateurs avaient de bonnes relations avec des gens de ce pays, a souligné Pierre Buteau. Il était aussi question pour les nouveaux maîtres de la terre d’Haïti d’affirmer leur autonomie politique et économique vis-à-vis de la France. Par exemple, a ajouté Pierre Buteau, une copie de la première déclaration de l’indépendance d’Haïti faite à Fort- Liberté, le 29 novembre 1803, a été envoyée et publiée dans le journal « Philadelphia Inquirer ». Pierre Buteau salue l’intérêt académique de Duke University pour l’histoire d’Haïti.

« Si c’est vrai, c’est extraordinaire », s’exclame Daniel Supplice, sociologue, homme politique et auteur de « Pages d’histoire ». « Je suis prêt à faire le voyage pour aller voir », ajoute-t-il, encore déçu que l’on ne sache pas encore aujourd’hui où est passé l’acte de l’indépendance d’Haïti.
Pour Frantz Duval, qui a passé un mois à Duke University fin 2012 dans le cadre du Media Fellows Program au sein du DeWitt Wallace Center for Media and Democracy de Sanford School of Public Policy, le travail fait au sein de Haïti Laboratory sis au Franklin Humanities Institute est impressionnant.
Ce n’est pas par hasard que les spécialistes qui y travaillent soient si intéressés aux documents qui fondent notre histoire de peuple. Ils sont spécialisés en histoire d’Haïti, selon le rédacteur en chef du Nouvelliste.
<< J’ai assisté à un cours sur l’histoire d’Haïti à Haiti Lab et j’en frémis encore. Jamais je n’avais vu des gens aussi pénétrés de connaissances sur notre passé et aussi intéressés à mettre en perspective chaque détail en le plaçant dans le contexte global de l’époque ».
Ce qu’ont réussi les professeurs Deborah Jenson et Laurent Dubois est admirable et que la découverte de cette copie de notre acte d’indépendance serve de prétexte pour rapprocher l’université haïtienne et nos historiens d’eux, souhaite Duval.

Roberson Alphonse ralphonse@lenouvelliste.comRéagir à cet articleHaut de la page

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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