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Haïti : Coup d’oeil sur la ville de Jérémie - Radiographie de la ville de Jérémie face à son passé glorieux - Par : Joel Lorquet

dimanche 28 juin 2009 par William Toussaint

Haïti : Coup d’oeil sur la ville de Jérémie

Radiographie de la ville de Jérémie face à son passé glorieux

Jérémie qui a pris naissance le 3 juillet 1756 est le chef lieu du Département de la Grande Anse qui regroupe 12 communes. Le 250eme anniversaire de la ville a été célébrée en 2006.

Jérémien de naissance, Jean-Luckner Laguerre, professeur et journaliste de carrière (Correspondant de la Voix de l’Amérique) présente sa ville, la Métropole de la Grand’Anse comme étant « une cité très accueillante, construite comme un amphithéâtre ». Il indique que la ville actuelle est à son 3eme tracé.

Ceux qui y ont grandi ou l’ont connu présentent Jérémie comme étant une très belle ville et l’une des plus sécurisée du pays.

Jean Marc-Antoine Guilloux, PDG de Radio Xaragua (89.5 FM) précise que la ville de Jérémie a commencé à régresser à partir des Vêpres de 1964, car avant le massacre de plusieurs notables de cette ville par les sbires de François Duvalier, les communes de la Grand’Anse n’achetaient plus aucun produit de la capitale mais importaient directement de certains pays et exportaient en échange, du bois de campêches, de la figue-banane, des ignames, du cacao, du café, etc. Une quarantaine d’années plus tard, la ville de Jérémie se trouve en situation de ne pouvoir exporter aucun produit local alors que le ciment, le riz, la farine et le son de blé sont les seuls produits arrivant directement de l’étranger à bord de bateaux.

Expansion et bidonvillisation de la ville de Jérémie

Selon Jean Marc-Antoine Guilloux, « la seule évolution de la ville de Jérémie, c’est son agrandissement constant, mais malheureusement elle se fait de manière anarchique » dit-il.

La lutte contre l’anarchie et la bidonvillisation ne semble pas encore officiellement faire partie de l’agenda du nouveau Maire de Jérémie, le Chirurgien-dentiste Ronald Etienne, installé dans ses fonctions au début du mois de décembre dernier. Le nouveau Maire affirme avoir trois priorités : la régularisation de l’électricité pour laquelle il dit mener une bataille intense ; la réfection de la « Ravine de Madame Cadeau » qui constitue un véritable danger pour les habitants et enfin l’assainissement de la ville.

En dépit de tout, la ville de Jérémie est l’une des villes les moins bidonvillisées du pays a l’exception de certains quartiers populaires notamment Mackandal, Ste Hélène, Nan Platon, Cité La source, Basse ville et Nan pousyè. Cela s’explique du fait que les nouveaux venus en provenance de la campagne préfèrent acheter ou construire des maisons pour habiter. Les Jérémiens rendent responsables les anciens maires des quelques bidonvilles existants, plus particulièrement ceux qui étaient en fonction entre 1995 et 2002. Jean Marc-Antoine Guilloux explique que ces derniers ont procédé à la distribution et la vente de terres de l’Etat et ceci sans prendre le soin de penser aux infrastructures. Un exemple frappant est le sommet de Caracolie ou, dit-il, existait une forêt communale transformée aujourd’hui en un vaste bidonville dénommé « Nan Tizong ». Conséquence : la ville est désormais facilement inondée à la moindre averse.

M. Guilloux indique qu’en dépit de l’expansion de la ville, le réseau d’eau potable de Jérémie construit en 1901, celui de l’électricité construit en 1950 tout comme le pénitencier, n’ont jamais subi de changement ou d’amélioration, même si la population estimée à 18.000 habitants il y a moins d’un demi-siècle est passée à plus de 50.000 aujourd’hui.

En dépit de son apparence verdoyante, la Grand’Anse n’est pas à l’abri du déboisement

Le déboisement est un phénomène réel dans la Grand’Anse en dépit de l’apparente verdure qu’offre ce département à ses visiteurs. Jean Marc-Antoine Guilloux révèle « qu’en pénétrant dans les sections communales, les profondes habitations, la situation environnementale est alarmante ». En effet, les conditions économiques difficiles, l’indifférence des autorités locales jointe à l’absence des agents agricoles ou forestiers encouragent les paysans à pratiquer la coupe des arbres. A noter que la grande majorité des acheteurs de charbon de bois de coffrage et de planches ne sont pas originaires de la Grand’Anse et de ce fait, n’ont aucun intérêt immédiat dans la protection de l’environnement de la région.

