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Haïti /festivité : Papa Guédé a mangé quand même… - par : lematinhaiti.com

lundi 7 novembre 2011 par Administrator

Les Guédés furent à l’honneur les 1er et 2 novembre. Les adeptes du vaudou ont une fois de plus démontré leurs attachements aux esprits des ancêtres. Malgré la grève des employés et la misère qui sévit actuellement dans le pays, papa Gédé a quand même mangé.

Cette année, la fête des Morts, communément appelée Guédé, s’est déroulée sur fond de grève. Tôt dans la matinée du 1er novembre, les employés du cimetière de Port-au-Prince, qui réclament de la mairie six mois d’arriérés de salaire, ont fermé les barrières, interdisant ainsi l’entrée aux centaines de gens qui s’y étaient rassemblés. La tension est rapidement montée d’un cran. Les injures ont plu alors que les employés sont restés campés sur leurs positions. Aux environs de 8 h30, alors que l’impatience gagnait la foule, certains individus ont forcé la barrière et désamorcer une situation au bord de l’explosion.

Papa Guédé a failli ne pas manger cette année. La fête n’a pas eu son lustre habituel. C’est dans un cimetière plutôt sale que les adeptes du culte vaudou et autres pèlerins ont pu s’adonner à la pratique de leur culte. Les travaux de peinture et de nettoyage qui habituellement donnent au lieu son éclat festif n’ont pas été faits. Les tombes éventrées par la force des éléments, des restes de cadavres et des flaques d’eau boueuses un peu partout, tel fut l’accueil fait aux visiteurs. Brave, autre nom donné à l’esprit Guédé, a mangé au rabais, a lancé un des participants.

Cette année, moins de gens ont participé à cette grande fête. Selon certaines marchandes de bougies et de Rhum local (clairin), c’est la pire fête à laquelle elles ont assisté. Elles ont enregistré, au cours de ces deux jours de fête, ont-elles déclaré, leurs plus mauvaises ventes. Malgré tout, au tour de la tombe représentant Baron Samedi, le maître des lieux, régnait une bonne ambiance. Dévotion, prières et autres sont parmi les pratiques des adeptes qui ont célébré leur foi durant ces jours à travers l’une des manifestations les plus connues de la culture populaire haïtienne.

Plongé en transe par la présence du Loa, ils s’adonnaient à des pratiques mystiques et mystérieuses diverses. La tête enroulée de madras monochromes, blanc ou violine pour la plupart, chacun semblait avoir une motivation spéciale justifiant sa présence au cimetière. Certains avançaient qu’ils venaient pour « liminen », d’autres pour adresser leurs demandes à Baron Samedi et « Grann Brigitte » les deux premiers ̶ homme et femme ̶ enterrés sur les lieux. Certains, comme Marie-Claire, vient simplement pour honorer la mémoire d’un parent décédé.

Malgré ses conditions de vie plutôt précaires, Marie-Claire a dépensé ce qui lui restait d’économie pour l’achat d’une bouteille de Rhum et des condiments nécessaires pour la circonstance. S’assurer que les esprits sont contents est une priorité, nous rappelle-t-elle. « Je m’acquitte de ma dette, tout en m’assurant du support et de la protection des esprits pour les jours qui viennent », a-t-elle lancé.

Le cimetière est également un lieu de partage. Les plus démunis en profitent pour trouver un petit déjeuner aux frais de la princesse. Les mendiants, comme on se plaît à les appeler, s’étalent des deux côtés de l’allée principale jusqu’à la tombe représentant Baron Samedi. Ils profitent des largesses des passants qui, en ces jours, seraient devenus beaucoup plus généreux. Café, pain, rhum sont distribués au rythme de la musique des badauds qui miment les bandes de rara avec pour seul instrument leurs voix. Tous les recoins du cimetière sont occupés. Le vaudou et le catholicisme s’entrelacent dans une rare harmonie, en témoigne le chant des fidèles de la chapelle intérieure du cimetière, dénommé Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, qui fusionnent avec les vaccines et les cornets des groupes rara qui animent à proximité. Les protestants, qui appellent à la conversion ceux qui servent le « diable », défilent également bible en main dans l’allée principale du cimetière.

L’ambiance qui règne à l’entrée du cimetière avec l’exposition organisée par les responsables du groupe Ghetto Uni et Grann Brigite Band, dont le quartier général se situe dans les locaux même du cimetière, montrent à clair que les Haïtiens s’accrochent à leur culture. Cette activité a donné plus de relief à cette fête qui cette année n’a pas eu son rayonnement habituel. Des tableaux à l’effigie des esprits vaudou, comme le Bossou à sept cornes, Dambala, Baron Samedi et autres furent exposés.

La fête des Guédés est fascinante au plus haut point. Elle rassemble à un niveau ou à un autre toutes les couches de la société haïtienne. C’est le temps où les pratiques populaires, dites rustres, démodées, diaboliques et vulgaires renaissent. Tout est permis. De la danse agressive et sexuée des personnes possédées par les esprits Guédés, aux harangues vulgaires et provocatrices des spectateurs en quête de plaisir gratuit, tout y passe. Ils donnent une couleur particulière à ces deux jours de mémoire qui célèbrent la vie en se plongeant dans les souvenirs douloureux de la mort. Se servir du passé pour préparer l’avenir, voilà ce qu’il faut retenir cette année des festivités commémorant le 1er et le 2 novembre.

La diversité et l’originalité des activités offertes en ces journées de fête par les protagonistes et l’ambiance particulièrement surchauffée, assurée par les groupes rara, donnent à ces manifestations un caractère spécial. Et ce petit côté original attise la curiosité, charme et attire. En effet, tous les ans, de nombreux journalistes étrangers, de pays différents, sont remarqués dans les différents cimetières de la capitale et des villes limitrophes. Le Guédé se vendrait bien, nous chuchote un passant. Alors, comment le rentabiliser et le faire jouer un rôle dans la construction de la nouvelle Haïti ?

Lionel Edouard

doulion29@yahoo.fr








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