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Haïti n’est pas une chorale - par : Raymond Giroux, Le Soleil

dimanche 15 août 2010 par William Toussaint

(Québec) Trente-quatre personnes font acte de candidature pour le premier tour de la présidentielle du
28 novembre, à Haïti. Cinquante-huit partis politiques contestent les législatives du même jour, sans compter ceux qui ont décidé de les boycotter.

Vu de l’extérieur, tout cela ressemble pas mal à une mascarade dont ce pays mal-en-point aurait pu se passer. Haïti n’a pas de gouvernement réel depuis le tremblement de terre de janvier dernier, n’a pas les capacités de s’en choisir un, et ce dernier ne pourra pas plus fonctionner après qu’avant les élections.

Le pays et la communauté internationale connaissent bien le degré de désorganisation de l’ancienne « perle des Antilles », d’où un calendrier électoral surréaliste qui prévoit le dévoilement du vainqueur de ce tour seulement le 20 décembre.

Passons sur les législatives, pour lesquelles le désordre ultime règne déjà. Port-au-Prince peine à abriter les survivants du désastre, la capitale se retrouve privée d’infrastructures humaines et physiques, et il faudrait s’attendre à des élections honnêtes et vraiment démocratiques ?

Le président sortant, René Préval, inéligible pour un second mandat, a perdu le con trôle de son propre parti et son dauphin souhaité, Jacques-Édouard Alexis, a dû se faire parrainer en dernière minute par une autre formation, ce qui promet pour la suite des choses.

La candidature du rappeur américain Wyclef Jean a l’avantage inouï de permettre de crever l’abcès en démontrant la nécessité de retarder l’élection d’un an.

Élevé en anglais aux États-Unis depuis l’âge de neuf ans, il ne répond même pas aux critères d’éligibilité pour que sa candidature soit valide. Nous en aurons confirmation mardi, jour de publication de la liste finale des candidats agréés.

Mais il a au moins réussi à éveiller le cercle des pays dits « amis d’Haïti » à la catastrophe politique qui menace le pays.

Baragouinant la langue commune, le créole, ignorant à peu près tout du français, langue de l’éducation et de l’administration, le chanteur s’est présenté dans la capitale comme si c’était une simple étape de sa tournée musicale.

Il a corrigé son âge de 37 à 40 ans, et doit se débattre avec ses dossiers fiscaux et la gestion contestée de sa fondation caritative.

Que les foules l’accueillent sur la musique de campagne du tristement célèbre Jean-Bertrand Aristide, deux fois président et maintenant en exil en Afrique du Sud, et voilà que M. Jean n’y trouve rien à redire. Un pur hasard, en quelque sorte.

Mais ce hasard révèle la détresse du peuple haïtien, qui a depuis longtemps perdu confiance en ses élites et se lance corps et biens dans n’importe quel mouvement spontané, souvent inspiré d’une certaine religiosité compensatoire.

Le chanteur amorce sa campagne avec l’avantage de la notoriété. Mais Haïti n’est pas une chorale, et imaginerait-on par exemple Céline Dion annoncer sa candidature comme première ministre du Québec ?

De ses premiers propos, on aura facilement compris que l’artiste se présente comme la voix de Washington à Port-au-Prince. Son premier discours évoquait les projets de Bill Clinton, le véritable meneur de jeu à Haïti malgré les retards de l’aide, et invoquait le modèle Barack Obama. Je veux bien, mais encore faudrait-il qu’il sache ce dont il parle.

Pour gérer la reconstruction du pays et simplement le ramener à son niveau d’avant le tremblement de terre, aucune trace de crédibilité dans cette candidature. Pour progresser à partir de ce strict minimum, Haïti demeure loin du compte, avec ou sans Wyclef.








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