Jérémie : l’état des lieux

Aujourd’hui, la ville de Jérémie compte une douzaine de stations de radio, trois stations de télévision de faible puissance émettant sporadiquement selon les caprices de l’EDH, et dont la plupart des citadins ignorent l’existence. En raison de sa position géographique, il est facile dans la Grand’Anse de capter les stations de radio les plus puissantes émettant à partir de la capitale. A Jérémie, il n’existe pas de quotidien, de revue hebdomadaire ou mensuelle, bref, la ville dénommée jadis « La cité des poètes », vu le nombre d’écrivains et de poètes qu’elle a connus, n’a paradoxalement aucune presse écrite.

A propos de l’électricité, les Jérémiens témoignent qu’en l’espace d’une année on ne voit la lumière électrique qu’ à l’époque des fêtes de fin d’année, à pâques, lors de la fête patronale ou à l’annonce de la visite d’un officiel gouvernemental de haut rang.

En ce qui a trait au carburant, il se fait très rare à Jérémie car dès son arrivée en bateau, « certains entrepreneurs le stockent pour le revendre au prix fort », révèle Jean Marc-Antoine Guilloux. Parfois, les consommateurs sont obligés de payer un gallon d’essence entre 250 et 500 gourdes sur le marché informel.

Si les compagnies de téléphone sont présentes à Jérémie, seule la compagnie Digicel arrive à couvrir la quasi-totalité du département de la Grand’Anse, précise M. Guilloux. Quant à la Téléco, n’en parlons pas car le service est très limité.

La majorité des rues de la ville ne sont pas asphaltées tandis que la route reliant les Cayes à Jérémie, d’une distance de 92 kilomètres seulement, oblige les voyageurs à y passer plus de 6 heures d’horloge ou parfois davantage, en raison de son état lamentable.

Le wharf de la ville qui recevait des bateaux de fort tonnage dans les années 40-50, ne peut même pas desservir aujourd’hui les bateaux de cabotage. Un accident survenu en été de l’an dernier a fait de nombreuses victimes à quelques mètres seulement du port.

La piste d’aviation toujours en terre battue est aujourd’hui remplie de crevasses, n’en déplaise aux aviateurs de Tortugair et de CaribInter obligés à l’utiliser deux à trois fois par jour.

Un seul centre hospitalier public, l’Hôpital St. Antoine, construit vers 1923, continue de desservir la ville en dépit de ses limitations. Les cas les plus graves sont référés au Centre de l’Espoir ou à l’Hôpital de la Haitian Health Foundation (HHF), ou aux Cayes.

Si la qualité de l’éducation a baissé, le nombre d’institutions scolaires publiques et privées n’a toutefois cessé de croître. En témoignent par exemple les trois lycées fonctionnant dans la ville dont 2 à double vacation en moins de 10 ans. Au niveau supérieur, malheureusement, il n’existe aucune institution universitaire de l’Etat ; une branche de l’Université Notre Dame (Eglise catholique) dispose d’une Faculté de Droit, d’une école des Infirmières et d’une école de Secrétariat. Trois autres écoles techniques dont une publique fonctionnent à Jérémie.

A noter qu’actuellement s’effectuent les travaux de construction du Complexe administratif et socio-culturel de Jérémie, une initiative du Ministère de la Planification avec un financement de la BID. Les travaux devront durer une vingtaine de mois.

Comme toutes les villes du pays, Jérémie fait face également au chômage. Après les services publics, les Organisations Non Gouvernementales (ONG) sont les plus grands pourvoyeurs d’emplois. Cependant, si le chômage qui bat réellement son plein n’a pas engendré la criminalité, la mendicité et la prostitution clandestine (encouragée par la présence des militaires étrangers) sont toutefois bien présentes de nos jours.

Une ville plus facile à remettre sur les rails que beaucoup d’autres

En dépit de ses nombreux problèmes, Jérémie demeure une très belle ville comparativement à d’autres agglomérations en déclin du pays. Certains quartiers surplombant cette métropole grand’anselaise notamment Brouette, Rochas, Calasse et Bordes (où se trouve encore la résidence de l’écrivain Emile Roumer), rappellent étrangement Turgeau ou Pacot des années quatre-vingt. De nombreuses villas appartenant aux riches familles d’antan y sont encore visibles. Certaines sont louées à des missionnaires étrangers, à des cadres d’ONGs ou sont tout simplement transformées en hôtels ou centres d’hébergement.

Avec très peu d’investissement et une prise de conscience des Jérémiens vivant en Haïti et en diaspora, on peut facilement redorer l’image de cette ville.

Pour avoir été pendant longtemps bafoués et négligés, les Jérémiens ont soif d’un réel changement à tous les niveaux et s’attendent de voir la parole se concrétiser en actes avant de faire confiance à un quelconque gouvernement.

Joël Lorquet

Joellorquet@yahoo.com








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